L’annonce, mardi 1er septembre, par le Premier ministre de l’ajournement des travaux parlementaires jusqu’au 20 octobre a surpris plus d’un…

Par Jasvin Sok Appadu

Le Parlement ne sert pas uniquement à voter des lois. Chaque mardi, c’est aussi l’occasion pour l’opposition de questionner les ministres, de demander des explications et de mettre les dossiers sensibles sur la table. Et, en cette rentrée, les sujets ne manquent justement pas. Or, après une seule séance, les députés repartent en vacances pour presque deux mois. La Parlement a été ajourné au 20 octobre, hier 1er septembre.

Il y a eu l’affaire Anil Bachoo, ministre de la Santé, après son opération à l’hôpital A. G. Jeetoo et la présence de deux médecins du privé. Une affaire qui a justement fait l’objet de la Private Notice Question (PNQ) d’hier. Le Premier ministre a révélé que contrairement à ce qu’avait déclaré son ministre de la Santé, c’était bel et bien deux médecins du privé qui ont opéré ce dernier à l’hôpital. Avec une réplique que son ministre, sous anesthésie, ne savait pas exactement ce qui se passait autour de lui.

À en croire Navin Ramgoolam, Anil Bachoo ne s’est pas renseigné auprès du même médecin pour un feed-back sur l’intervention après son rétablissement. Un ministre de la Santé peut-il ignorer qui intervient lors de sa propre opération ? L’anesthésie aurait-elle duré des semaines ! Et s’il n’y avait pas eu cette PNQ à l’Assemblée nationale hier ?

Il y a aussi eu la polémique autour de Shakeel Mohamed et de l’acquisition d’un appartement sur les Pas Géométriques à Bain-Bœuf. Là encore, le Parlement est précisément l’endroit où l’opposition peut revenir à la charge. Alors, pourquoi fermer l’hémicycle ? Est-ce justement pour éviter des questions sur ces dossiers brûlants ?

Le Parlement devait-il vraiment attendre le NCA Bill ?

C’est probablement la question centrale. Si le National Crime Agency (NCA) Bill est un texte complexe, volumineux et en cours de finalisation, il est parfaitement compréhensible que le gouvernement ne veuille pas le présenter à la hâte. Mais dans ce cas, il pouvait simplement reporter la présentation du NCA Bill.

Pourquoi n’y a-t-il pas d’explication, comme « le NCA Bill n’est pas prêt. Nous le présenteront dès qu’il sera finalisé. En attendant, le Parlement poursuit ses travaux », se demande un ancien parlementaire.

Si cette pause servait aussi à préparer un remaniement ?

Ce n’est qu’une autre hypothèse mais qui revient avec insistance : le remaniement ministériel. Navin Ramgoolam avait lui-même, à plusieurs reprises, évoqué l’éventualité d’un réaménagement de son gouvernement. Même s’il vient d’écarter toute éventualité d’un tel exercice.

De plus, il semblerait que les dernières semaines n’ont pas arrangé la situation de certains senior ministers et surtout celle du Premier ministre. Anil Bachoo est désormais au centre d’une controverse politique et Shakeel Mohamed également.

D’autres noms circulent dans les spéculations autour d’un éventuel réaménagement. Si le Premier ministre devait effectivement revoir son équipe, une longue pause parlementaire lui offrirait une fenêtre politique idéale.

Si Ramgoolam préparait ses valises ?

L’autre éventualité : un déplacement à l’étranger pour le Leader of the House. La rentrée parlementaire du 1er septembre intervient à quelques semaines de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, prévue du 18 au 28 septembre.

Navin Ramgoolam avait récemment laissé entendre qu’il pourrait ne pas se rendre à New York, notamment en raison du coût des billets d’avion. Mais le Premier ministre n’avait pas totalement fermé la porte.

Et selon nos informations, la France et Monaco feraient aussi partie des destinations envisagées. Cependant, il est difficile de croire que seuls les éventuels voyages de Ramgoolam expliquent l’ajournement, car il aurait pu être remplacé par la Deputy Prime Minister, qui agirait ainsi comme Leader of the House. À moins qu’il ne fasse pas confiance à cette dernière ?

Quoi qu’il en soit, la longue pause parlementaire de septembre/octobre laissera assez de temps et de latitude au chef du gouvernement pour ses déplacements, un éventuel remaniement et pour éviter les questions embarrassantes à l’Assemblée nationale.