
Des pêcheurs de Belle-Mare et Chetan Baboolall ont constaté les travaux devant l’hôtel Ambre, le 10 juin.
Par Doris Félix
Le député Chetan Baboolall, des pêcheurs de l’Est et des habitants se sont rendus sur la plage publique de Belle-Mare, devant l’hôtel Ambre, le 10 juin 2026.
Le constat, selon eux : 300 mètres d’enrochements. En 2019-2020, sous prétexte d’Urgent Coastal Rehabilitation Works, 180 m de mur en roches ont été construits sur 300 m de plage. Y a-t-il eu une demande d’Environment Impact Assessment (EIA) ? Une exemption d’urgence ?
Un prolongement du mur de 120 m a été érigé, mais cette fois-ci, avec un permis EIA en date du 9 avril 2026. L’EIA couvre-t-il tous les 300 m ? Si les 180 m de 2019 étaient légaux, pourquoi passer par un EIA aujourd’hui pour la suite du même mur ?
Résultat : plage disparue. À marée haute, on ne peut traverser sans marcher dans l’eau. Le droit de passage sur la plage est mort. Les Mauriciens n’y ont plus accès. Cependant, un restaurant et une boat house semblent avoir été construits carrément sur la plage…
Travaux interdits la nuit
Le permis EIA du 9 avril stipule clairement que les travaux de construction du mur doivent être effectués entre 8 heures et 17 heures uniquement. Or, l’hôtel fait travailler la nuit aussi, en violation directe du permis. Les pêcheurs ont porté plainte : OB 1407/26 et OB 1412/26. La police a constaté mais n’a rien fait.
Selon le permis EIA, l’hôtel doit consulter les pêcheurs et régler les conflits avant, pendant et après les travaux. Or, nous apprenons qu’aucune réunion n’a eu lieu avec les pêcheurs avant les travaux. Pourtant, les doléances existent : accès bloqué, frayères détruites, poissons qui disparaissent. Depuis l’érection de ce mur de roches, les pêcheurs de Belle-Mare ont vu leurs prises s’amenuiser.
Que fait la Beach Authority ? Ses inspecteurs sont-ils venus faire un constat ? Dans l’affirmative, ont-ils vu le restaurant sur la plage ?
Érosion accélérée
Aux questions posées au Parlement, les réponses consistent invariablement à dire que tout a été fait et tout sera fait.
Il faut savoir que l’hôtel Ambre est construit sur une dune de sable qui est la protection naturelle contre l’érosion. Détruire la dune pour implanter un hôtel, puis mettre des roches quand la mer arrive, c’est comme soigner un cancer avec un sparadrap.
Pourtant, le rapport BRGM est sans appel : la plage de Belle-Mare recule, les enrochements accélèrent l’érosion sur les côtes adjacentes. La solution n’est pas de bétonner 300 m mais un retrait planifié et une régénération de la côte.
Les riverains et Chetan Baboolall exigent maintenant que le ministère de l’Environnement rende public immédiatement le permis de 2019 pour les 180 m et le permis du 9 avril 2026 avec toutes ses conditions. « Les Mauriciens ont le droit d’en prendre connaissance. »
Injonction pour la suspension des travaux
Ils demandent également des sanctions immédiates pour les violations éventuelles des conditions du permis, la suspension du permis et l’arrêt immédiat des travaux de la deuxième phase. Une demande d’injonction a été déposée en ce sens le 11 juin.
Ils attendent aussi que la police explique pourquoi les dépôts de plainte n’ont donné lieu à aucune action. Et enfin, que la Beach Authority rende publics ses rapports d’inspection, avec dates et heures.
On est en droit de se demander combien de permis côtiers ont été délivrés en « urgence » depuis 2015.
Pas d’autorisation du conseil de district
Contacté, le président du conseil de district de Flacq, Dhanraj Kissoon, nous a confirmé officiellement que l’hôtel Ambre n’a soumis aucune demande pour ces travaux et qu’aucune autorisation n’a été délivrée par le conseil pour intervenir sur le domaine public.
Il nous informe également que le conseil prépare actuellement une Compliance Notice qui sera notifiée à l’hôtel Ambre.
Quant à la Beach Authority, son président, Ananda Rajoo, nous a promis un rapport pour bientôt.

