
Afzal Delbar comprend mieux l’économie que nos économistes.
Par Narain Jasodanand
Parmi tous ceux qui ont fait des déclarations à la presse le 2 mai, au sortir des « consultations » prébudgétaires avec Dhaneshwar Damry, seul Afzal Delbar a tenu un discours de bon sens. Il n’a pas parlé uniquement pour son secteur, mais aussi pour le pays.
Afzal Delbar est le président de la Customs House Brokers Association, dont les membres s’occupent de la logistique pour l’importation et l’exportation de marchandises. Il a une connaissance poussée de ce qui affecte réellement notre économie : trop d’importations et pas assez de productions locales, ce qui conduit aux déficits chroniques de notre balance des paiements, à l’inflation et au manque de devises.
C’est ainsi qu’Afzal Delbar a émis son opinion sur l’abolition, depuis le 1er mai, des droits de douane par la Chine sur les produits venant de 53 pays africains, dont Maurice, qui ont des relations diplomatiques avec la Chine – et non avec Taïwan. Cela, sans qu’en retour ces pays n’aient à abolir ou réduire leurs droits de douane sur les produits chinois importés.
« Qu’exporterons-nous vers la Chine qui produit absolument tout et en masse ? » s’est-il demandé. Tout en soulignant que la Chine a érigé des barrières non-tarifaires sur les produits importés. Cela, alors que Maurice n’en a pratiquement pas. Selon Delbar, les produits importés de Chine sont déjà en train de tuer nos entreprises.
Importations doublées
Il a vu juste. Ce qu’il n’a pas dit cependant, c’est que notre pays, lui, avait supprimé, depuis 2021, sous le gouvernement MSM, presque tous les droits de douane sur nos importations de produits chinois pour bénéficier, en retour, du même traitement que celui que reçoivent désormais 52 autres pays africains pour leurs exportations vers ce pays.
Depuis l’entrée en vigueur du traité de libre-échange avec la Chine en janvier 2021, nos importations en provenance de ce pays, entre 2018 et 2025, ont presque doublé, passant de Rs 30 milliards à Rs 55 milliards en 2025. Et nos exportations vers la Chine ont… diminué, si l’on exclut la réexportation vers ce pays de produits fabriqués ailleurs. Nous y avons exporté que pour… Rs 632 millions, même pas un milliard !
Si la Chine est imbattable dans la manufacture électrique, électronique et mécanique et de tout ce qui est de la haute précision – remplaçant petit à petit l’Allemagne et le Japon – elle exporte aussi d’autres produits. Et vous allez être étonnés de ce que nous avons importé de l’Empire du Milieu en 2025.
Pomme de terre chinoise
En voici quelques exemples, qui auraient pu être produits à Maurice : Rs 84 millions de pommes de terre, Rs 471 millions de produits de la mer, des couches pour Rs 348 millions, Rs 53 millions de balais, serpillères etc., Rs 35 millions de brosses à dents, Rs 241 millions de bâtiments préfabriqués, Rs 17 millions de produits en bambous et osier, Rs 145 millions de meubles en bois, Rs 336 millions de meubles en métal, Rs 266 millions de sofas et chaises, Rs 59 millions de produits en aluminium pour la maison, Rs 128 millions de portes et fenêtres en alu, Rs 44 millions de clous etc.
Beaucoup d’autres produits importés en petite quantité ont grandement affecté nos petites entreprises. Et d’autres que nous ne produisons pas mais qui ont inondé notre marché. Les Chinois veulent que Maurice enlève tous ses droits de douane sur leurs produits en nous faisant signer la FTA 2.0. Ils savent qu’en enlevant les leurs, Maurice ne pourra pas exporter davantage vers le marché chinois.
À part l’impact sur nos producteurs, cet accord prive le fisc de centaines de millions de roupies, peut-être même de milliards, d’Import Duties et de droits d’accises perdus depuis 2021 sur les produits chinois importés. Les Douanes refusent de nous communiquer ces chiffres, arguant que c’est confidentiel !
Roshan Jhummun demandera demain, mardi 12 mai, à la Deputy Prime Minister Arianne Navarre-Marie de donner ces chiffres
« confidentiels ». Le fera-t-elle ?