Sydney Pierre a-t-il trahi le peuple ou sont-ce les autres qui l’ont trahi ?

Par Doris Félix

On accuse Sydney Pierre d’être un transfuge. Mais un transfuge gagne un poste. Lui l’a perdu.

Élu à Stanley / Rose-Hill sous la bannière de l’Alliance du Changement ‒ PTr, MMM, Nouveaux Démocrates, Rezistans ek Alternativ ‒ avec un seul programme, un seul manifeste, celui de protéger les plus faibles.

Le 31 juillet 2026, le Finance Bill est présenté à l’Assemblée nationale. Seul élu de la majorité à voter contre le report de la pension universelle de 60 à 65 ans. Beaucoup avaient critiqué la réforme de la pension mais ont baissé la tête au moment du vote. Lui est resté debout.

Le soir même, il est révoqué de son poste de junior minister au Tourisme par Navin Ramgoolam, jugeant le choix de Sydney Pierre « totalement inacceptable ».

Du 16 au 20 octobre : une rupture propre

Le 16 octobre, il remet sa démission du Parti travailliste en main propre. Il dit : « Mo pa pe dir ou mo pe zwenn le FMP, mo pe dir ou mo pe demisionn du Parti Travayis. L’avenir nous le dira. »

Il ne voulait plus embarrasser le parti en votant constamment contre le gouvernement.

Mardi 20 octobre, reprise parlementaire. Sydney Pierre siège avec le Fron Militan Progresis, aux côtés de ses camarades issus de l’Alliance du Changement, Chetan Baboolall, Joanna Bérenger et Paul Bérenger, qui, comme lui, ne pouvaient plus survivre dans un gouvernement qui fait le contraire de ses promesses.

Paul Bérenger salue « le courage de dire non ». La porte qui était ouverte est maintenant franchie.

L’article 35 de la Constitution est clair : démissionner de son parti ne fait pas perdre son siège.

La future loi anti-transfuge annoncée par le gouvernement vise « les élus qui changent d’allégeance de manière opportuniste après les élections en échange d’un bénéfice personnel, d’un poste ministériel ou d’une faveur politique ».

Sydney Pierre est l’exact opposé juridique de cette définition. Il a sacrifié son poste au nom de l’article 11 de la Constitution ‒ protection de la liberté de conscience.

Maintenant, posons la vraie question.

On parle de loi anti-transfuge pour punir celui qui quitte son parti. Mais ne faudrait-il pas une loi anti-transfuge pour punir ceux qui quittent leur programme ?

Car le peuple, lui, n’a pas voté pour le PTr ou le MMM séparément. Le peuple a voté pour l’Alliance du Changement, pour un programme, une promesse.

Sydney Pierre, Chetan Baboolall, Joanna et Paul Bérenger sont aujourd’hui ensemble au FMP non pas parce qu’ils ont trahi, mais parce qu’ils sont les seuls à ne pas avoir trahi.

Alors qui sont les vrais transfuges ?

Celui qui change de banc pour rester fidèle au peuple ? Ou ceux qui gardent leur banc en devenant infidèles au peuple ?