Navin Ramgoolam annonce un remaniement depuis bientôt neuf mois et ose dire que la presse est « pli prese».

Par Jasvin Sok Appadu

Interrogé par la presse sur un éventuel remaniement ministériel qu’il a lui-même évoqué à plusieurs reprises récemment, le Premier ministre a répondu aux journalistes : « Zot pe tro prese », avant d’ajouter que ce ne sera pas pour tout de suite. À entendre le chef du gouvernement, ce sont donc les journalistes qui sont trop pressés.

L’éventualité d’un remaniement ministériel est évoquée depuis la fin de 2025, à l’époque où Paul Bérenger, alors Deputy Prime Minister (DPM), réclamait un ministre des Finances à plein temps lors de ses discussions avec Navin Ramgoolam. Et selon Paul Bérenger à l’époque, le Premier ministre aurait fait comprendre qu’il garderait le portefeuille des Finances, en attendant « un éventuel remaniement ministériel » prochainement.

Ensuite, c’est le PM lui-même qui avait encore évoqué un cabinet reshufflement après le départ de Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall des rangs du gouvernement en mars dernier. Navin Ragmgoolam, qui avait pris presque deux mois pour remplacer Paul Bérenger par Arianne Navarre-Marie au poste de DPM, avait publiquement affirmé qu’il y aurait un remaniement ministériel « pli divan ». On était alors en mai 2026 et le poste de junior minister à l’Environnement était resté vacant.

Mini-reshuffle chez les junior ministers

Jusqu’à tout récemment, soit le 3 août dernier, à la State House, lors de la cérémonie de prestation de serment des nouveaux junior ministers après la révocation de Sydney Pierre au Tourisme et la démission de Véronique Leu-Govind aux Arts et à la Culture, Navin Ramgoolam déclarait une nouvelle fois : « Pou ena enn remaniman, pou ena sanzman divan, nou pe mem konsider, me mo pa ankor finaliz sa, sipa nou pa bizin retourn ansien sistem PPS. »

Ceci malgré après avoir effectué un mini-reshuffle au niveau des junior ministers, avec Karen Foo Kune chapeautant l’Environnement, Tony Appollon promu junior minister aux Sports et Anabelle Savabaddy nommée pour remplacer Sydney Pierre au Tourisme, enlevant ainsi une épine du pied du ministre Bachoo au Parlement.

Mais hier, Navin Ramgoolam a lui-même affirmé que le remaniement ministériel ne serait pas pour tout de suite.

Stratégie pour secouer certains ministres ?

En tout cas, les ministres ne pourront pas dire qu’ils n’attendaient pas un remaniement, surtout après plusieurs avertissements du Premier ministre lui-même devant ses troupes.

Selon nos informations, depuis la présentation du budget, Navin Ramgoolam a fait comprendre à ses ministres qu’un remaniement ministériel viendrait. D’ailleurs, lors du Conseil des ministres de la semaine dernière, le sujet a été évoqué par Navin Ramgoolam pour la troisième fois : « Pou ena remaniman, zot pa kapav res dan mem minister, zot bizin bouze. »

Ajouté à cela, le Premier ministre avait même lancé quelques piques à certains ministres, en guise d’avertissement dans l’éventualité d’un cabinet reshufflement. Les ministres Avinash Ramtohul, Jyoti Jeetun, Ashok Subron ou encore Arvin Boolell ne diront pas le contraire.

Ramtohul, Subron et Jeetun avertis…

Car, selon nos recoupements, ces ministres ont été la cible de certaines piques lancées par le chef du gouvernement tout récemment.

Le ministre des Technologies de l’information, de la communication et de l’innovation a été réprimandé par le Premier ministre pour sa non-collaboration avec le député Reza Saumtally. « Tansion to al gout ki ve dir backbencher », aurait lancé Ramgoolam à son ministre des TIC.

À Ashok Subron, qui voulait prendre en charge le coût des frais d’avocat sur un dossier relatif à son ministère de la Sécurité sociale, le Premier ministre aurait conseillé de ne pas le faire : « To pa kapav fer sa, to pa kone seki pou vinn apre twa, ki li pou fer. »

Quant à la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun, elle a reçu le message cinq sur cinq le 31 juillet dernier au Parlement. C’était lorsque la Speaker avait effectué un walk-out en pleine séance parlementaire.

Visiblement choqué, le Premier ministre Navin Ramgoolam s’est retourné vers les ministres debout derrière lui, affirmant : « Tousala bizin sanze sa, pa pou kapav kontinie koumsa. » Avant de lancer, en direction de Jyoti Jeetun, « parey kouma bann minis, si enn minis pa pe perform, mo pa bizin bouz li, mo bizin ».

Depuis quelques mois, surtout après les derniers développements politiques, c’était donc l’inquiétude parmi certains ministres, particulièrement ceux ayant eu droit aux piques de Navin Ramgoolam. Et voilà que le Premier ministre vient finalement de déclarer que le remaniement ne serait pas à l’agenda.

De quoi réjouir certains ministres pour, allons dire, les six prochains mois. Certains observateurs sont d’avis que Ramgoolam utilise tout simplement la perspective d’un remaniement pour secouer certains ministres dont la performance serait jugée médiocre, tout en évitant ainsi de provoquer immédiatement des remous.

Car qui dit remaniement dit aussi déceptions… ceux qui seront rétrogradés, ceux qui changeront de portefeuille ou encore ceux qui seront laissés sur la touche.

Entre « pe vini divan », « pou ena sanzman », « pli divan » et maintenant « zot pe tro prese », une chose est certaine : Ramgoolam ne semble pas pressé pour ce remaniement qu’il annonce depuis bientôt neuf mois.