L’hebdo Weekend annonçait dimanche le départ en congé préretraite d’Iswarduth Pokhun comme directeur de l’Aviation Civile et de son remplacement par Sachinand Rambrichh qui partira lui-aussi en juin prochain. L’occasion pour Scoop.mu de revenir sur l’événement qui aura probablement marqué le plus la carrière de Rambrichh qui remplaçait Pokhun le 11 octobre 2025 …

Le rapport de Suresh Seebaluck sur l’atterrissage du jet privé de Mamy Ravatomanga commence par un appel téléphonique passé à 21.30h le 11 octobre 2025 par Sitam Bulloo de Jet Prime à Mme P. Bhoree du département de l’Aviation Civile (DCA). Bulloo voulait savoir si une demande pour une évacuation médicale avait été reçue de Madagascar.

Mais d’où provenait la demande à Sitam Bulloo ? Du pilote de l’avion ou de quelqu’un d’autre à Maurice ? Suresh Seebaluck ne dit pas s’il a interrogé Bulloo pour le savoir. Une sérieuse omission !

Et c’est toujours avant le décollage qu’un email est adressé à 21.58h au DCA par Trans Ocean Airways, la société propriétaire du jet privé, informant que la demande d’atterrissage sera soumise par Jet Prime. A noter que le jet privé ne décollera de Mada qu’à 22.19h et Jet Prime en était déjà au courant à 21.30h.

D’après le rapport, Gilbert Noel et Raymond Daryl Rivet étaient présents à la fameuse soirée de gala un peu plus tôt ce 11 octobre. Seebaluck affirme de plus que ces deux hommes étaient « privy to information regarding this flight » et ils étaient déjà présents au Jet Prime Lounge « well before the plane had landed. » 

Pourquoi Suresh Seebaluck n’a-t-il pas interrogé ces deux personnes pour savoir qui des deux a fait la demande à Jet Prime ?
Le flou subsistant sur l’identité de celui qui a fait la demande aura permis de ne mettre personne à l’index.

C’est à 22.01h, dit le rapport, que Jet Prime soumettra la permission d’atterrissage venant de Trans Ocean Airways au DCA. Mais le rapport de Sachinand Rambrichh, Acting Director of Civil Aviation, parle de 22.32h ! Une erreur de Seebaluck ?

Cependant, l’Aeronautical Information Service (AIS) de la DCA refusera l’autorisation arguant que la demande aurait dû être soumise au moins 7 jours avant le vol. Le même rapport dira plus loin qu’en fait, le délai à respecter pour les vols privés est de 2 ou 3 jours selon que les passagers ont un visa ou non. Encore un cafouillage !

Malgré ce refus, Jet Prime fera une deuxième demande à 23.12h de la part de Trans Ocean Airways d’autorisation d’atterrissage, prévue pour 23.30h. Mais cette fois, il n’est plus question d’évacuation médicale mais de visite touristique ! Jet Prime ignorait-elle que Trans Ocean Airways venait d’essuyer un refus car le vol aurait dû être signalé 7 jours avant ? Pourquoi Jet Prime a-t-elle insisté ? Le rapport ne pose pas ces questions ni n’en donne les réponses.

« As per instructions of Rambrichh »

Les rapports de Seebaluck et de Sachinand Rambrichh indiquent qu’à 00.16h, B. S. Succaram, le superviseur d’Air Traffic Control qui tombe sous le DCA, a demandé à l’aéroport de Gillot à l’Ile de la Réunion s’il accepterait de laisser atterrir le jet de Mamy au cas où Plaisance n’accepte pas. Réponse de Gillot :  vu qu’il n’y a pas de plan de vol, il faudra rechercher l’autorisation « from [..] higher authorities » et promet de rappeler Succram.

Pendant ce temps – l’heure n’est pas donnée- le pilote du jet informe Succaram que l’avion n’a qu’une heure cinq minutes de carburant et qu’il ne pourra atterrir qu’à Maurice ou à l’Ile de la Réunion. Quatre minutes après l’échange avec Gillot, soit à 00.20h, Sachinand Rambrichh autorise l’atterrissage.

A 00.38h, P. Bhoree émet formellement l’autorisation d’atterrissage « as per instructions of Ag. Director of Civil Aviation » c-à-d Rambrichh. Après l’atterrissage à 00.44h, Succaram en informera Gillot. Il semble que Succaram et Rambrichh n’aient pas attendu la réponse de Gillot. Pourquoi ? Le rapport laisse ici aussi un vide. 

Il est donc clair que c’est Rambrichh qui a accordé cette permission express d’atterrissage, n’est-ce pas ? Pas sûr, car Rambrichh dira à Seebaluck qu’il l’a fait « after receiving the clearances from PIO and AML. » Mais ni le PIO ni l’AML ne donne de telle autorisation. Rambrichh justifie en même temps l’autorisation par l’urgence causée par le bas niveau de carburant du jet privé. On tourne en rond !

Le jet fera lui-aussi des ronds dans l’air, à l’ouest de Maurice et au nord de la Réunion entre 23.36h et 23.53h, avant qu’il ne prenne la direction de Plaisance. Cependant, selon le rapport Seebaluck, c’est à 00.20h que l’autorisation sera donnée d’atterrir à Maurice. Pourquoi le jet s’est-il dirigé vers Maurice 28 minutes avant l’autorisation ? Silence du rapport.

PEPs

Autre incohérence : même si le PIO savait que l’un des passagers, l’ex-Premier ministre malgache Christian Ntsay, était un « foreign politically exposed person », il a quand même donné son feu vert car « there was nothing adverse » contre Ntsay. Et cela, après autorisation reçue de Mme Fong Weng-Poorun, secrétaire au Home Affairs. Le rapport promet que désormais, ce sera au Premier ministre qu’il incombera d’approuver toute « politically sensitive applications. »

Conclusion

Comme on le constate, le rapport Seebaluck contient tellement d’omissions et d’incohérences qu’il est impossible de dire qui a approuvé l’atterrissage. N’est-ce pas pour cela que Sachinand Rambrichh n’a pas été inquiété ? Toutefois, ils sont plusieurs à penser qu’il n’a pas pris cette décision tout seul.

Est-ce en raison de la non-fiabilité du rapport que certains protagonistes n’ont pas été inquiétés ? Pour rappel, même les pilotes ont été autorisés à quitter Maurice malgré la promesse du rapport d’envisager des actions légales contre eux.

Ultimes questions : les manquements du rapport sont-ils délibérés pour protéger celui qui a vraiment autorisé l’atterrissage ? Que pensera Fanirisoa Ernavio, qui a placé toute sa confiance en notre présent gouvernement, si jamais elle découvre que celui qui a permis l’atterrissage de Mamy et qui aurait fait « trafiquer » le rapport est quelqu’un de ce même gouvernement ?

 

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