Le principal suspect Rodney Cootee est toujours en liberté en Allemagne vers où il s’était enfui le 22 décembre. Scoop.mu revient sur les péripéties qu’a vécues le défunt et ses proches. Même après le drame
Cinq personnes ont été arrêtées dans le sillage de l’agression le 13 décembre de Paul Claude Duval et de son décès le 24 décembre : Jean Damien Bradley Jerry, 26 ans, le voisin, inculpé pour avoir donné des instructions en vue de commettre un crime, Joseph Marino Lorenzo Eole, 57 ans, Riley Augustin, 23 ans, Jacques Désiré Cotte, 60 ans et Alexandre Gopaul, 25 ans, accusés, eux, de « culpable omission in preventing a crime to wit murder. »
Ils ont tous obtenu assez vite la liberté conditionnelle. On ne sait pas si la police y a objecté ou pas. La famille Duval vit maintenant dans la peur après ce meurtre et autres incidents qui ont eu lieu par la suite. Il est bon de revenir sur toute l’histoire pour comprendre l’état d’esprit des Duval, telle qu’ils nous l’ont relatée.
Le 13 décembre, Paul Duval téléphone à la police de Vacoas pour se plaindre de la musique jouée à fond venant de gros haut-parleurs placés dans le coffre d’une voiture chez son voisin Bradley Jerry.
En l’absence d’intervention policière, la musique continue de plus belle surtout après le départ des enfants de Paul. Ce dernier décide alors d’enfourcher son scooter pour se rendre à la station. Cela, juste après qu’il ait eu une prise de bec avec Bradley Jerry, qui était entouré de plusieurs de ses amis et cousins.
Ceux-ci bousculent Paul Duval et, comme on l’a vu sur la vidéo, le vieil homme reçoit trois coups de poing de Rodney Cootee qui le font s’étaler sur le bitume, sa tête heurtant violemment le sol. L’autopsie conclura à une septicémie et à des blessures crâniennes. Voyant Paul Duval gisant inerte au sol, les agresseurs ne viendront pas à son secours.
On parle mécanique
Alertée, la police débarque à la Cité La Caverne quelques instants plus tard. Le policier qui semblait être le chef parle brièvement à Stephan, le fils de Paul. Il se dirige ensuite vers les agresseurs. Commence alors une conversation « amicale entre eux » nous dit Stephan qui peut entendre, ainsi qu’un de ses proches, le chef-policier parler mécanique à Bradley Jerry.
Voyant les policiers se préparer à quitter les lieux sans procéder à aucune arrestation, les Duval lui en font la remarque. Le gabelou répond qu’il connait les agresseurs et qu’il a noté leurs noms, alors que les Duval ne l’ont vu rien noter ! Il n’a pas non plus demandé aux Duval de passer au poste pour déposer plainte.
C’est Arnaud, l’autre fils de Paul, qui transporte ce dernier à l’hôpital car l’ambulance tardait trop. Les policiers, eux, n’ont même pas offert de le faire dans leur fourgon. Arnaud emmènera aussi sa mère Thérèse au Cardiac Centre car elle a eu un malaise après l’attaque de son mari.
Le lendemain 14 décembre au matin, lorsque les Duval se rendent à la station de Vacoas pour faire leur déposition, les policiers refusent de la prendre, leur disant qu’il faut qu’ils prennent celle de Paul Duval d’abord.
Déposition dans un fourgon
Vers 11.30 le même jour, les Duval vont à nouveau à l’hôpital et y rencontrent le policier ‘V’ venu prendre la déclaration de Paul. Et cela, sans même avoir demandé la permission du médecin au préalable. Ce n’est qu’après s’être rendu compte que Paul Duval n’était pas en mesure de parler que le policier a bien voulu prendre la déposition de l’épouse de la victime Thérèse … à l’intérieur du fourgon de la police, dans la cour de l’hôpital ! Et cela, à vitesse grand V, et en se trompant parfois de noms. Cependant, malgré la déposition, aucune arrestation n’aura lieu.
Rodney Cootee, celui qui a été vu sur les images-vidéo assener le coup fatal à Paul Duval, adresse le 19 décembre trois messages audios à Arnaud Duval. S’il y reconnait sa responsabilité dans la mort de Paul Duval, il propose d’aider la famille. Tentait-il d’acheter leur silence ? Il n’exprimait en tout cas aucun regret pour son acte et n’a même pas présenté ses excuses.
Faux agent de l’ADSU
Le 21 décembre, les Duval aperçoivent Lionel Bienvenu, le beau-frère de Rodney Cootee, en train de prendre des photos de Paul Duval sur son lit d’hôpital ! Pour tenter de prouver que Paul Duval n’était pas dans un état désespéré ? Interrogé sur sa démarche par les proches de la victime, Lionel dira qu’il appartient à … l’ADSU !
Les Duval se rendent à la station de police de Vacoas le même jour pour faire une déposition contre ce Lionel pour usurpation d’identité. Or, les policiers refusent de la prendre prétextant que le délit a été commis hors de leur zone de responsabilité. Cela, même si cela était en rapport avec l’agression de Paul Duval ! Les Duval déposeront plainte bientôt contre Lionel Bienvenu.
Ce même 21 décembre, le policier ‘V’ du poste de police de Vacoas informe les Duval que Rodney Cootee viendra à la station le lendemain accompagné de son avocat. Il demande à Thérèse d’être présente pour l’identification. Thérèse et ses deux fils seront au rendez-vous et attendront en vain pendant presque deux heures avant que le sergent ne les informe que Rodney ne viendra pas car étant souffrant. En fait, Rodney Cootee s’enfuira du pays ce jour-là.
23 décembre : Thérèse Duval, son fils et sa fille se rendent à l’IPCC pour dénoncer l’inaction de la police après l’agression de son mari.
Ce n’est que le 27 décembre, après le décès de Paul Duval le 24 décembre, que la police contacte Thérèse et lui demande de venir faire une déclaration formelle à la station de Vacoas. Ce qu’elle a fait.
On ignore quand exactement les premières arrestations. L’accusé principal Rodney Cootee a pu quitter le territoire car ne faisant même pas l’objet d’un Report On Departure.
Stephan Duval sera agressé lui-aussi par Bradley Jerry le 24 décembre, juste après le décès de son père ! Bradley Jerry avait débarqué sur place avec plusieurs gros bras pour menacer Stephan en ces termes : « toi aussi to pou fini couma torpa. »
Opération pa moi sa li sa…
Lors de son unique conférence de presse du 10 janvier, après avoir parlé surtout de ‘mapping’ et de ‘tools’, le commissaire de police (CP) Rampersad Sooroojebally a donné deux raisons pourquoi Rodney Cootee n’a pas été promptement arrêté bien que la police savait qu’il était l’agresseur : primo, la police s’est fiée, en vain, à la promesse de l’avocat de Cootee d’emmener son client à la station.
La question que l’on est en droit de se poser : est-ce à l’avocat d’emmener un suspect à la station ou est-ce le devoir de la police ?
Deuxième raison avancée par le CP : la police attendait que Paul Duval donne sa version. « Et si la victime décède » s’indigne un avocat « comme ce fut le cas pour le pauvre Paul Duval qui d’ailleurs n’était plus en mesure de parler, on referme le dossier ? Et les témoins ? Les proches de la victime ? »
Le chef du CCID Rajcoomar Seebah ira plus loin lors de cette conférence de presse : « personne, ni les proches, ni l’épouse de la victime n’avait encore fait de déclaration ‘per se’ à la police. » En fait, comme expliqué plus haut, le policier V avait bien pris la déposition de Thérèse Duval dans un fourgon …
Il semble bien que ce soit les omissions de la police dès le départ qui aient conduit à une escalade et au meurtre de Paul Duval. Ce n’était pas la première fois que celui-ci se plaignait en vain à la police des nuisances sonores issues non seulement des haut-parleurs mais aussi de moteurs bruyants des motos et voitures des visiteurs chez Bradley Jerry et Christophe Eole.
Stephan s’est lui-même plaint au moins cinq fois auprès de ces deux voisins de la pollution sonore. Et que lui a répondu Braley ? Que lui, Bradley, est régulièrement mis au courant par un membre de l’ADSU à chaque fois que Paul Duval se plaint à la police des nuisances sonores. Désiré Cotte, autre accusé, a avoué lui-aussi à Stephan que c’est un membre de l’ADSU qui lui révélait les dénonciations de Paul Duval. C’est pour cela, a dit Bradley Jerry à Stephan, qu’il était remonté contre Paul Duval. « C’est une vengeance » conclut Stephan.
Si c’est vrai, Bradley Jerry aurait donc été incité indirectement contre Paul Duval par un membre de la police qui de plus n’intervenait jamais pour au moins demander à Bradley Jerry de baisser le volume de ses haut-parleurs.
On apprend maintenant que la magistrate du tribunal de Curepipe refuse d’émettre un mandat d’arrêt contre Rodney Cootee, on ne sait pourquoi.
Si le patron du CCID Rajcoomar Seebah affirme que Rodney Cootee a déjà été localisé en Allemagne et que ses moindres gestes sont suivis de près, il ne dit pas que ça s’arrête là et que Cootee ne pourra pas être appréhendé sans mandat d’arrêt émis d’abord par une cour de justice à Maurice et par une deuxième en Allemagne.
La famille Duval, qui réclame justice, devra attendre longtemps pour l’obtenir.
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