
Pourquoi Ramgoolam ne veut-il pas dire d’où sortent les devises étrangères de la Banque de Maurice ?
Par Narain Jasodanand
Il y a plus d’un an de cela, le 17 décembre 2024, le backbencher Roshan Jhummun demandait au Premier ministre et ministre des Finances « …the source of such foreign currency reserve… » au sujet des ventes de dollars par la Banque de Maurice (BoM) depuis 2014.
Réponse de La Palice de Navin Ramgoolam : « The injection of foreign currencies was effected through the use of the official foreign currency reserves at the Bank of Mauritius… » Il n’a donc pas répondu à la question.
Mardi dernier, Joanna Bérenger a de nouveau demandé à Navin Ramgoolam de préciser l’origine des réserves de la BoM utilisées pour injecter des dollars sur le marché. Réponse : « The sales of US dollars on the market were sourced from official foreign currency reserves at the Bank of Mauritius. »
Non satisfaite, la députée mauve a insisté avec une question supplémentaire : « Est-ce qu’il pourrait nous donner plus de détails sur la provenance des devises des réserves ? » Ramgoolam : « I don’t have all the details of the provenance from the Bank of Mauritius, but I can look into the matter… » Pourquoi le PM n’avait pas ces informations sur les sources des réserves de la BoM ? Pourtant, la question figurait dans la principale interpellation de la Prime Minister’s Question Time et dont Ramgoolam avait connaissance depuis vendredi 24 avril.
Trois euros par touriste…
Le Premier ministre a toutefois ajouté, répétant ce qu’il avait dit dans sa réponse principale : « …some measures are being taken. For example, on property, they have to pay now in rupees. This is increasing. Also, the three euros for the tourists, this also is coming to the foreign reserve. » Trois euros par touriste et vente de villas suffiraient à alimenter les réserves ? C’est risible, pour dire le moins.
Tout le monde sait que notre balance des paiements souffre d’un déficit chronique car nous ne percevons, à travers les exportations, le tourisme et autres services, qu’environ un quart du montant de devises étrangères que nous dépensons en importations et autres paiements effectués à l’étranger. La question est donc de savoir comment les réserves de la BoM sont approvisionnées en devises étrangères puisque nos paiements excèdent de loin nos recettes, depuis plusieurs années.
Rama Sithanen avait répondu, à moitié, à la question de Roshan Jhummun lors de sa conférence de presse du 19 décembre : « Une partie provient d’emprunt(s) de la BoM d’institutions financières internationales. » Quelles sont ces institutions internationales ? Combien a été emprunté, en quelles devises et à quel taux d’intérêt ? L’ancien gouverneur n’a pas donné ces précisions cruciales.
Le 10 janvier 2025, répliquant à un communiqué du MSM, le Conseil des ministres affirmait : « (i) The figures included higher deposits of Commercial Banks which did not belong to the Bank of Mauritius; (ii) The figures also included international loans from international Banks and one foreign country, contracted by the Bank of Mauritius which led to an increase in the national debt, and these would have to be reimbursed… »
Le présent gouvernement a aussi contracté de lourds emprunts. La situation de la dette extérieure a donc été aggravée.
Cercle vicieux de la dette
Il est donc clair que, même si notre pays n’a pas eu recours à des emprunts du Fonds monétaire international (FMI) pour financer ses importations, il emprunte à d’autres pays ou à des institutions financières. Il convient notamment de signaler les « aides », ou plutôt les emprunts, contractés auprès de pays étrangers comme l’Inde, la Chine, le Japon ou le Royaume-Uni, ainsi qu’auprès d’institutions financières internationales comme l’Agence française de développement (AFD).
Il est par conséquent possible que les $ 3,6 milliards (Rs 169 milliards) vendus sur le marché local en 142 occasions par la BoM depuis 2014, dont avait parlé Navin Ramgoolam le 17 décembre 2024, ont été empruntés en partie ou en totalité.
Il faut savoir que lorsque la BoM emprunte des devises à l’étranger, celles-ci doivent être remboursées, avec intérêts. Or, si notre balance des paiements ne s’améliore pas ‒ même en cas de réduction du déficit ‒ la Banque centrale devra continuer à emprunter pour financer les importations et honorer le remboursement du principal et des intérêts. On est donc bien parti dans un cercle vicieux de la dette.
Nos questions à la BoM à ce sujet sont restées sans réponse, que ce soit sous Rama Sithanen ou Priscilla Muthoora Thakoor.