Par Jasvin Sok Appadu

Contrairement à ce que pensent beaucoup, Anba Manikham Senior manager Ground Services Worldwide chez Air Mauritius (MK), n’a pas fait l’objet d’une enquête par les auditeurs de MK sous le présent gouvernement de l’Alliance du Changement, mais sous celui du Mouvement socialiste militant (MSM). C’est Charles Cartier, le Chief Executive Officer (CEO) d’alors, qui avait ordonné une investigation sur Manikham, mais aussi sur Ken Arian, ancien Senior Adviser de Pravind Jugnauth. Retour sur l’ascension fulgurante de cet homme et son crash.

Sous Ken Arian, devenu CEO d’AHL, Anba Manikham avait été promu Senior Manager-Cabin Operations (Grade A) au département cabin crew, sans aucun appel à candidatures. Anba Manikham avait aussi conservé le contrôle du Manager Passenger Service aux Ground Operations. Il avait également la responsabilité du département d’Inflight Services. « C’était devenu Air Manikham », ironise un cadre de MK.

Ce dont se souviennent les employés de MK, c’est comment Manikham semait la terreur, empêchant quiconque de parler. Il utilisait d’ailleurs sa position d’ancien président de l’Air Mauritius Staff Association, durant les années 90 et 2000, pour faire avancer son agenda personnel et celui de ses proches, nous dit un ancien dirigeant syndical.

Manager déguisé en syndicaliste

Même après avoir été nommé manager et quitté le syndicat, Anba Manikham y avait conservé sa mainmise, ce qui lui avait permis de se conduire comme le véritable négociateur de certains syndicats.

Mais la fête allait prendre fin avec l’arrivée de Charles Cartier au poste de CEO d’Air Mauritius, en mars 2024. Après avoir reçu de nombreuses plaintes d’employés de MK contre Anba Manikham, Cartier l’avait muté, dans un premier temps, des Cabin Operations and Inflight Services vers le département Ground Services Worldwide. Il l’avait brièvement envoyé à Londres-Gatwick pour s’occuper des opérations de l’avion loué par Air Mauritius auprès de Hi Fly. Mais aussi pour laisser respirer les employés et cadres.

Or, même à son nouveau poste à responsabilité réduite, Anba Manikham continuait à persécuter des employés et à s’ingérer dans des affaires qui ne le concernaient pas. Il s’en prenait même, certes indirectement et sournoisement, au CEO Charles Cartier.

Mutation salutaire

Ce qu’Anba Manikham ne savait pas, c’est que son absence du pays allait permettre à ses victimes de harcèlement et d’autres abus de donner libre cours à leurs ressentiments. Ainsi, elles ont fait part directement et ouvertement de leurs doléances à Charles Cartier, preuves à l’appui.

Ces employés se sont sentis d’autant plus libres de s’exprimer qu’ils se sentaient confortés par les assurances du CEO à l’effet qu’ils ne subiraient pas de représailles. Il faut dire que le style de direction de Charles Cartier tranchait avec celui de ses prédécesseurs, qui s’étaient toujours montrés tendres envers le duo Manikham-Arian. Cela, que ce soit sous le gouvernement MSM ou travailliste.

C’est ainsi que Cartier ordonna une enquête approfondie basée sur les éléments fournis par les employés. Les auditeurs conclurent qu’Anba Manikham s’était rendu coupable, entre autres, de la vente de la voiture de la compagnie mise à sa disposition à un prix largement inférieur à celui du marché – Rs 200 000 au lieu de Rs 750 000 – et de surcroit sans passer par un appel d’offres. En outre, l’acquéreuse n’était autre que Kiran Balgobin, sa concubine. Ce n’est pas tout. Cette dernière était employée d’Air Mauritius ! De plus, elle a revendu la voiture pour une somme d’environ Rs 750 000, faisant un profit sur le deal.

Des abus commis par Ken Arian auraient aussi été relevés durant cette enquête… L’affaire Manikham a été référée à la Financial Crimes Commission (FCC), sans que l’on sache exactement quand. Selon nos informations, le délit aurait été commis lorsqu’il avait été délégué par le même Ken Arian pour s’occuper des VVIP MSM passant par Jet Prime. Décidément, cet Anba Manikham était l’homme à tout faire pour certains.

Entre Frères

Promotions, influences, abus et même tentative d’agression d’un journaliste en décembre 2023, pour lequel il ne semble pas avoir été inquiété. Les policiers se souviennent de la manière dont Anba Manikham avait débarqué au poste de Floréal pour consigner sa défense, accompagné de son Senior Counsel préféré, qui l’a toujours protégé, même après le changement de gouvernement. Car après avoir été suspendu, le 2 avril 2024, à la suite de l’enquête interne de MK, Manikham n’aurait pas encore fait face à un comité disciplinaire. Deux ans après !

Certains se demandent si ce grand Frère avocat ne fera pas tout pour tirer le petit Frère, non seulement des griffes de la FCC dans cette vilaine affaire de voiture vendue à sa concubine, mais aussi de sa suspension de MK, avec un bon pactole à la clé.

À moins qu’Anba Manikham ait déjà été lâché ? Possible, car le seul fait qu’il ait été interpelé et arrêté par la FCC pour « public official using office for gratification » semble démontrer qu’il n’est plus protégé. Sa proximité avec le régime MSM aura-t-elle davantage pesé dans la balance que la fraternité ? En tout cas, Anba Manikham a retenu les services de Shailesh Seebaruth, de Glover Chambers, pour assurer sa défense.