Les tuyaux en plastique posés à même le sol risquent non seulement de se rompre mais représentent un danger pour notre santé.

Par Doris Félix

Déjà en 1993/1994, sous le gouvernement MSM, une compagnie française privée, la Lyonnaise des eaux, est venue à Maurice. Objectif : privatiser le service d’eau.

Pourquoi ? Parce que déjà, en 1993, ça faisait longtemps que Maurice était en alerte rouge. Tuyaux percés de partout. Manque cruel de réservoirs. Mauvaise gestion chronique.

Résultat : l’eau, si précieuse, allait à la rivière, et maintenant, dans les drains, avant de se jeter dans la mer !

On perdait déjà 30 % de notre eau à cause des fuites. De l’argent et de la vie qui partent en fumée.

Certains politiciens et syndicats ont dit non à la privatisation.

A-t-on eu raison de faire confiance à la CWA et aux différents gouvernements ?

Trente ans plus tard

Tous les gouvernements qui se sont succédé se ressemblent, sans exception.

Des milliards de roupies sont budgétisées régulièrement « pour le secteur de l’eau ».

Des promesses. Des projets. Des commissions. Et des contrats en milliards donnés à des contracteurs privés.

Mais quelle est la qualité de ces énormes tuyaux ?

Ils posent des kilomètres d’énormes tuyaux HDPE noirs en plastique bas de gamme. Du polyéthylène haute densité non certifié « eau potable », qui cuit au soleil pendant des années sur nos routes. Un plastique qui se dégrade avec la chaleur et les UV.

Cette eau chaude et toxique et nous sommes obligés de la boire et de la donner à nos enfants.

Des études le prouvent : ce type de plastique, quand il chauffe, relâche des produits toxiques et potentiellement cancérigènes dans l’eau.

On nous empoisonne en plus de nous assoiffer.

Et l’argent alors ? Même le gouvernement indien a prêté Rs 2,5 milliards ($ 58 millions). Juste pour changer les tuyaux percés.

100 km de tuyaux neufs étaient prévus. De l’argent pour ça. Et les tuyaux sont toujours percés !

Pas d’eau. Toujours des coupures.

Pendant qu’on boit l’eau des HDPE qui cuit au soleil.

Le résultat ?

La population est toujours privée d’eau. Et surtout privée d’eau potable.

Aujourd’hui, on nous annonce des coupures strictes, amendes jusqu’à Rs 200 000 et même la prison.

Aujourd’hui on a une pénurie d’eau.

Et maintenant le toupet suprême : ce même gouvernement ose nous taxer Rs 2 sur chaque litre d’eau en bouteille que nous achetons. De l’eau qu’on est obligé d’acheter parce qu’il n’y en a pas au robinet.

Comment ce gouvernement compte-t-il contrôler les milliers de villas de luxe, d’hôtels 5-étoiles, d’IRS, de RES ? Avec leurs piscines personnelles, leurs jacuzzis, leurs golfs à arroser 24/7 ?

Qui va contrôler les forages illégaux ? 

Qui va contrôler les abus ?

Qui va couper l’eau aux riches pendant que le peuple fait la queue au camion-citerne ?

Le droit à l’eau potable et à l’assainissement est reconnu comme un droit fondamental par l’Organisation des Nations unies depuis 2010. Il garantit à chaque personne, sans discrimination, un accès suffisant, physiquement accessible, abordable et de qualité à de l’eau pour ses usages personnels et domestiques.

Pas d’eau pour le peuple.

Mais de l’eau à volonté pour le business et le luxe.

La population ne cesse de subir.

On n’a pas la mémoire courte.

On se souvient de 1993. Les blablas politiques et syndicaux. Pourquoi n’avoir pas vendu des actions au privé comme pour Mauritius Telecom ?

Continuellement, chaque gouvernement nous fait de vaines promesses.

On refuse de payer pour plus de 30 ans d’incompétence et de mauvaise gestion.

Pas d’eau pour le peuple = pas de paix sociale.

Pas d’eau = pas de taxe sur l’eau.

Le gouvernement nous punit aujourd’hui.

Mais nous, le peuple, on subit mais on se souviendra aux prochaines élections.

L’eau est un droit, pas un luxe.

Dilo pou tou dimounn, pa zis pou bann ris.