Ils sont arrivés samedi dernier à bord d’un jet privé, loin des regards et dans une discrétion soigneusement entretenue. Les dirigeants de Qatar Airways ont foulé le sol mauricien alors que la compagnie nationale Air Mauritius est officiellement en situation critique.

La rencontre avec le Premier ministre Navin Ramgoolam n’a eu lieu que lundi. Un calendrier qui, à lui seul, en dit long sur la sensibilité et l’urgence du dossier. Car derrière le discours officiel, c’est une lutte d’influence au sommet de l’État qui se joue, avec Air Mauritius comme monnaie d’échange.

Une situation « grave », mais un silence coupable

Le Deputy Prime Minister Paul Bérenger l’avait lui-même reconnu : la situation d’Air Mauritius reste « grave », malgré l’arrivée de Megh Pillay et d’André Viljoen. Mais une fois ce constat posé, plus rien. Aucun détail, aucune explication, aucune transparence. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Quels sont les blocages ? Qui porte la responsabilité de cette dérive ? Silence total ! Le silence est d’autant plus inquiétant que les décisions envisagées pourraient sceller définitivement le sort de la compagnie nationale.

Samedi, lors d’une conférence de presse, Paul Bérenger affirmait que des « progrès » ont été réalisés sur tous les dossiers évoqués dans son message de fin d’année, parmi Air Mauritius. Des progrès suffisamment importants, selon lui, pour justifier son non-départ du gouvernement.

Mais de quels progrès parle-t-on exactement ?

L’enquête de Scoop.mu pointe vers au moins une piste crédible : les discussions engagées avec Qatar Airways. Les dirigeants qataris ont été reçus par le Premier ministre en présence de Paul Bérenger.
Est-ce cela, les fameux progrès ? Un simple rendez-vous au sommet brandi comme une victoire politique ?

Ramgoolam pris entre prudence et héritage encombrant

Dans son message à la nation, Navin Ramgoolam a parlé de l’urgence de trouver un partenaire stratégique pour Air Mauritius, tout en avertissant que cela ne devrait pas se faire « à n’importe quel prix ». Une mise en garde qui contraste fortement avec la pression exercée par le MMM pour imposer Qatar Airways.

Cette prudence s’expliquerait aussi par le renouvellement discret de l’accord avec Emirates Airlines par Kishore Beegoo jusqu’a 2031, alors chairman de MK et proche du Premier ministre. Un acte qui lui avait coûté son poste, mais qui visait, selon lui, à protéger Air Mauritius. Une décision qui avait provoqué la colère noire de Paul Bérenger.

Qatar contre Emirates : un choix idéologique plus que stratégique ?

Il faut rappeler une évidence que certains semblent vouloir ignorer : Qatar Airways et Emirates Airlines sont des concurrents directs et féroces. Imaginer que le gouvernement puisse aujourd’hui imposer Qatar Airways à Emirates comme partenaire stratégique relève soit de l’aveuglement, soit d’un calcul politique risqué, voire irresponsable. Emirates n’acceptera jamais la présence de son rival à Maurice sans conséquences.

Alors pourquoi s’entêter ? Le Qatar, encore et toujours

Depuis l’arrivée du nouveau gouvernement, le Qatar est omniprésent dans les discours et projets portés par Paul Bérenger : gaz qatari pour la production d’électricité, projet Powership finalement abandonné pour cause de coûts exorbitants, et maintenant Air Mauritius.

Aujourd’hui, le Deputy Prime Minister pousse ouvertement pour que Qatar Airways devienne le partenaire stratégique de MK. Dans ce contexte, la présence du Senior Adviser Shaffick Hammuth dans les discussions avec les Qataris interpelle.

Selon nos informations, Shaffick Hammuth mais aussi le ministre Adil Ameer Meeah agiraient comme intermédiaires privilégiés avec les dirigeants qataris. Une diplomatie parallèle qui pose une question simple : au nom de qui et selon quel mandat ?

Qatar Airways : plus de vols, mais la mort de MK ?

Les défenseurs de Qatar Airways promettent monts et merveilles : billets moins chers, plus de destinations, plus de fréquences. Mais à quel prix ?

La vraie question n’est pas celle du nombre de vols, mais celle de la survie d’Air Mauritius sur ses marchés clés.
Pour Kishore Beegoo, un partenariat avec Qatar Airways signifierait la mort définitive d’Air Mauritius. Qatar Airways ne pourra offrir mieux qu’Emirates et Air Mauritius ne sera en aucun cas plus gagnante en cas de partenariat avec Qatar.

C’est précisément pour éviter ce scénario qu’il avait privilégié Emirates Airlines, jugée moins prédatrice et plus compatible avec la survie de la compagnie nationale.

Une décision confisquée par deux hommes ?

Dernière question, et non des moindres : qui décidera du choix du partenaire stratégique d’Air Mauritius ? Navin Ramgoolam et Paul Bérenger vont-ils décider seuls du sort d’un pilier stratégique du pays ?
Pourquoi aucun comité d’experts indépendants ?
Pourquoi aucun comité interministériel ? Pourquoi cette précipitation doublée d’une opacité inquiétante ?

En tout cas une chose est sure : Air Mauritius sera l’otage d’un bras de fer politique : le MMM veut, coûte que coûte, un accord avec Qatar Airways alors que les Rouges préfèraient maintenir l’accord avec Emirates Airlines.

Air Mauritius n’est plus au centre du débat. Elle est devenue l’otage d’un bras de fer politique, où les egos, les alliances internationales et les intérêts personnels semblent primer sur l’intérêt national.

Et pendant que les dirigeants arrivent en jet privé et négocient dans les salons feutrés, l’avenir de la compagnie nationale et de ses employés demeure incertain.

 

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