À l’Assemblée nationale, dès qu’il s’agit de dire non, il n’y a plus personne…

Par Doris Félix

L’année dernière, 2025, le premier budget est tombé. Le pays a crié.

Cette année, 2026, le deuxième budget est tombé. Le pays a explosé.

Colère dans la rue. Manifestations. Meetings politiques.

Toutes les radios privées en débattent H24.

Et pour cause.

Ce n’est pas juste une histoire de réforme des pensions.

C’est la Public Gathering Act, sacrée pour les Mauriciens, qu’on a osé toucher.

C’est des décisions qui étranglent les petits entrepreneurs.

C’est un silence total face au coût de la vie qui flambe.

Et une série d’autres décisions désagréables, l’une par-dessus l’autre.

La confiance ? Brisée.

Même au sein du gouvernement, des voix ont dit « nous on est contre ça », mais en chuchotant… sauf une voix !

 

Et mardi prochain… c’est la lecture du Finance Bill.

Le moment de vérité.

 

Assemblée nationale. Salle climatisée mais l’atmosphère est lourde.

La Speaker : « Those in favor? AYE »

« AYEEEEEE »

D’une seule voix. Bien rodée. Bien dressée.

« Those against? NO »

Silence.

 

Soixante-six sièges.

Tous les yeux braqués sur les six de l’opposition.

Le pays entier devant la TV.

 

Et rien.

Des têtes baissées.

Parce que dire NO ici ce n’est pas Facebook.

Ici s’opposer ouvertement ça peut vouloir dire DIVISION of VOTES.

À Maurice, une Division of Votes est si rare qu’on pourrait la compter sur les doigts d’une main.

Ça veut dire se lever. Marcher.

À droite si t’es AYE.

À gauche si t’es NO.

Et être compté. Un par un. Nom + vote dans le Hansard pour l’éternité.

 

Mais et si… imaginons l’impensable…

Et si mardi, quelqu’un se levait enfin ?

Soudain, une voix qui conteste le résultat des votes. Voulant savoir qui est vraiment dans le camp des « ayes » ou des « noes ».

Choc. D’où ça vient ? Gouvernement ? Opposition ? On croit rêver !

La Speaker, si elle estime cette requête recevable : « DIVISION! Clear the lobbies! »

Panique. Les whips courent.

Deux minutes plus tard, tout le monde est debout.

La loi passera peut-être quand même.

Mais ce soir-là, quelque chose d’autre sera passé.

Pour la première fois depuis longtemps, la population se sera sentie entendue. Respectée.

Une petite étincelle de confiance sera revenue.

Parce que ce soir-là, quelqu’un aura préféré dire un vrai NO dans la salle… plutôt que 1 000 paroles faciles sur Facebook.

*****

EXPLICATION : COMMENT ÇA MARCHE VRAIMENT ?

Le piège s’appelle « Voice Vote ».

« AYE or NO? » On crie. On passe. Anonyme. Propre.

Aucune trace. Aucune responsabilité.

L’antidote s’appelle « Division of Votes »

Dès qu’un député, gouvernement OU opposition, conteste le résultat et si le président de la Chambre estime que la demande est recevable :

  1. Portes fermées 2 min
  2. Vote physique : droite = AYE / gauche = NO
  3. Comptage public : chaque nom est enregistré

La vérité ?

Critiquer à la radio, faire des discours, poster des statuts… ça ne coûte rien, ça fait joli !

Mais se lever et dire NO devant 66 personnes, pour la Public Gathering Act, pour les petits, pour le coût de la vie…

Ça, ça demande du caractère.

Et avec seulement six députés dans l’opposition, si aucun ne bouge mardi et si personne du gouvernement n’ose…

Alors oui, les paroles seront vraiment plus faciles qu’un NO.