Nous l’avons bien constaté, la situation du law and order n’existe plus en ce moment à Maurice avec la hausse du nombre des délits et crimes, notamment ceux liés à la consommation et au trafic de drogue. Ce sont surtout les drogues synthétiques qui font des ravages, touchant de plus en plus les familles du fait de leur prix bas.

Sarah (nom fictif), 39 ans, toxicomane habitant Rose-Hill, a accepté de nous parler de son expérience personnelle qui, comme vous le découvrirez, est très instructive.

Assise sur un banc, elle nous raconte son quotidien de femme dépendante à la drogue synthétique. Un quotidien fait de manque, de peur, de honte. Mais aussi d’une lueur d’espoir de s’en sortir un jour.

« Tout commence dès le réveil », confie-t-elle. « Je n’ai même pas le temps de penser à autre chose. Mon corps réclame cette drogue. Si je n’ai rien, je tremble, je deviens agressive. » Pour Sarah, chaque jour est une course contre la montre, non pas pour vivre, mais pour survivre au manque.

Trouver de l’argent, contacter un dealer, éviter la police, tout cela fait partie de sa routine. Plus elle tarde à avoir sa dose, plus sa fébrilité augmente de même que les risques qu’elle succombe à la tentation de faire des actes répréhensibles.

Elle explique être tombée dans l’enfer de la drogue à l’âge de 30 ans. « Au début, c’était pour oublier. Des problèmes conjugaux, une relation toxique, pas de revenu suffisant. » Sarah dépense environ Rs 5 000 mensuellement pour acheter sa drogue et elle ne gagne que le minimum salarial.

Son quotidien est donc marqué par la précarité. « Il y a des jours où je ne mange pas. La drogue passe avant tout, même avant ma dignité. » Sa famille, elle ne la voit presque plus. « Elle a essayé de m’aider, mais j’ai trop menti. Je l’ai déçue. »

Risque d’overdose fatale

Mais comment Sarah en est-elle arrivée là ? « On m’a dit que ça aidait à tenir » nous dit-elle, « je n’ai jamais pensé que ça allait me détruire. » Ce qui n’était qu’une ‘échappatoire’ est rapidement devenue une prison. « La drogue prend le contrôle. Tu crois que tu choisis, mais en réalité, tu obéis. » Elle est consciente des risques d’overdose. « Chaque dose peut être la dernière. Tu le sais, mais tu te drogues quand même. »

Pourtant, au milieu de ce chaos, une envie de s’en tirer existe en même temps. « Je suis fatiguée de cette vie. Fatiguée de me faire mal. J’ai essayé d’arrêter plusieurs fois. En vain. »

Sa dernière tentative qui allait presqu’aboutir a été encore un échec. « Face à la réalité de la vie et les problèmes quotidiens, j’ai replongé. Et comme les tentations sont omniprésentes ainsi que les vendeurs de drogue qui te contactent pour écouler leur produit, tu succombes encore plus facilement. »

Sarah nous explique que ce sont les moments où elle a essayé de s’extraire de son addiction qui ont été les plus difficiles. « C’est surtout pendant ces moments-là que j’avais le plus besoin de soutien qui malheureusement n’est venu de personne. » Elle reconnait n’avoir pas contacté un centre de détoxication. Pourquoi ? « J’avais peur et honte. »

Il faut savoir que Sarah se drogue en secret. A l’exception d’une proche et des dealers, personne n’est au courant de sa dépendance. Elle n’en parle pas ouvertement bien sûr par crainte d’être rapportée à la police. « C’est si facile de se faire arrêter et même d’être inculpée de trafic. »

Ceux qui soupçonnent l’addiction de Sarah lui tournent tout simplement le dos. « Il nous faut du soutien, pas seulement des jugementsOn nous jette des regards froids, lourds et cruels, sans empathie. On nous traite comme des déchets. Personne ne voit la personne derrière la drogue. Nous sommes des êtres humains qui avons perdu le contrôle de notre vie. Si on nous tend la main au lieu de nous rejeter et de nous stigmatiser, certains d’entre nous pourrions encore être sauvés. »

Selon elle, beaucoup trop de personnes prennent les toxicomanes pour des aliénés qu’il faut éviter à tout prix de peur d’être agressées. « Cependant, sauf si nous sommes en manque sévère, nous ne sommes pas violents. »

Et le cannabis, a-t-elle essayé ? « Oui, mais c’est trop cher ! Rs 1 500 le gramme » nous dit-elle.

A qui la faute ?

Ce témoignage résonne comme un rappel brutal : derrière les statistiques et les discours, il y a des vies brisées qui attendent d’être réparées pour ne pas finir prématurément.

La drogue synthétique s’infiltre, détruit des vies, fragilise les fondements mêmes de la société mauricienne et – ce que l’on ne dit pas assez – a un coût économique pour le pays. Le Mauricien installé en Australie Serge Astruc ne disait-il pas combien il regrette de voir de jeunes vigoureux qui auraient pu fournir une main-d’œuvre essentielle affalés dans les rues de Port-Louis sous les effets de la drogue ?

Pendant ce temps, le gouvernement attend toujours avant d’adopter une loi sur l’usage du cannabis qui, malgré les controverses, serait moins nocif que les drogues de synthèse et qui pourrait même éviter le recours à ces dernières. Mais comment attendre des décisions courageuses des politiciens ?

 

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