
Ce n’est pas le FMI qui nous dira d’emprunter moins à l’étranger.
Par Narain Jasodanand
À la veille de la présentation du Budget 2026-2027, beaucoup espèrent que des mesures seront prises pour soulager le pouvoir d’achat des Mauriciens, vu l’inflation galopante. Le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, pourra annoncer encore des subsides pour faire baisser le prix de certains produits de base. Et surtout pour aider les importateurs !
Cependant, ces mesures ne règleront pas le problème d’inflation d’une façon durable. Au contraire, elles risquent d’attiser la hausse des prix. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on importe presque 80 % de nos besoins, même alimentaires. Et plus on consomme, plus il faudra des devises et plus il y aura d’inflation.
Pour pouvoir payer pour toutes ces importations, il faudra emprunter. Non seulement la Banque de Maurice (BOM) utilise les devises étrangères empruntées par l’État pour, entre autres, des projets infrastructurels parfois inutiles, mais elle emprunte aussi à l’étranger.
Le gouvernement emprunte, les corps-paraétatiques aussi, comme le CEB, Mauritius Telecom, les compagnies gouvernementales (MauBank Holdings) et les Special Purpose Vehicles, comme SBM Infrastructure Development Co Ltd pour le projet métro (Rs 15 milliards). Total à fin 2025 : Rs 28 milliards.
Navin Ramgoolam vient de contracter un énorme emprunt auprès de l’Inde de Rs 21 milliards ($ 440 millions). Et il nous a déjà engagés pour un autre emprunt encore plus gros d’un milliard de dollars (Rs 47 milliards) pour la construction de l’Island Container Terminal. Bravo Navin !
Secteur privé emprunteur
Mais ce que l’on ne nous dit pas, ce sont les emprunts contractés par le secteur privé en devises étrangères. Pourtant, ils impactent également notre exposition à l’international et affectent la valeur de la roupie.
Selon le World Bank’s International Debt Statistics (IDS), notre dette étrangère nationale, des secteurs public et privé, avait atteint $ 19,25 milliards fin 2023. Elle doit sûrement avoir déjà dépassé les $ 20 milliards à ce jour, soit Rs 1 000 milliards ! Et elle prendra l’ascenseur dans les années à venir, avec les nouveaux emprunts contractés par Ramgoolam, ainsi que ceux des banques commerciales, notamment pour financer les importations ou les transferts effectués par les travailleurs étrangers (plus de Rs 10 milliards annuellement). Il y a aussi les fuites de capitaux de notre secteur privé qui réinvestit à l’étranger. Encouragé par Navin Ramgoolam lui-même.
Tous ces emprunts devront être remboursés avec des intérêts et en devises. Ni le bureau des statistiques, ni le ministère des Finances ne vous donneront ces chiffres. Ni le Fonds monétaire international (FMI) d’ailleurs. Ni la Banque de Maurice (BoM) qui est dirigée par une cadre en congé du FMI.
Ces données sont rarement abordées dans les instances internationales. Car plus la balance des paiements des pays est en déficit, plus ces pays devront emprunter pour financer les importations et rembourser les dettes. Ce qui fait le bonheur des financiers et économistes locaux et internationaux.
Gilbert Gnany, Eric Ng etc.
Ce sont les institutions financières qui sont les plus puissantes au monde. Ce sont elles qui dictent les politiques économiques des pays. Le problème est aggravé quand, au niveau local, les gros importateurs, dont IBL, influencent le gouvernement. Et ce n’est pas Ashok Subron qui nous dira le contraire.
Les banques, comme la MCB, réalisent aussi le plus de profit sur l’achat et la vente de devises. C’est pourquoi le gouvernement pousse à la consommation et à la dette.
Alors, il ne faudra pas s’attendre à grand-chose du budget, sauf si Ramgoolam annonce des mesures vraiment audacieuses comme le contrôle des importations, notamment celles de produits de luxe telles les grosses berlines. Sont attendues, en parallèle, des mesures visant à protéger les producteurs locaux en taxant les autres produits importés.
Cependant, on ne doit pas espérer qu’un Gilbert Gnany ou un Eric Ng poussent dans ce sens.
Alors ? Alors, attendons-nous aux remèdes Panadol pour soulager notre pouvoir d’achat. Pas aux solutions radicales.