Paul Bérenger prendra la parole lors des débats sur le Finance Bill, alors que les membres de la Platform Komun Syndikal manifesteront devant le Parlement, mardi prochain.


Par Jasvin Sok Appadu

La publication, tard dans la nuit de vendredi 24 juillet, du Finance Bill et de The Economic and Financial Measures (Miscellaneous Provisions) Bill a ravivé la contestation contre la réforme de la pension. Alors que le gouvernement espérait sans doute calmer la polémique après le retrait du Means Test, les dispositions contenues dans les deux projets de loi semblent avoir produit l’effet inverse.

La mobilisation syndicale se poursuit et pourrait même prendre de l’ampleur. Une manifestation est désormais envisagée devant le Parlement mardi 28 juillet, jour où les deux textes seront débattus et soumis au vote. Dans le même temps, le leader du Fron Militan Progresis (FMP), Paul Bérenger, a dénoncé ce qu’il qualifie de « précipitation inacceptable » de la part du gouvernement.

Lors d’une conférence de presse ce samedi après-midi, il a lancé un appel aux organisations syndicales afin qu’elles examinent en détail les amendements proposés, notamment ceux concernant la réforme de la pension.

La polémique sur l’indexation de la pension sur l’inflation rebondit

L’appel de Paul Bérenger a rapidement trouvé un écho auprès de la Platform Komun Syndikal, qui a passé une bonne partie de la nuit de vendredi à décortiquer les deux textes de loi, avec une attention particulière portée au Finance Bill.

Cette vigilance s’explique également par une déclaration du junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, lors d’un entretien accordé vendredi soir à Nawaz Noorbux, sur Radio Plus.

Ses propos semblent en effet différer de ceux tenus précédemment par le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, ainsi que par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, lors d’une Private Notice Question.

Jusqu’ici, le gouvernement avait laissé entendre que la pension serait indexée sur l’inflation, ce qui devrait permettre à une personne choisissant de toucher sa pension à partir de 60 ans d’atteindre un montant dépassant Rs 18 000 à l’âge de 65 ans, selon les explications du junior minister à la Sécurité sociale, Kugan Parapen, en conférence de presse, la semaine dernière.

Or, Dhaneshwar Damry a expliqué que cette indexation se ferait non pas sur l’inflation, mais sur le coût de la vie (cost of living). Une nuance qui a immédiatement suscité de nombreuses interrogations dès hier soir.

« May » ou « shall » : le détail qui change tout selon Bérenger

À la lecture du Finance Bill, les craintes des syndicats et de l’opposition se sont renforcées. D’ailleurs, Paul Bérenger le souligne face à la presse : « Le texte ne prévoit pas une indexation automatique ou obligatoire de la pension sur l’inflation. »

Le leader du FMP affirme que le gouvernement a utilisé le terme « may » plutôt que « shall », laissant ainsi une marge d’appréciation au gouvernement au lieu de créer une obligation légale. Ce détail, dit-il, est très important à noter, à la page 68 du Finance Bill, au paragraphe 3( c ), sous l’« Increase in State Age Pension ».

Il rappelle qu’après la controverse provoquée par le Means Test, Ashok Subron avait pourtant annoncé avec assurance que la pension serait désormais indexée sur l’inflation.

« Aujourd’hui, le texte de loi raconte une autre histoire », laisse entendre le leader du FMP, qui attend désormais la réaction officielle du mouvement syndical.

La Platform Komun Syndikal maintient la pression

La réponse des syndicats n’a pas tardé. Contactée par Scoop.mu, Jane Ragoo, membre de la Platform Komun Syndikal, explique que les organisations syndicales ont déjà commencé l’analyse des deux projets de loi et qu’une réunion est prévue demain soir afin de déterminer les prochaines actions.

Une chose est toutefois déjà acquise. La grève générale annoncée est maintenue. De son côté, Reeaz Chuttoo accuse le gouvernement d’avoir, une nouvelle fois, induit la population en erreur.

Selon lui, le Finance Bill ne garantit nullement une indexation automatique sur l’inflation, contrairement à ce qu’avaient laissé entendre Ashok Subron et Kugan Parapen. Ce qui veut dire que la pension sera encore plus inférieure pour certains, selon lui.

Il propose désormais l’organisation d’une manifestation devant le Parlement mardi, qui pourrait se poursuivre jusqu’à tard dans la soirée. La décision finale sera entérinée lors de la réunion de la Platform Komun Syndikal.

Appel aux députés pour une motion de censure

Parallèlement, la Platform Komun Syndikal a adressé une lettre à l’ensemble des parlementaires. Elle leur demande de défendre publiquement les positions qu’ils exprimeraient, selon elle, en privé auprès des représentants syndicaux.

Le message est clair. Si certains députés estiment que cette réforme pose problème, ils doivent le démontrer au moment du vote.

La plateforme va jusqu’à évoquer le dépôt d’une motion de no-confidence, tout en appelant les parlementaires à ne pas soutenir les deux projets de loi.

Bérenger dénonce une procédure expéditive

Au-delà de la réforme de la pension, lors de sa conférence de presse, Paul Bérenger a également critiqué la méthode employée par le gouvernement.

Selon lui, le Finance Bill est traditionnellement distribué aux députés au moins une semaine avant son examen au Parlement, afin de permettre une étude approfondie.

Cette fois, les deux textes, représentant plus de 250 pages et modifiant plus d’une cinquantaine de lois existantes, ont été distribués tard vendredi soir et devraient être adoptés mardi, sous couvert d’un certificat d’urgence signé par le Premier ministre et ministre des Finances. Une procédure que le leader du FMP juge inacceptable.

« Comment les syndicats, les parlementaires ou les autres parties prenantes peuvent-ils sérieusement analyser plus de 250 pages de modifications législatives en quelques jours ? », s’est-il demandé.

Paul Bérenger a également indiqué qu’il compte intervenir lors des débats de mardi et réclamer des explications sur le Waqf Bill, en plus de revenir sur la réforme de la pension.

La contestation pourrait reprendre de plus belle

Alors que le gouvernement pensait avoir désamorcé une partie de la crise en retirant le Means Test, la publication du Finance Bill semble avoir ouvert un nouveau front.

La question ne porte désormais plus uniquement sur le principe de la réforme, mais aussi sur les garanties juridiques offertes aux futurs bénéficiaires de la pension et sur la manière dont le gouvernement conduit ce dossier.

À quelques jours du vote, la pression politique, syndicale et populaire ne faiblit pas. Bien au contraire, elle semble entrer dans une nouvelle phase, où ce ne sont plus seulement les intentions du gouvernement qui sont contestées, mais désormais les mots mêmes inscrits dans le projet de loi.