La colère et la furie de Reza Uteem, mardi 26 mai, au Parlement.

Par Narain Jasodanand

On sentait l’orage qui s’annonçait ce matin au Parlement. Joanna Bérenger demandait à Reza Uteem si la Bangladaise MMB, qui s’était enfuie de son lieu de son travail, était employée par une entreprise ou une famille et si elle avait été victime de maltraitance de la part de son employeur.

Reza Uteem a d’abord reconnu que la Bangladaise était employée par… ses parents, qui sont âgés et malades. Il explique que MMB a été recrutée en 2023 comme carer par sa mère pour une durée de deux ans. Et qu’en mars 2025 – il était ministre du Travail – c’est son secrétaire permanent qui a renouvelé le permis de travail, car Reza Uteem ne pouvait le faire, l’employeur étant sa propre mère.

On présume que MMB était retournée dans son pays en attendant le renouvellement de son permis de travail…

Toujours selon le ministre du Travail, MMB a quitté la maison des Uteem le 3 avril sans jamais y revenir. Il souligne que l’employée fugueuse n’a jamais déposé plainte pour maltraitance et que c’est sa mère, Mme Uteem, qui a signalé sa disparition.

S’ensuit alors une longue explication de la part du ministre à l’issue de laquelle on comprend que les travailleurs bangladais sont ceux qui fuguent le plus, soit 80 % de tous les travailleurs étrangers. Cependant, ces Bangladais demeurent à Maurice, dit Reza Uteem.

Liberté de mouvement et poubelle

Face à une question supplémentaire de Joanna Bérenger, Reza Uteem reconnaît que MMB s’est enfuie, pas par la poubelle mais par la porte de derrière. À la deuxième partie de la question de Joanna Bérenger, qui voulait savoir si un travailleur étranger conserve sa liberté de mouvement même si un contrat le lie à un employeur en particulier, Reza Uteem répond complètement à côté en affirmant qu’un travailleur étranger n’a pas le droit de rester à Maurice sans permis de travail et doit être expulsé.

La députée lui rappelle que là n’est pas la question, tout en lui posant une deuxième question : comment expliquer que le haut-commissariat du Bangladesh ait émis un communiqué concernant MMB alors que, comme l’a reconnu Reza Uteem lui-même, il y a des centaines de fugues. Joanna Bérenger voulait sans doute savoir s’il y a eu intervention de Reza Uteem pour que le haut-commissaire émette un communiqué spécialement pour MMB.

Réponse encore une fois à côté de la plaque : « J’ai, en plusieurs occasions, adressé au haut-commissaire le problème de disparition de travailleurs bangladais… »

Intervention de la Speaker, qui suit le débat de près, pour rappeler à Reza Uteem qu’il n’a pas répondu à la question sur la liberté de mouvement. Le ministre parle alors d’égalité des droits entre le travailleur mauricien et le travailleur étranger, notamment concernant les salaires. Il souligne que son ministère a sévi contre les employeurs qui conservent le passeport du travailleur étranger. Mais même à la Speaker, il ne parle point de la liberté de mouvement.

Sang mauve et sang de colon

Avant de poser sa dernière question supplémentaire, Joanna Bérenger lance : « Il a été déploré que la Bangladaise en question était maintenue enfermée illégalement… » Et là, Reza Uteem, qui démontre normalement un calme olympien, explose : « Je demande à cette dame de retirer ce qu’elle vient de dire… c’est un mensonge. C’est une honte, venant d’une dame qui vient du MMM, qui parle ainsi de mon père. »

Reza Uteem franchit alors une ligne (mauve) qu’il n’aurait peut-être pas dû franchir : « Mo pa enn kolon, mwa. Mo pena disan kolon dan mwa… » Il accuse visiblement Joanna Bérenger d’avoir du sang de « colon ». Piquée au vif, celle-ci s’emporte : « Mwa osi mo pena disan kolon… »

Shirin Aumeeruddy-Cziffra appelle au calme. Mais les deux élus continuent des échanges tendus, que l’on ne peut distinguer. La Speaker dit alors à Joanna Bérenger qu’elle a fait une accusation. La députée répond qu’elle voulait justement que Reza Uteem confirme que tel n’est pas le cas. Et d’expliquer que ce qu’elle a dit provient des médias. L’occasion pour Shakeel Mohamed d’intervenir pour rappeler que les articles de presse ne doivent pas être évoqués au Parlement. Si c’est comme ça, tout ce qu’a dit Joanna est irrecevable.

Sauf que Reza Uteem avait partiellement admis et que ce sont ses parents qui étaient concernés. La Speaker a pu à la fin ramener l’ordre et les deux élus ont retiré les mots qu’ils avaient prononcés.