Ça commence par des fissures et ça se termine par des milliards de dépenses. Comme pour l’autoroute Terre-Rouge ‒ Verdun.

Par Narain Jasodanand

Comme on le sait, des Rs 30 milliards (Mds) qui seront avancées par l’Inde, Rs 20 Mds le seront sous forme de prêt, dont la majeure partie ira dans des projets infrastructurels, surtout routiers. Parmi ceux-ci, l’autoroute M4, qui coûtera Rs 10,8 Mds et la 2e phase de la Ring Road au coût estimé à au moins Rs 5,2 Mds.

Si la M4 coûtera Rs 360 millions/km, la 2e phase de la Ring Road coûtera Rs 1 milliard/km, soit presque autant que la pose de rails pour le métro ! Pourquoi si cher ? Explication : il est prévu de creuser deux tunnels sous la montagne des Signaux et sous la colline Monneron, ce qui pourrait d’ailleurs faire exploser encore plus le budget de Rs 5,2 Mds.

Hormis le coût faramineux, il y a un autre souci, et non des moindres. Il a été observé que la première phase de la Ring Road, construite entre 2010 et 2013 au coût de Rs 1,3 Md, a recommencé à se fissurer (voir photo), après les crevasses constatées en 2013, suivies même de l’effondrement d’une partie de la chaussée.

Les travaux de réparation avaient été effectués en 2014 aux frais du constructeur, le joint-venture Rehm Grinaker Construction Co. Ltd / Colas, sous la garantie décennale (la firme égyptienne Arab Consulting Engineers ‒ ACE ‒ en était le consultant.) Or, ces travaux ne semblent pas avoir réglé le problème d’une façon définitive vu l’instabilité du sous-sol, constitué de basalte.

Pourquoi rien n’a été entrepris depuis la (re)découverte des premières fissures entre 2020 et 2025 ? Et la garantie décennale qui expire en mai 2027 ! C’est ce que tente de savoir le conseil d’administration de la Road Development Authority (RDA). Une enquête est recommandée et le consultant Luxconsult (Mtius) Ltd a été désigné pour l’investigation technique.

Son rapport sera soumis à un Fact-Finding Committee (FFC) présidé, a proposé le board de la RDA, par un sitting judge. Qui lui-même sera recommandé non par le conseil légal de la RDA mais par un avocat indépendant.

Suspension qui ne fait pas l’unanimité

Le board devra aussi décider si le General Manager (GM) de la RDA, Nazeer Mowlabaccus, sera suspendu pendant la tenue du FFC, car il est en poste depuis 2016. Cependant, tous les membres du conseil d’administration ne partageraient pas le même avis sur la responsabilité du GM dans cette affaire. Certains membres pensent que le chairman, Seewoonarain Koonjul, qui est à l’origine de cette motion de suspendre le GM, veut tout simplement se débarrasser de ce dernier. D’autres sont d’avis que même si le GM ne peut être tenu responsable des retards pris à demander des comptes au consultant et aux constructeurs et que ce sont les ministres respectifs qui devraient répondre, ils ne sont pas contre une suspension du GM le temps de l’enquête.

Le board serait aussi divisé sur, notamment, la justesse d’un FFC. De toute façon, même s’il recommande un tel comité, ce sera au ministère de tutelle et ensuite au Conseil des ministres de donner le feu vert final. Vu que cette route presque inutile avait été construite sous le gouvernement travailliste en 2013, Navin Ramgoolam acceptera-t-il d’ouvrir une enquête ? Si oui, acceptera-t-il que ce soit un juge en exercice, pas un juge à la retraite qu’il choisirait, qui la préside ?

Une autre question à laquelle devront répondre la RDA et le Conseil des ministres est la suivante : avec la première phase de la Ring Road fissurée ‒ et l’on ne sait si d’autres dégâts sont à prévoir – est-il techniquement et financièrement justifiable d’y ajouter une deuxième phase ? La question se pose d’autant plus que le projet de Harbour Bridge, qui est lui aussi envisagé, vise à contourner Port-Louis, une ville qui se vide de plus en plus après la création d’autres centres administratifs un peu partout dans l’île.

Cependant, il y a d’autres considérations en jeu, comme les contrats à octroyer…