
La DBM est-elle allée contre l’annonce de Navin Ramgoolam ?
Par Doris Félix
Lors de son discours du Budget 2025-2026, le 2 juin 2025, à l’Assemblée nationale, Navin Ramgoolam annonçait le prêt Femme Entrepreneure de la Banque de Développement (DBM) avec un nouveau plafond de Rs 1,2 million et un moratoire de 18 mois pour le remboursement. Le taux de 0,5 % par an, décidé sous le MSM, était maintenu, ainsi que la charge flottante sur les actifs de l’entrepreneure comme sécurité.
Le Budget 2026-2027 n’annonce aucun changement à ce dispositif, sauf le retrait de l’exigence du consentement du mari, présenté comme une avancée pour l’indépendance économique de la femme.
Sans communiqué officiel, sans période transitoire ni publication sur le site de la DBM, les conditions appliquées ont changé en juillet 2026 : le plafond a été ramené à Rs 1 million, le taux porté à 4,75 % par an – soit 9,5 fois plus –, le moratoire réduit de 18 à 12 mois et les exigences en matière de sûreté modifiées. Jusqu’à Rs 500 000, aucun collatéral n’est requis, mais entre Rs 500 001 et Rs 1 million, un collatéral devient obligatoire.
Le coup de frein de la DBM aux femmes
Ce taux de 4,75 % est désormais identique à tous les autres prêts ordinaires de la DBM. Aucune préférence financière ne subsiste pour les femmes.
Selon les informations contenues dans le Budget 2026-2027, le plafond du prêt Business gros emprunteurs est passé, lui, de Rs 10 millions à Rs 25 millions. Mais sur le site de la DBM, la page Business Loan Scheme affiche toujours un maximum de Rs 10 millions, sans taux d’intérêt publié. Pourquoi ? Cette nouvelle opportunité est-elle juste destinée aux initiés ?
Revenons au prêt Femme Entrepreneure. Avec Rs 500 000 (sans collatéral), il est impossible de lancer un vrai business nécessitant un local, des aménagements, des machines et les intrants. Le minimum requis tourne autour d’un million de roupies.
Toit familial en garantie
Pour obtenir un prêt de plus de Rs 500 001, la femme doit mettre la maison familiale en garantie. Celles qui n’ont pas de propriété à leur nom sont exclues dès le départ. Celles qui le peuvent mettent leur toit familial en danger.
À celle qui a pu contracter un emprunt, juste après l’annonce du Budget 2025-2026, de Rs 1,2 million à 0,5 %, et qui n’a pas de propriété, l’État lui disait : « Nous croyons en ton projet, pas en ta maison. » Depuis juillet 2026, l’État lui dit : « On croit en ta maison, pas en ton projet. Si tu n’as pas de maison, tu n’auras pas de prêt. »
Indépendance de la femme, dites-vous ?
Le gouvernement a pris cette décision l’année même (2026) où il a annoncé l’exigence de retrait du consentement du mari pour contracter l’emprunt. Si pour obtenir Rs 1 million, elle doit hypothéquer la maison familiale, qui est souvent au nom du mari, le mari doit accepter de signer l’hypothèque. L’exigence de consentement du mari revient par la fenêtre.
Ce traitement de la femme entrepreneure par la DBM peut approfondir sa vulnérabilité économique. Les données internationales reconnaissent les chocs de subsistance, la marginalisation et l’insécurité financière comme facteurs de risque d’exploitation des femmes. Un dispositif créé pour renforcer l’indépendance économique des femmes doit être évalué comme instrument de politique sociale, pas seulement comme produit bancaire.
Aussi, quand on sait que le taux de chômage des femmes est de 7,6 % contre 4,3 % pour les hommes, que les femmes entrepreneures ont 30 % de moins de défauts de paiement que les hommes et qu’elles réinvestissent 90 % de leurs revenus dans la famille, est-ce ainsi qu’elles doivent être traitées par la DBM ?
Déjà, elles subissent de plein fouet la baisse du seuil de la TVA à Rs 3 millions.
Ces femmes se demandent si la ministre de l’Égalité des genres et Deputy Prime Minister, Arianne Navarre-Marie, les protège réellement. Et le ministre Aadil Ameer Meea, défend-t-il vraiment les petites et moyennes entreprises ?
Question cruciale : qui a proposé des mesures qui vont à l’encontre de ce qu’a promis Navin Ramgoolam le 2 juin 2026 ? Ce dernier est-il au courant des changements apportés par la DBM ?