
Le CEO Raoul Gufflet est-il protégé par un de ses amis golfeurs ?
Par Narain Jasodanand
Raoul Gufflet, le Chief Executive Officer (CEO) de SBM Holdings, est probablement l’homme le mieux payé de notre pays, surtout si l’on compare son salaire au travail qu’il « abat » à ce poste. Il faut savoir que la SBM (Bank) est l’entité la plus importante du groupe. Mais elle n’a toujours pas de CEO, juste un Officer-in-Charge.
L’autre record de Gufflet : c’est le seul nominé de l’ancien régime qui a survécu au changement de gouvernement. Et il continue à toucher des rémunérations stratosphériques – Rs 43 millions – pour 2025-2026, malgré des bénéfices riquiqui de la banque après les Rs 14 milliards rayées pour les prêts toxiques octroyées par l’ancienne direction.
Le 15 juin, Scoop.mu révélait que Raoul Gufflet avait, en 2023, exercé des pressions sur deux auditeurs de la SBM pour que ces derniers ne mettent pas leur nez dans le dossier Grant Thornton. Suite à quoi, ces deux auditeurs ont laissé tomber leur enquête. Ils avaient entrepris un contrôle de routine en vertu d’un règlement interne pour combattre les cas de conflits d’intérêts après qu’un contrat de consultance avait été octroyé à Grant Thornton pour le recouvrement des créances. Cela, alors que Grant Thornton était dirigée par Sattar Hajee Abdoula, le président de SBM Holdings, l’actionnaire principal de la SBM.
Halte à l’enquête !
Une des auditrices avait même fait état de la colère de Raoul Gufflet à l’époque, quand ce dernier avait appris qu’elle vérifiait ce dossier. La dame avait été fortement secouée par cette réprimande. Elle a tout raconté après le changement de gouvernement, lorsqu’elle a été accusée de n’avoir pas enquêté sur le dossier Grant Thornton.
La pauvre vient de démissionner après être passée par tous ces événements. On la comprend. On l’a empêchée de faire son travail en 2023 et, en 2025, on lui reproche de n’avoir pas fait son travail !
L’autre auditeur concerné avait lui aussi tout balancé lorsqu’il a été confronté à un comité disciplinaire pour les mêmes raisons. Après avoir démontré qu’il avait subi des pressions du même Raoul Gufflet pour qu’il n’enquête pas sur le dossier Grant Thornton, cette accusation a été levée contre lui.
Une deuxième accusation a pareillement été rejetée quand l’auditeur a su prouver que c’était Premchand Mungar, et pas lui, qui était responsable d’une bévue qui a coûté des centaines de millions à la SBM.
Gufflet, le protégé du MSM et du PTr
Après ces révélations, aucune mesure disciplinaire n’avait pourtant été prise contre Raoul Gufflet. Ce dernier n’avait même pas été inquiété par une demande d’explication.
Après l’article de Scoop.mu du 15 juin, on a appris que la direction de la banque a enfin décidé d’ouvrir une enquête. Pour cela, il fallait suspendre Raoul Gufflet au préalable.
Or, c’était sans compter l’intervention intempestive d’un nouveau venu sur le board de SBM Holdings ‒ quelqu’un qui vient de faire beaucoup parler de lui ‒ qui a fait bloquer la suspension. Son argument : l’accusation ne méritait pas une enquête.
Pour soutenir son refus, l’homme a déclaré que l’ordre de bloquer la suspension vient de Navin Ramgoolam. Et lorsque l’on a voulu savoir pourquoi le Premier ministre était intervenu pour protéger quelqu’un qui a défendu Sattar Hajee Abdoula, le nouveau directeur a répondu qu’en fait, c’était Paul Bérenger qui avait demandé, avant qu’il ne quitte le gouvernement, de ne pas toucher à Raoul Gufflet.
Cette explication n’a, bien sûr, convaincu personne.
Navin Ramgooam réagira-t-il pour que la vérité éclate au grand jour et que son nom ne soit pas utilisé par des personnes qui ne veulent en fait que défendre leurs amis et intérêts ? Si le PM ne dit rien, cela voudrait donc dire que non seulement il est intervenu dans les affaires internes de la SBM, mais aussi qu’il protège les hommes du MSM, ses propres ennemis.