
Une vraie ferme agrivoltaïque, à gauche. Contrairement à celle d’Omnicane/MCB, à droite, avec des panneaux qui ne laissent pas passer suffisamment de lumière et sont trop bas.
Par Narain Jasodanand
Après la MIC, c’est au tour du ministère de l’Agro-industrie d’être floué par Omnicane, avec le concours de diverses autres autorités et de la MCB, qui ne cesse de s’enrichir.
Le lancement, le 4 juin à Poudre-d’Or, de la ferme solaire OmniPV1 d’Omnicane, en partenariat avec la Mauritius Commercial Bank Ltd (MCB) et la firme française Calycé International, est une preuve de plus que le gouvernement veut privatiser la production d’énergie, même renouvelable. Et se moque que de tels projets, aussi souhaitables soient-ils, se fassent au détriment de notre agriculture.
Cependant, comment annoncer un projet qui vise à assurer notre indépendance énergétique mais qui nous prive de 12 arpents (4,1 hectares) de terre qui auraient pu être cultivés ? Eh bien, tout simplement en postant de fausses informations.
Ainsi, le Government Information Service (GIS), probablement mal renseigné par Omnicane et la MCB, a émis, le 5 juin, un communiqué dans lequel il parle de l’« inauguration of OmniPV1, an innovative agrivoltaic solar farm located at Poudre d’Or », d’un projet qui « integrates renewable energy generation with sustainable agricultural land use » et qui « supports Mauritius’ national renewable energy and climate objectives while promoting productive dual land use through agrivoltaics involving local farmers and food crop cultivation ».
Agrivoltaïque d’un mètre cinquante
Des « local farmers » ? Qui sont-ils ? Des habitants du coin qu’Omnicane a autorisés à cultiver ses terres ? Si oui, comment font ces agriculteurs sous ces panneaux photovoltaïques (PV) d’environ un mètre cinquante de hauteur ? Il faudrait qu’ils aient les reins solides pour rester penchés ! C’est sans parler des risques de se cogner la tête contre les panneaux PV !
Selon un ingénieur spécialisé en la matière, il n’existe pas de structures agrivoltaïques d’un mètre cinquante de haut. Normalement, explique-t-il, les panneaux se trouvent à au moins trois mètres du sol, et les tables (composées de 24 à 48 panneaux) doivent être séparées les unes des autres pour laisser entrer au moins 30 % de lumière (voir photos).
Or, sur les photos affichées par Omnicane via le GIS et la MCB, il est difficile de dire si ces panneaux sont surélevés. De plus, ils ne sont guère écartés et laissent passer peu de lumière. En fait, les images ont été prises d’une telle manière que l’on ne peut distinguer si ce sont des structures agrivoltaïques ou pas.
L’autre curiosité de ce projet supposément agrivoltaïque d’Omicane/ MCB est qu’il est opéré sous le Medium-Scale Distributed Generation (MSDG) Scheme du Central Electricity Board (CEB). Comment ont-elles pu bénéficier de ce programme, qui ne s‘applique que pour une centrale d’un maximum de 2 MW, alors qu’elles vont produire 4,8 MW d’énergie solaire ? Tout simplement en divisant par deux la ferme !
La discrète MCB
Etrangement, la MCB n’a émis aucun communiqué après l’inauguration de la ferme solaire. Nous lui avons demandé, le 8 juin, de nous confirmer si la ferme est bien agrivoltaïque, de nous communiquer la superficie du terrain couvert par les panneaux PV et de nous dire ce qu’il y avait auparavant sur ce terrain.
En réponse, la banque nous a « conseillé de prendre contact avec Omnicane qui pourra mieux aider à ce sujet ». Nous lui avons fait remarquer que la MCB est partie prenante de ce projet. Réponse : « Oui mais davantage sur le plan financier. Pour ces détails un peu plus techniques c’est au niveau d’Omnicane. » Pourtant, la MCB avait, le 27 novembre 2025, annoncé ce projet avec fierté en le qualifiant de « photovoltaic plant ».
Nous nous sommes donc tournés vers le responsable de communication d’Omnicane. Malheureusement, il est en congé et une réponse automatique nous a renvoyés vers le numéro de téléphone d’une autre personne. Nous avons redirigé nos questions vers cette dernière sur WhatsApp et par SMS. Aucune réponse à ce jour.
On se rappelle comment Omnicane avait joué au chat et à la souris avec Scoop.mu lorsque nous écrivions sur « Le mari deal MIC/Omnicane », le 6 juin 2025.
Boolell change de version
Contacté, le ministre de l’Agro-industrie, Arvind Boolell, nous affirme qu’il s’agit bien de structures agrivoltaïques, même si les panneaux se trouvent à un mètre cinquante du sol.
Après notre insistance, Arvin Boolell nous a fait parvenir un brief non signé dans lequel nous apprenons que le terrain de 5 ‒ et non de 12 ‒ arpents était bien agricole et qu’Omnicane avait besoin d’un Land Conversion Permit, qui lui a été octroyé le 22 août 2025, sept mois après sa demande du 13 janvier 2025.
Le permis a été attribué, selon le document, pour un « Solar PV Farm and accessorily mixed farming activity subject to conditions (2,940m2 will be used for food crop production between the rows of the of solar PV panels) ». Donc, pas d’agrivoltaïque ! Boolell s’était-il trompé lorsqu’il nous avait parlé la première fois ou avait-il tenté de nous induire en erreur ?
Exonération de Rs 9,8 millions
Normalement, il faut payer une Land Conversion Tax de Rs 2 millions par hectare de terre agricole convertie pour un terrain de moins de
5 hectares. Omnicane a converti 11,7 arpents soit 4,9 hectares, selon le GIS. Omnicane aura donc économisé Rs 9,8 millions. Selon le ministre Boolell, Omnicane a converti 5,05 arpents soit 2,1 hectares. Il n’a pas parlé des autres 2,8 hectares de terre convertis. Etaient-ce ceux au nom de la MCB ?
Le document non signé affirme aussi qu’il y a eu un amendement à la Sugar Industry Efficiency (SIE) Act, qui exonère, par l’article 29 (1) (a) (xviii) (A) de la Land Conversion Tax, un propriétaire de terrain agricole pour « the setting up of a power station by the holder of a certificate issued by the Economic Development Board for the supply of electrical power using renewable energy ». Quand cet amendement a-t-il été voté ? Mystère !
Pour rappel, lors de sa conférence de presse du 6 avril 2026, Patrick Assirvaden avait parlé d’une décision qui prévoit une exemption du Land Conversion Permit pour la conversion de terrain agricole en agrivoltaïque…
Aussi, le même brief reçu de Boolell affirme qu’il n’y a pas eu d’amendement effectué à la SIE Act concernant des projets agrivoltaïques.
Or, il y en a bien eu un : la partie (B) de ce même alinéa prévoit l’exonération de la Land Conversion Tax pour « the production of electrical power using biomass or through a solar farm or agri-solar farm by the holder of a certificate issued by the Economic Development Board ». Pourquoi Boolell n’a-t-il pas parlé de cet amendement (B) ? Sans doute parce qu’il a réalisé que Scoop.mu a découvert que le projet n’était pas agrivoltaïque mais solaire, tout simplement. C’est-à-dire qu’il n’y aura pas de culture sous les panneaux PV, contrairement à ce qu’ont martelé la MCB, Omnicane, le GIS et Boolell lui-même.
Un permis qui rapporte
Toujours est-il qu’en accordant le Land Conversion Permit, le ministère de l’Agro-industrie a permis à Omnicane non seulement d’enlever les cannes à sucre ou autres cultures vivrières pour y implanter une ferme solaire (ou produire de l’énergie à partir de la biomasse), mais aussi de ne pas payer la Land Conversion Tax. Un pouvoir de ministre qui vaut son pesant d’or. Un pouvoir qui peut en même temps diminuer nos surfaces agricoles rares d’un trait de plume.
Combien d’exemptions ont ainsi été accordées à d’autres planteurs ? Boolell ne nous a pas répondu.
À la vitesse à laquelle le secteur privé déploie des panneaux solaires, on peut s’interroger sur la concrétisation du projet promis par Patrick Assirvaden : l’installation, par les Indiens, de 100 000 panneaux photovoltaïques sur les toits des maisons.
La démocratisation de la production d’énergie est en marche ! Dans les discours.