La Mivoie : le bras de fer autour du projet de padel entre dans une nouvelle phase.

Par Doris Félix

Il a fallu une descente sur les lieux de Joanna Bérenger, aux côtés des habitants de La Mivoie, avec la presse, pour que l’ampleur de la situation soit enfin mesurée sur le terrain.

Aujourd’hui, le bras de fer autour du projet de complexe sportif comprenant des terrains de padel et de tennis à proximité immédiate d’une zone résidentielle entre dans sa phase judiciaire.

Le dossier oppose les riverains de La Mivoie à la société AL CLUB HOUSE Ltd et à ses partenaires. Au cœur : les nuisances potentielles, les conditions d’autorisation et les interrogations persistantes sur le Building and Land Use Permit (BLUP) délivré par le conseil de district de Rivière-Noire.

Audience devant la Cour suprême et suspension du projet

Le 22 octobre 2026, l’affaire a été appelée devant la Cour suprême de Maurice.

Selon les informations communiquées par les représentants des riverains, la juge Karuna Devi Gunesh-Balaghee a ordonné, le 22 octobre, une mesure de suspension du projet dans l’attente de la prochaine audience, fixée au 20 novembre.

Cette mesure constitue une étape importante dans la procédure engagée par les habitants. Elle doit permettre aux parties de revenir devant la cour pour en débattre.

Les riverains sont représentés par Me Shadmeenee Mootien, et Me Narendra Appa Jala, Senior Attorney.

Pour Bruno Le Merle, qui porte la voix des riverains depuis le début, cette démarche vise à faire examiner les autorisations délivrées et les conséquences potentielles du projet sur les résidents voisins.

Le BLUP au centre des interrogations

L’un des principaux points de contestation concerne la délivrance du BLUP. D’après les éléments rapportés par les riverains, le projet aurait initialement fait l’objet d’un rejet lors d’une première étape, à la suite des objections formulées par les habitants, avant qu’une autorisation ne soit finalement accordée, le 26 août 2026.

Ce changement de position soulève plusieurs questions restées sans réponses précises à ce jour. Quelles considérations ont conduit à cette évolution ? Quels éléments techniques et réglementaires ont été pris en compte ? Comment les préoccupations relatives aux nuisances sonores, à la proximité des habitations, à la circulation et aux conditions d’exploitation ont-elles été évaluées ?

Bruno Le Merle indique avoir sollicité à plusieurs reprises le président du conseil de district de Rivière Noire afin d’obtenir des explications. En vain.

Suite à la descente sur les lieux et aux démarches entreprises, des représentants des services concernés se sont rendus sur le terrain. Joanna Bérenger avait pris les devants en alertant le public en général ainsi que les autorités concernées de la gravité de cette situation qui, selon elle, reste incompréhensible.

Selon les informations communiquées aux riverains, un rapport d’inspection aurait été transmis aux ministères concernés ainsi qu’au président du conseil de district. Son contenu intégral n’ayant pas été rendu public, ses conclusions précises ne peuvent être présentées comme établies.

Si les ministères de l’Environnement et de l’Agro-industrie ont réagi, les riverains déplorent le manque de réponses d’autres institutions concernées, notamment le ministère des Collectivités locales et le ministère de la Santé.

Pour les habitants, ces deux administrations ont un rôle important à jouer dans l’examen des conséquences d’un complexe sportif implanté à proximité immédiate de logements.

La question ne porte pas uniquement sur le sport. Elle concerne les conditions d’exploitation du site, les nuisances, les horaires, l’éclairage, le stationnement et les effets cumulés sur la tranquillité du voisinage.

Parallèlement, les riverains ont mandaté Enviro-Consult Ltd de Nadia Daby Seesaram, ingénieure en environnement, notamment, pour réaliser une étude des nuisances sonores. Objectif : évaluer les niveaux sonores du padel et les comparer aux références nationales, aux recommandations de l’OMS et aux niveaux ambiants.

Le rapport a conclu qu’en journée, la pollution sonore est supérieure à la limite nationale de 60 dB(A) Leq pour les bruits de voisinage. En soirée : dépassement de la limite de 55 dB(A) Leq à partir de 18 heures et pendant la nuit, il y a dépassement de la limite de 50 dB(A) Leq. Le rapport a été transmis à la cour et aux ministères concerné.

Un enjeu qui dépasse La Mivoie

Au-delà du différend, cette affaire pose une question plus générale : comment concilier développement des infrastructures sportives, protection des habitants et respect des règles d’aménagement du territoire ?

Prochaine audience devant la Cour suprême

D’ici le 20 novembre, les riverains attendent des éclaircissements sur la procédure d’octroi du BLUP, les conclusions des inspections et la prise en compte du rapport acoustique.

« Notre démarche vise à protéger les familles, leur tranquillité et leur droit à un environnement résidentiel respectueux. Nous demandons simplement que les décisions prises par les autorités puissent être expliquées, que les préoccupations techniques soient examinées sérieusement et que les règles applicables soient respectées. Nous resterons mobilisés jusqu’à ce que les questions soulevées aient reçu des réponses claires », indique Bruno Le Merle.

À La Mivoie, après plusieurs articles de Scoop.mu et la descente de Joanna Bérenger avec la presse, le débat ne porte plus seulement sur un complexe sportif. Il pose la question de la transparence des décisions administratives et de la protection du cadre de vie.