
Ramgoolam a toujours caché le montant total de la dette nationale à rembourser.
Par Narain Jasodanand
Navin Ramgoolam a, à plusieurs reprises, parlé des intérêts payables chaque année sur les dettes, en déclarant, par exemple lors du discours du Budget 2025-2026, que « debt servicing alone is consuming Rs 21.8 billion of the budget ». Ou, lors du Budget 2026-2027 : « In Budget 2025/26, interest payments alone reached Rs 26.9 billion, accounting for 10.7 percent of total Government expenditure. » Déjà, le chiffre de 2025-2026 a augmenté dans sa deuxième déclaration…
Cependant, le Premier ministre n’a jamais communiqué le montant des capitaux remboursables. Il a fallu une question de Joanna Bérenger, le 21 juillet 2026. pour qu’on le sache.
84 % des dépenses !
Ainsi, a-t-on appris, le capital à rembourser au 30 juin 2026 était de Rs 180,8 milliards et les intérêts de Rs 29,2 milliards (le chiffre a encore changé), soit un total de Rs 210 milliards. Ce qui représente 84 % de toutes les dépenses du gouvernement et constitue le poste de dépense le plus élevé du budget, beaucoup plus que celui de la pension. Ramgoolam a omis de le préciser.
À noter que pour certains emprunts contractés à l’international, la somme à rembourser n’apparaît pas tout de suite énorme, puisqu’il existe une période moratoire de trois ou cinq ans, pendant laquelle le capital n’est pas remboursé. Mais après ces périodes de grâce, le montant à rembourser bondira brutalement. Comme on l’a vu avec l’emprunt contracté pour le métro.
Ces périodes de moratoire servent justement à appâter les clients. Et à induire la population en erreur. C’est ainsi que l’on se retrouve avec un niveau de dette insoutenable et qui peut mener à une hausse des taux d’intérêt, comme le reconnaît lui-même Ramgoolam.
Amélioration de 0,5 %
Ce n’est pas pour autant que le Premier ministre n’a pas recours aux emprunts, lui qui accuse son prédécesseur de « fiscal indiscipline, financial irresponsibility, reckless spending and a complete disregard for the principles of sound public financial management ».
Bien au contraire, il vient de contracter de gros emprunts, notamment auprès de l’Inde, pour financer, de surcroît, des projets inutiles comme l’autoroute M4 destinée à faciliter la vie de ces messieurs.
Pourtant, selon le PM, il a pris les mesures nécessaires pour contenir la dette. Alors qu’en vérité, la dette, qui était de Rs 634,7 milliards au
30 juin 2025, est passée à Rs 683,4 milliards au 30 juin 2026, soit une hausse de Rs 48,7 milliards. Ce qui n’empêche pas Ramgoolam de se vanter d’avoir ramené la dette de « 88.5% (de notre Produit intérieur brut) as at end June 2025 to 88% as at end June 2026 »… Bravo pour ce 0,5 % (Rs 4 milliards) et pour ce tour de passe-passe !
Les banques font le plein
Le PM nous apprend également que de ces Rs 683,4 milliards de dette, Rs 311,8 milliards (45 %) ont été contractées auprès de banques commerciales locales. Il n’a pas donné leur nom, ni les taux d’intérêt ni la durée de l’emprunt. Pour que l’on ne sache pas qui est en train de s’enrichir sur le dos de la population ? D’après les calculs de Scoop.mu, les intérêts payables à ces banques tournent autour de Rs 12 milliards annuellement !
Rs 246 milliards (36 % des dettes) sont détenues par d’autres institutions locales comme les fonds de pension, y compris le National Pensions Fund (NPF) et le National Savings Fund (NSF), a souligné Ramgoolam, qui a pris soin de ne pas citer le nom de ces heureux fonds de pension privés.
En tout cas, il est évident que ces banques et fonds de pension ont tout intérêt à avoir un gouvernement dépensier.
Dettes en devises étrangères
Les Rs 125,6 milliards (18 %) restantes ont été empruntées à l’étranger et en devises, bien sûr, et il faudra les rembourser en devises étrangères avec des intérêts. Ramgoolam donne quelques exemples de ces prêteurs étrangers : la Banque Africaine de Développement, l’Agence Française de Développement, la Japan International Cooperation Agency et le gouvernement indien. Encore une fois, il ne donne pas le montant pour chacun, ni les taux d’intérêt applicables, ni la durée de remboursement.
On sait cependant que les Rs 20 milliards empruntées à l’Inde n’entreront jamais au pays mais qu’elles seront remboursées en dollars, vu que l’Exim Bank de l’Inde paiera directement les constructeurs indiens en roupies indiennes.
Irresponsabilité fiscale
Le Premier ministre n’a pas précisé si ces dettes de Rs 683,4 milliards incluent celles des corps paraétatiques et autres compagnies d’État.
Il a conclu en disant que ces dettes exercent une pression considérable sur le budget, réduisant les possibilités du gouvernement à investir « in key sectors and essential services ». L’autoroute M4 est visiblement pour Ramgoolam plus essentielle que les « essential services ».
Et la Fiscal Responsibility Act que Ramgoolam réclamait à cor et à cri quand il était dans l’opposition ? Eh bien, il ne veut plus qu’on la lui rappelle. Paul Bérenger vient toutefois de le faire lors de sa conférence de presse du 8 août : « Ce pays deviendra ingouvernable sans une Fiscal Responsibility Act. »