Maurice, Rodrigues et tout le plateau reposent sur Mauritia, un microcontinent brisé.

Par Doris Félix

L’annonce de Pravind Jugnauth d’une extension de 145 000 km2 de notre zone économique exclusive (ZEE), approuvée par la Commission des limites du plateau continental des Nations unies, donne à réfléchir.

Maurice, Rodrigues, Agaléga, Saint-Brandon, Chagos : 2,3 millions de km². 99 % de nos richesses sont sous l’eau.

Il y a 3 milliards d’années, un continent a coulé là où nous sommes. Il s’appelle Mauritia.

Aujourd’hui, au-dessus de ses restes, dort une autre richesse : pétrole, gaz, nodules, eau profonde.

Le problème : nous n’avons presque rien sur terre. Mais le monde entier veut ce qu’il y a sous notre mer.

Le combat des 20 prochaines années ne se jouera pas sur nos terres. Il se jouera dans notre océan. De Rodrigues à Diego Garcia.

La preuve scientifique : nous sommes assis sur un continent

Février 2013. Nature Geoscience. Des géologues trouvent dans la lave de Maurice des cristaux de zircon de 3 milliards d’années.

Conclusion : Maurice, Rodrigues et tout le plateau reposent sur Mauritia, un microcontinent brisé.

Enjeu : les vieux continents = pétrole, gaz, minerais. C’est la loi de la géologie.

L’état des lieux : les cinq piliers de notre archipel

Maurice & Rodrigues : le cerveau et le cœur

– Richesse : tourisme, pêche côtière, lagons. Point de départ administratif.

– Potentiel : proche du bassin central des nodules. Port de base logistique.

Agaléga : le gardien du nord

– Position : 1 100 km au nord.

– Atout : piste 3 000 m + jetée + radar. Construits par l’Inde.

– Enjeu : surveiller l’accès à notre ZEE, plus de 200 000 km². Porte d’entrée vers les nodules.

– Défi : négocier avec l’Inde. Souveraineté mauricienne, transfert de technologie, partage des données.

Saint-Brandon / Cargados Carajos : le garde-manger de l’est

– Position : 430 km au nord-est. 28 îlots.

– Atout : bancs de pêche les plus riches de l’océan Indien. Zone tampon.

– Enjeu : les protéger contre les chalutiers étrangers. Potentiel d’hydrocarbures.

– Défi : mettre une présence permanente. On ne protège pas ce qu’on n’habite pas.

Chagos / Diego Garcia : le cœur stratégique

– Position : centre de l’océan Indien.

– Atout : plus de 630 000 km² de ZEE. Complète notre territoire maritime.

– Problème : occupé par une base militaire Royaume-Uni/USA depuis 1965. La Cour internationale de justice a dit que le territoire appartient à Maurice.

– Enjeu : sans Diego, notre ZEE a un trou. Avec Diego, on contrôle un bloc de 2 millions de km².

Les richesses convoitées

  1. Hydrocarbures : études sismiques en cours. Aucun forage commercial encore. Cadre : Offshore Petroleum Bill.
  2. Nodules polymétalliques : à 4 000-5 000 m de profondeur dans le bassin central. Nickel, cobalt, manganèse. L’or des batteries.
  3. Ressources bleues : pêche au thon, eau des grands fonds, biodiversité. 50 000 emplois dépendent du lagon.

Qui les convoite ?

Les puissances qui ont la technologie pour descendre à 5 000 mètres : Chine, France, Russie, Corée du Sud, Japon/Inde.

Ces pays ont déjà des permis d’exploration de l’Autorité internationale des fonds marins autour de nous.

Les cinq précautions à prendre

Souveraineté d’abord : traité rendu public pour Agaléga. Récupérer Diego Garcia. Habiter Saint-Brandon.

Moratoire : pas de signature avant étude d’impact indépendante et débat national.

Lois en béton : 51 % de participation mauricienne dans toute joint-venture. Fonds de garantie environnementale. Transfert de technologie obligatoire.

Surveillance : navires, drones, satellites, entre Agaléga et Rodrigues.

Alliance : travailler avec les Seychelles, les Comores, Madagascar. Seuls on est faibles.

Conclusion

Nous ne sommes pas une petite île. Nous sommes un archipel océanique.

De Rodrigues à Diego Garcia, d’Agaléga à Saint-Brandon.

Le choix est simple : devenir le gardien de Mauritia. Ou devenir la station-service des grands.

Le temps presse. Avant le premier forage, il faut d’abord forer les esprits.