Farinisoa Ernaivo : Complicité des autorités mauriciennes avec Mamy entre 2009 et 2018

Le ton a été donné par la ministre de la justice malgache dès le début de sa conférence de presse du 6 février : « oui, Madagascar respecte la souveraineté de la justice mauricienne … même si des fonds malgaches ont été placés à Maurice. Et Maurice reconnait la souveraineté malgache de poursuivre ceux qui ont enfreint les lois malgaches. » Elle se référait à Mamy Ravatomanga mais sans jamais le nommer.

Ce que Farinisoa Ernaivo a déclaré juste après a de quoi faire suer à grosses gouttes les banquiers, les promoteurs immobiliers et aussi ceux qui aimeraient avoir leur part du magot de Mamy : ces fonds devront être rapatriés à Mada dès la condamnation définitive de Mamy par une cour de justice à Maurice.

 

Madame la Garde des Sceaux sait-elle qu’à Maurice, un procès peut prendre des années (comme celui de Navin Ramgoolam) avant d’être renvoyé en appel au Privy Council ? Visiblement oui, puisqu’elle ajoutera que « les fonds devraient être retournés aux Malgaches si Mamy (qu’elle ne cite toujours pas) est condamné à Mada. » Autrement dit, les Malgaches n’attendront pas des années que la justice mauricienne se prononce.

 

Jugement par contumace

Mais comment Mamy pourra-t-il être condamné à Madagascar s’il est détenu ou en liberté à Maurice mais avec interdiction de quitter notre territoire ? Les Malgaches le jugera-t-il par contumace ? Possible.

Ravatomanga sera-t-il extradé vers Mada pour être interrogé et jugé ? Oui, a répondu Farinisoa, lorsque la FCC aura terminé avec son enquête. Mais attention « il ne doit pas être extradé vers un autre pays ! » Comme la Côte d’Ivoire, les Emirats Arabes Unis ou la Suisse ? En tout cas, il semble que si Mamy est condamné par contumace à Madagascar, son extradition sera demandée mais à condition que la FCC en aura fini avec lui.

En clair, les fonds que Mamy a placés à Maurice pourraient être rapatriés à Mada dès sa condamnation à Mada si elle arrive plus tôt qu’à Maurice. Et Mamy pourrait être jugé et condamné à Mada par contumace même si l’enquête de la FCC n’est pas terminée. Quant à son extradition vers son pays natal, il faudra bien attendre que la FCC boucle son enquête.

 

Entre 2009 et 2018

Mais le point crucial – pour nous Mauriciens – de la conférence de presse de Farinisoa Ernaivo est ce qu’elle a déclaré à propos des transferts d’argent par Mamy à Maurice. Après avoir indiqué qu’en 2018, les autorités mauriciennes (probablement la FIU et le bureau de l’Attorney General) n’ont pas collaboré avec les enquêteurs du Parquet National Financier (PNF) français sur l’acquisition de quatre appartements par Ravatomanga à Paris, la ministre malgache a parlé des complicités avec Mamy de certains cabinets mais surtout des autorités mauriciennes entre 2009 et 2018 !

 

Ainsi, il semble que sous le gouvernement MSM mais aussi sous ceux du PTr, les institutions publiques aient participé, selon Farinisoa, à la dilapidation par Mamy des richesses de Madagascar et au cover-up des enquêtes.

Scoop.mu avait démontré qu’au moins pour le scandale de bois de rose, il y aurait eu cover-up en 2011 par Navin Ramgoolam sous le prétexte « d’enquête en cours. »

Si la ministre de la justice malgache reconnait le droit de l’Ile Maurice à accepter les « investissements » de Mamy et de plusieurs autres Malgaches, elle précise que c’est à condition que l’argent soit propre et honnêtement investi. « C’est la loi de Maurice qui le dit ! » soulignera-t-elle. Or, durant toutes ces années, les banques mauriciennes concernées et autres institutions n’ont vu rien de mal.

 

Litchis malgaches, recettes mauriciennes

Farinisoa donnera un exemple de l’origine malsain de l’argent de Mamy et de la capture d’Etat malgache par ce dernier. Mamy a obtenu des contrats exclusifs du gouvernement malgache pour « soigner » les fonctionnaires. Or, fait ressortir Farinisoa, non seulement l’homme d’affaires malgache réclamait 5 fois, 10 fois le prix normal pratiqué pour ces ‘soins’ mais certains patients décèdent suite aux multiples interventions chirurgicales subies. Un peu comme dans certaines cliniques à Maurice ?

 

Autre monopolisation dont bénéficie Mamy : l’exportation de litchis. D’après Farinisoa, Ravatomanga a fait plafonner le prix d’achat pour pouvoir acheter toute la récolte et l’exporter au prix qu’il veut, privant Madagascar de devises additionnelles que le pays aurait perçues s’il y avait une libre concurrence. Bien plus, dira-t–elle, les recettes des exportations de litchis ont été rapatriées non à Mada mais à Maurice. « Peut-être que chez vous (Mauriciens) ça vous arrange, mais pas nous Malgaches ! » a-t-elle asséné. Tout en ajoutant moqueusement « « Je sais que vous n’en voulez pas de cet argent sale chez vous. Nous allons vous aider à vous en débarrasser et les rapatrier chez nous ! »

Pour résumer :  Farinisoa Ernaivo veut maintenant et avec raison que le fruit des labeurs et de la terre des Malgaches revienne aux Malgaches.  

 

 

“Fanirisoa Ernaivo a été claire et nette : l’argent de Mamy devra être retourné à Mada.”