« Mamy » retrouvera-t-il la liberté conditionnelle ?


Par Narain Jasodanand

Cela fera bientôt dix mois que Maminiaiana Ravatomanga, alias Mamy, est en détention préventive à la prison de Melrose. Ce n’est pourtant pas faute pour ses avocats d’avoir tenté d’obtenir sa remise en liberté sous conditions, notamment en décembre 2025.

Mamy est inculpé provisoirement de blanchiment d’argent et d’entente délictueuse avec David Jean-Christian Thomas, Junaid Fakim et Nasser Beekhy. Pour ces trois personnes, la police n’a pas objecté à leur remise en liberté mais elle l’a fait pour Mamy. À noter que la police agit dans cette affaire sur les instructions de la Financial Crimes Commission (FCC). Motifs de l’objection : risques de fuite, de subornation de témoins et d’altération de preuves.

Il est difficile de comprendre pourquoi Ravatomanga n’a pas bénéficié du même traitement de la part de la FCC en ce qui concerne l’entente délictueuse, puisque les trois autres y auraient participé eux aussi. Est-ce que la FCC a conclu que Mamy est celui qui était l’instigateur du complot ? Nulle part cela est mentionné.

Si la FCC a objecté à la remise en liberté de Mamy pour l’affaire de blanchiment d’argent et non de complot, il est encore plus difficile de suivre sa logique car Thomas, lui, a bénéficié de la liberté conditionnelle malgré une accusation provisoire de blanchiment de Rs 20 milliards qui pèse sur lui. Alors que celle concernant Mamy implique le blanchiment de Rs 7 milliards.

La demande de bail review de Mamy Ravatomanga auprès de la Cour suprême a aussi été rejetée. Ses avocats feront appel maintenant au Conseil privé du roi.

L’odeur du bois de rose

Mais en attendant, ils ont déposé une nouvelle requête de liberté conditionnelle pour leur client auprès de la Bail and Remand Court (BRC). Les plaidoiries auront lieu ce lundi 17 août. Il semble que de nouveaux éléments seront présentés.

Pour soutenir l’objection de la FCC, l’enquêteur principal avait mis en avant, notamment, la réouverture de l’enquête par les autorités françaises sur l’affaire de trafic de bois de rose, dans laquelle serait impliqué Ravatomanga. Le jugement refusant la liberté conditionnelle à ce dernier avait d’ailleurs repris cet argument au paragraphe 6.

Or, un document est parvenu à Scoop.mu, daté du 18 mai 2026, dans lequel le Parquet national financier de Paris informe un des avocats de Ravatomanga, Me Hector Bernardini, que « l’enquête préliminaire PNF 16 040 000 444 a fait l’objet d’un classement sans suite le 26 juin 2023 » et que « l’enquête n’a depuis pas été rouverte ». Si le document est authentique, cela prouverait que la FCC a induit la BRC en erreur.

Si cette enquête est définitivement close, cela arrangerait non seulement l’homme d’affaires malgache mais beaucoup d’autres personnalités à Maurice, notamment. Scoop.mu du 9 décembre 2025 était revenu sur cette affaire de bois de rose, surtout sur les Private Notice Questions adressées les 22 mai et 10 juillet 2012 par Paul Bérenger, leader de l’opposition durant cette période, à Navin Ramgoolam, qui était alors Premier ministre. Ramgoolam n’a jamais révélé l’identité de la personnalité malgache impliquée à l’époque.

On connaîtra lundi les arguments que présenteront les avocats de Ravatomanga, Mes Khushal Lobine et Joy Beeharry. Le milliardaire malgache retrouvera-t-il la liberté par la suite ? La FCC objectera-t-elle encore ?