
Des changements à prévoir à la rentrée parlementaire, avec Chetan Baboolall au poste de leader de l’opposition.
Par Jasvin Sok Appadu
À peine les vacances parlementaires entamées, un premier changement institutionnel se profile. Dans une lettre adressée au président de la République, Dharam Gokhool, ce mercredi 5 août 2026, le leader du Fron Militan Progresis (FMP), Paul Bérenger, a signifié l’intention du parti de prendre le poste de leader de l’opposition. Il estime que le FMP, fort de ses trois députés, est désormais en droit d’occuper cette fonction. Ainsi, le président de la République a démarré les consultations pour se pencher sur la question. À vrai dire, il ne devrait pas y avoir de problème.
Car jusqu’ici, Joe Lesjongard avait le soutien de Franco Quirin, député indépendant siégeant dans l’opposition, et celui d’Adrien Duval. Toutefois, avec les derniers développements politiques, les choses ont changé. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, on chuchote que ce dernier a déjà un pied dans le gouvernement.
Echange Bhagwan‒Duval
Ce qui expliquerait son absence lors du vote, au Committee Stage, sur les amendements apportés à la National Pensions Act. Ou encore son absence du pays au moment même où étaient inscrites à l’agenda parlementaire certaines questions embarrassantes pour le gouvernement actuel. D’ailleurs, une remarque du ministre Rajesh Bhagwan à Adrien Duval lors de la séance de Prime Minister’s Question Time (PMQT), mardi dernier au Parlement, n’est pas passée inaperçue.
Mais c’est surtout la réplique d’Adrien Duval qui a retenu l’attention. Lançant une pique au whip de l’opposition, le ministre de l’Environnement a lancé ceci : « To pe rod enn plas Junior Minister twa osi kisa? » Adrien Duval s’est fait remarquer avec une réplique cinglante : « Gard to post Junior Minister pou twa. » Est-ce seulement en raison que c’était un ministre Mouvement militant mauricien (MMM) ? On a le droit de poser la question.
De son côté, Franco Quirin, député indépendant qui, jusqu’ici, était en froid avec Paul Bérenger, semble avoir enterré la hache de guerre. D’ailleurs, les échanges au Parlement entre les deux anciens amis du MMM ne sont pas passés inaperçus il y a quelques semaines. Les deux hommes ont désormais une chose en commun : ils ne sont plus au MMM.
Fron Militan Progresis parti majoritaire dans l’opposition
Franco Quirin, conscient des autres développements à venir sur la scène politique, ne compte pas objecter à ce que le FMP prenne le poste de leader de l’opposition. Du coup, le seul soutien qui pourrait être accordé à Joe Lesjongard, c’est bien évidemment Adrien Duval. De ce fait, les trois députés du FMP formeront le parti majoritaire dans les rangs de l’opposition.
Ainsi, sauf surprise, comme annoncé depuis plusieurs semaines, c’est Chetan Baboolall qui sera nommé au poste de leader de l’opposition. À la rentrée parlementaire, le 1er septembre, Joe Lesjongard devra céder sa place à Chetan Baboolall, qui sera au front bench avec Paul et Joanna Bérenger à ses côtés. Joe Lesjongard prendra place à l’arrière d’eux, tout comme Adrien Duval, l’actuel whip de l’opposition. Le sera-t-il toujours à la rentrée parlementaire ? Attendons de voir…
Sydney Pierre reste backbencher travailliste, sauf si le PM lui demande de démissionner du parti
L’autre move que l’opposition attendait, c’était celui de Sydney Pierre, député du Parti travailliste (PTr) dans la circonscription n°19. Après sa révocation comme junior minister au Tourisme, sa décision sur son avenir politique était très attendue. Sydney Pierre, qui était face à la presse mercredi après-midi, a annoncé qu’il siégera en minorité dans les rangs du gouvernement, en tant que backbencher, pour « porter la flamme du Parti travailliste et être la voix des sans-voix ».
Pour lui, c’est la meilleure décision pour ses mandants. La question n’est pas aujourd’hui de savoir si Sydney Pierre va démissionner et rejoindre un parti de l’opposition, a-t-il expliqué.
Il explique qu’il a été élu en tant que candidat du PTr et donc il siégera comme backbencher du gouvernement. Plus important dit-il, il fera entendre sa voix sur les sujets d’intérêt national, tout en questionnant les ministres. « Mo anvi sarye sa la flam travayis avek mwa. » Si cela dérange certains membres du Parti travailliste et que le Premier ministre lui demande de démissionner, il le fera pour siéger en indépendant dans l’opposition, a fait comprendre l’ancien junior minister.
Quant à sa révocation, cela ne l’affecte en aucun cas, car il a voté en son âme et conscience, dit-il. Il est d’avis qu’il n’était pas nécessaire que le Premier ministre le révoque comme junior minister ; sa lecture de la Constitution lui permettant de s’exprimer contre un projet de loi, a-t-il souligné. Sa révocation est, quelque part, un soulagement pour lui, car il se sent plus libre et pourra être la voix des sans-voix au sein même du gouvernement, car, c’est en étant une voix opposée au sein du gouvernement qu’il peut se faire entendre et retenir l’attention.
Les dirigeants du Parti travailliste ont déjà fait comprendre qu’ils ne comptent pas renvoyer Sydney Pierre du PTr. La question est de savoir jusqu’à quand. Car Sydney Pierre ne compte pas se taire dans son nouveau rôle.
La National Crime Agency arrive enfin, mais après plusieurs mois de retard et de retouches
Autre gros dossier à la rentrée parlementaire, le 1er septembre prochain : le National Crime Agency Bill. Présentée comme la future arme absolue contre la corruption et le blanchiment d’argent, le projet de loi sur la National Crime Agency (NCA) devrait finalement être déposé et voté dès la rentrée parlementaire. Un calendrier qui expliquerait, selon plusieurs sources, pourquoi les vacances parlementaires ont été raccourcies cette année. D’habitude les vacances durent jusqu’au mois d’octobre au moins. Le Parlement reprendra plus tôt que prévue car le NCA Bill est désormais la priorité du gouvernement.
Pourtant, ce projet de loi, promis pour mars, a pris plusieurs mois de retard. Entre réécritures, ajustements et réserves exprimées surtout par l’ancien Deputy Prime Minister, Paul Berenger, juste après son départ. Tout porte à croire que le texte a dû être revu avant son retour devant le Parlement le 1er septembre.
Le Premier ministre promet une institution d’élite, épaulée par des experts internationaux et dirigée, dans un premier temps, possiblement par un non-Mauricien. Reste désormais à voir si cette nouvelle agence apportera une réelle valeur ajoutée aux institutions existantes… ou si elle viendra simplement ajouter une structure de plus dans un paysage déjà bien fourni en organismes d’enquête.
En tout cas, dans l’entourage du Premier ministre, on fait comprendre qu’une fois la NCA votée, les anciens ministres du MSM n’auront qu’à bien se tenir, surtout ceux impliqués dans les scandales durant les dix dernières années. Ainsi la NCA aura sous sa tutelle la Financial Crimes Commission ainsi que la Financial Intelligence Unit et même certains pouvoirs de la police qui seront transférés. Ce qui risque en tout cas d’être la principale préoccupation dans ce projet de loi qualifié de « révolutionnaire » par Navin Ramgoolam.