
Shakeel Mohamed s’est gardé de révéler, en février 2025, que c’était le gouvernement MSM qui avait autorisé la conversion du projet Kensons Hotel en un projet de bungalows destinés à être vendus à des étrangers.
Par Narain Jasodanand
Dans l’article du 24 août consacré au bungalow de Shakeel Mohamed à Bain-Bœuf, Scoop.mu se demandait qui avait approuvé le changement de régime du bail de ce terrain de l’État, d’Industrial Lease à Apartment Complex, permettant de surcroît la vente aux étrangers ? Pour rappel, la propriété, ainsi que 20 autres, se trouve sur les Pas Géométriques et à seulement 10 mètres de la High Water Mark. Elle appartenait à Zoubair Timol à travers Kensons Hotel Ltd et ZT Investments Ltd.
Nous savons maintenant que cette conversion a eu lieu en 2023, sous le régime Mouvement socialiste militant (MSM). C’est le ministère du Logement et des Terres de l’époque, sous Steven Obeegadoo, qui avait accordé cette précieuse et rarissime autorisation. Ce faisant, Steven Obeegadoo semble avoir court-circuité le bureau du Premier ministre (PMO) et l’Economic Development Board (EDB). Comment ? Explications.
Les étrangers n’avaient et n’ont toujours pas le droit d’acquérir des biens immobiliers à Maurice, sauf à travers des programmes immobiliers spécifiques comme les Smart Cities, IRS, RES, IHS, PDS, SCS et autres G+ 2 Schemes. Ou alors, après avoir obtenu la nationalité mauricienne. Il y a aussi l’Invest Hotel Scheme, acté par les travaillistes en 2010, qui autorise les hôtels à convertir et vendre même aux étrangers une partie de leur hôtel en villas ou appartements. Comme l’a fait Maradiva.
En autorisant la vente d’appartements par le biais du régime de Règlement de Copropriété, le ministère d’Obeegadoo ne violait-il pas la Non-Citizens (Property Restriction) Act ?
Régime de copropriété
Il est clair que le régime de copropriété, dont fait d’ailleurs expressément mention la lettre adressée par le ministère des Terres en 2023 à Kensons Hotel, constitue l’astuce pour permettre la vente de propriété aux étrangers.
Shakeel Mohamed en faisait état, dans son fameux discours du 4 février 2025 : « For example, you have promoters who come in, they convert their lease, campement, and then they have the right to sell to foreigners as though it is behind the whole idea of a co-propriété. »
Le ministre savait de quoi il parlait puisque l’on sait désormais qu’il venait d’acquérir son bungalow de Kensons Hotel. En tant que ministre des Terres et homme de loi, il ne pouvait ignorer que Kensons Hotel avait obtenu l’autorisation de vendre aux étrangers les appartements issus de la conversion de son projet hôtelier. D’ailleurs la lettre l’autorisant figure dans son dossier d’acquisition. Cependant, Shakeel Mohamed n’a fait mention ni du MSM ni de 2023. Pourquoi ?
Obeegadoo, lui, s’y connaît en conversion. On se rappelle qu’il avait autorisé la conversion du bail d’un terrain de l’État à Port-Louis d’éducatif en commercial (ou industriel), en 2024. Le bail était au nom de sa propre mère.
BLUP travailliste
Revenons à la propriété de Bain-Bœuf. Certains de ces appartements possèdent un sous-sol, ce qui contrevient aux exigences d’un maximum de 2 niveaux (Ground plus one plus 33%). De plus, le planning clearance délivré par le ministère des Terres et le Building and Land Use Permit (BLUP), qui avait été obtenu en 2009 sous l’ère travailliste, n’a pas tenu compte de la distance minimale imposée de 30 mètres de la High Water Mark, pourtant en vigueur depuis 2006 sous le Planning Policy Guidance. Ce qui est une entorse grave aux lois d’urbanisme.
Le gouvernement MSM avait également autorisé Vinash Gopee à déroger à ces règlements dans le cadre de son projet Asmara Beachfront Residences, à Rivière-Noire.
Le 19 juin 2026, Navin Ramgoolam promettait que « Government will no longer grant, under the G+2 Scheme, leases authorising the sale of apartments constructed on state lands and Pas Géométriques, and will accordingly not authorise the sale of such apartments to foreigners ».
Exception pour les baux existants
Nous apprenons qu’en effet, le ministère des Terres n’accorderait plus de bail aux projets immobiliers destinés à être vendus aux étrangers. Cependant, selon le discours budgétaire de Ramgoolam, cette interdiction ne s’applique pas aux baux existants. Une deuxième exception interpelle encore plus : un propriétaire actuel d’un tel appartement ou villa ou Ground + 2, qu’il soit étranger ou Mauricien, pourra toujours revendre la propriété à un étranger.
Quand on pense que presque toutes les terres de l’État, surtout celles au bord de la mer, ont déjà été louées, on se demande si la décision de ne plus accorder de bail pour de nouveaux projets incluant la vente en copropriété à des étrangers aura de l’effet.
Les Mauriciens pourraient donc être exclus de l’opportunité d’acquisition d’appartements en bord de mer, vu que l’offre continuerait à être ouverte au monde entier pour les baux déjà accordés. Et comme on le sait, plus il y a de demandes, plus le prix augmente
Il faut savoir qu’un projet hôtelier rapporte des devises sur le long terme et crée de l’emploi. Alors qu’une propriété située au bord de la mer ne rapporte des devises qu’une seule fois et ne crée aucun emploi pérenne.
Le 2 juin 2026, Shakeel Mohamed indiquait à Nitish Beejan que la prérogative de louer les terrains de l’État relevait exclusivement de lui, et non du Cabinet. Tout en promettant de déposer la liste de tous les baux, Pas Géométriques ou non, accordés par le gouvernement MSM entre 2015 et 2024.