
Arvin Boolell, le champion de l’esquive…
Par Narain Jasodanand
Nous avons consommé 28 457 tonnes de pomme de terre en 2025 et en avons importé 13 417 tonnes, soit presque la moitié de nos besoins. C’est sans compter les chips et autres préparations à base de pomme de terre que nous importons de façon croissante.
Les grandes propriétés sucrières produisent de moins en moins de pomme de terre, préférant, avec la bénédiction du gouvernement, planter des villas et autres centres commerciaux.
Les planteurs de pomme de terre qui voulaient capter le marché local abandonné par les sucriers doivent hélas faire face à la concurrence de la patate importée. Ils ont maintenant d’autres soucis. Comme la mauvaise qualité des semences fournie par l’Agricultural Marketing Board (AMB).
Soixante-treize planteurs ont investi, labouré 187 arpents et ont semé, en octobre 2025, pour découvrir, un mois et demi plus tard, que leurs plants pourrissaient, victimes de la maladie « Soft Rot ». Il est estimé que la perte de récolte représente environ 1 500 tonnes de pomme de terre, valant Rs 45 millions.
Le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) du ministère de l’Agro-industrie aurait, dans un rapport, confirmé cette pathologie ainsi que son origine : les semences. L’AMB l’a aussi confirmé auprès des planteurs.
Joanna Bérenger, qui avait été la première à alerter sur les problèmes de ces planteurs, revient, mardi prochain, 7 juin, avec une question parlementaire au ministre de l’Agro-industrie, lui demandant de déposer ce rapport du FAREI et de dire si les agriculteurs seront compensés.
À noter que seulement Rs 50 000 seront remboursées par planteur au lieu des Rs 213 000 demandées. Cela, alors que l’AMB est clairement fautif pour leur avoir vendu des semences de mauvaise qualité.
Les danses d’esquive de Boolell
Répondant à la précédente question de Joanna Bérenger à ce propos le 24 juin au Parlement, Arvin Boolell s’était montré agacé en disant que la députée était mal informée, que les articles de presse (du 29 mai et du 19 juin) étaient sans fondement et… qu’aucun planteur ne s’était plaint de la qualité des semences !
Le 29 juin, le journal Le Mauricien a révélé que 250 tonnes de semences de la variété Spunta et valant Rs 20 millions étaient stockées depuis plusieurs mois à l’AMB et qu’au moins cent tonnes pourraient prendre le chemin de Mare-Chicose pour y être détruites. Interrogé, Arvin Boolell a répondu à côté, en disant qu’il n’y avait pas de surplus de semences. Il a plutôt parlé des retards d’autres importations et des mesures budgétaires qui, selon lui, feront exploser la production locale etc.
Boolell n’a pas évoqué les autres semences pourries déjà vendues et en terre et dont les plants ont dû être arrachés par les agriculteurs.
C’est pas moi, c’est l’AMB
Le 1er juillet, retournement de situation. Dans un post sur Facebook, Arvin Boolell contredit ce qu’il avait dit à Joanna Bérenger le 24 juin, en admettant que la mauvaise qualité des semences fournies par l’AMB est la cause de ce désastre. Tout en décrétant solennellement que cet organisme devra honorer ses obligations envers les planteurs. Oubliant qu’il est le ministre de tutelle de l’AMB !
Sur le même post, Arvin Boolell accuse aussi les fournisseurs de semences étrangers qui devront, selon lui, « bear the cost ». L’AMB a-t-il déjà demandé réparation auprès de ces fournisseurs ? Contacté par Scoop.mu, le directeur de l’AMB, Nuvin Deerpalsing, nous a affirmé qu’il était en réunion au ministère de l’Agro-industrie, qu’il parlait justement de ce problème, et qu’il reviendrait vers nous. Ce qu’il n’a pas fait.
Quoi qu’il en soit, commentant le post Facebook de Boolell, le planteur Shyam Bisnauthsing prend à contrepied le ministre en affirmant que lorsque les semences arrivent à Maurice, elles sont en bonne condition, mais que « the handling and storage by AMB causes seed dormancy ». Shyam Bisnauthsing n’est pas n’importe qui puisque, tel qu’il se présente, il est planteur de pomme de terre depuis 1985 et, surtout, il a travaillé pendant 40 ans à l’Extension Services du ministère de l’agriculture puis à l’AREU (qui est devenue FAREI) ! Et pan !
Réponse de Boolell ? : « Thank you for your advice. »
Silence, ça ne pousse pas !
Tout ce cinéma joué par Arvin Boolell a indigné les agriculteurs que nous avons contactés. Ils nous informent que le ministre est au courant de leurs soucis depuis fin 2025. Et qu’à chaque fois qu’ils ont voulu le rencontrer, on leur a dit que le ministre avait d’autres engagements.
Comme celui avec Omnicane pour le lancement du faux projet agrivoltaïque ? Ou l’inauguration du centre commercial d’Eshan Chady à Rose-Belle ?
Boolell a contacté plusieurs planteurs de pommes de terre après la première question de Joanna Bérenger afin de leur exprimer sa colère et de les intimider. « Souffrez en silence ! » semble avoir été le message adressé.
En prenant connaissance de la prochaine question de Joanna Bérenger, Arvin Boolell s’est empressé d’organiser une rencontre avec les planteurs ce lundi, à la veille du Parlement. Alors qu’il promettait dans son post du 1er juillet de les rencontrer dans deux semaines.
Question : sera-t-il plus zen ?