Arnaud Mayer, président-fondateur d’Evaco, posant devant le modèle réduit d’un jet d’affaires.

Par Narain Jasodanand

Le 6 juin, le président-fondateur d’Evaco a émis un communiqué de trois pages, destiné à ses « chers clients, chers investisseurs, chers partenaires », auxquels il déclare : « C’est à vous que je pense aujourd’hui. » Pas à ses employés, qui n’ont pas reçu leur salaire depuis deux mois ?

Si Arnaud Mayer parle de ses employés, c’est pour mettre en garde ses « chers clients » contre un autre entrepreneur éventuel, qui n’achèverait pas les travaux de construction des villas comme ses équipes « passionnées, loyales, talentueuses, ayant des expériences » l’auraient fait.

Il a raison sur ce point : sans ses employés, ses projets n’auraient pas eu de succès. Le receiver d’Evaco serait donc bien inspiré de penser à ces derniers lorsqu’il décidera de continuer le projet Cap Marina.

Mais pourquoi le président-fondateur d’Evaco tient-il autant à ce que ses propres équipes terminent le job, alors que la SBM et les autres créanciers ne le veulent pas ?

Il faut savoir qu’en sus d’être promoteur immobilier, le groupe Evaco a la particularité de posséder en son sein ses propres constructeurs, ingénieurs, menuisiers, architectes et autres plombiers. Ce qui est, normalement, un point positif, mais qui pourrait cependant poser un problème de conflit d’intérêts, surtout lorsque le groupe est financé au fur et à mesure de l’avancement des travaux.

Ce qui dérange le plus, c’est que le groupe dispose aussi de son propre Quantity Surveyor (QS), rattaché à son constructeur, Fairstone Construction. C’est le QS qui certifie l’avancement des travaux avant de réclamer les paiements aux acquéreurs en vente en l’état futur d’achèvement (VEFA) et les déboursements des emprunts bancaires. Certes, la banque a son propre QS. Toutefois, si ce dernier se base uniquement sur le rapport du QS d’Evaco, sans contrevérifier, il y a un risque que l’argent des clients et de la banque ne suive pas les travaux mais les devancent, et de beaucoup.

Rs 2,7 milliards de WIP

Une analyse des comptes consolidés d’Evaco au 31 mars 2026 permet, du reste, de voir que le poste Work in Progress (WIP) s’élève à…
Rs 2,7 milliards. Au-delà du problème des financements qui arrivent en trop et qui pourraient être consacrés à d’autres dépenses que les constructions, le montant élevé de WIP semble avoir dopé les actifs alors qu’en réalité celui-ci pourrait ne pas correspondre aux travaux effectués. Les comptes d’Evaco démontrent d’ailleurs que même si le bilan grossissait, les revenus, eux, s’effondraient.

Les receivers devraient en principe être en mesure de découvrir les abus éventuels en comparant les archives de chantier, les certifications QS et les décaissements. S’il n’y a pas de trop grandes différences, rien n’empêcherait les administrateurs judiciaires de recommander la continuité des travaux par les équipes d’Evaco.

En revanche, s’il y trop d’écarts, un autre constructeur devrait être désigné pour l’achèvement des travaux. En somme, nous dit un expert-comptable, « si ça se trouve, la SBM est en train de rendre service aux clients et autres créanciers d’Evaco. Et même à Arnaud Mayer ! » Une source à la SBM nous fait d’ailleurs savoir qu’il s’agit de préserver ce qui peut l’être et non laisser s’accumuler les dettes.

Attaque… déjouée

Aussi, nous fait-on remarquer, alors qu’Arnaud Mayer parle d’« une attaque coordonnée impliquant notamment Terra, Swan et mon ancien collaborateur », il ajoute que cette même attaque « a été déjouée de justesse ». Pourquoi alors poursuivre en justice ces derniers ? Pour tentative ? Au civil ?

SBM est aussi accusée par Mayer d’avoir « manœuvré pour fragiliser Evaco ». Ce qui fait réagir une source dans cette banque : « Comment une entreprise présentée comme rentable et pleine d’opportunités s’est-elle retrouvée incapable de payer ses salaires et est-elle devenue dépendante de demandes répétées de financement supplémentaire ? Et qu’a-t-il fait des Rs 850 millions additionnelles déboursées par la SBM ? Où sont les Rs 1,2 milliard promis par Evaco avant février 2026 ? »

Une autre question se pose. Dans son communiqué du 6 juin, Arnaud Mayer affirme que « le changement de direction à la tête de notre banque principale en novembre 2023 a marqué le début d’un arrêt progressif du soutien bancaire ». Or, dans celui du 21 mai, il écrit que « over the past three months, our main banking partner has undergone a major change in governance with the appointment of a new executive. As part of taking up his position, the latter decided to reassess all ongoing projects, resulting in a temporary suspension of the works… »

Il faut savoir que Premchand Mungar avait été nommé à la SBM en novembre 2023 et Gervais Gua lui a succédé en mars 2026. Arnaud Mayer a-t-il des reproches à faire aux deux ? Ou, si c’est à l’un d’entre eux seulement, lequel ? Arnaud Mayer ne semble pas le savoir.