Pour les gros fraudeurs à la SBM, Ramgoolam menace simplement. Pour les petits employés, c’est le comité disciplinaire.

Par Narain Jasodanand

De la BoM à la SBM

Dans ses réponses ces deux derniers mardis au Parlement, Navin Ramgoolam n’a pas manqué de s’en prendre aux responsables concernés à la Banque de Maurice (BoM), qu’il a traités de complices et de « protégés » du régime MSM. Il accuse ces derniers d’avoir laissé faire la Silver Bank et la SBM qui ont perdu Rs 8 milliards et Rs 14 milliards respectivement entre 2014 et 2024. Le Premier ministre a toutefois pris le soin de ne pas donner le nom des gouverneurs et Deputy Governors. Sinon, il allait devoir citer Vikramdass Punchoo qui était Second Deputy Governor entre 2014 et 2020. Celui-ci a été nommé, en septembre 2025, président de la SBM Holdings Ltd par le même Ramgoolam. Vikram Punchoo sera-t-il plus vigilant à la SBM qu’à la BoM ?

Ne pas embarrasser Sun Resorts

Le Premier ministre n’a pas non plus cité Mardayah Kona Yerukunondu et Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal, respectivement First et Second Deputy Governors à la Banque de Maurice pendant la période cruciale de 2020 à 2024. On sait que ces deux personnages étaient aussi impliqués directement dans le financement par la Mauritius Investment Corporation de Menlo Park et l’hôtel Ambre. Mais n’ont jamais été inquiétés outre mesure. D’ailleurs, l’enquête, qui n’est jamais allée au-delà d’Armand Apavou, est restée bloquée à la porte de Sun Resorts. Ceci explique peut-être cela ?

Quand Pada défendait les prêts à risque

En taisant le nom de Mardayah Kona Yerukunondu et Hemlata Sadhna Sewraj-Gopal, Ramgoolam n’a pu citer celui de l’ex-ministre des Finances Renganaden Padayachy, qui était First Deputy Governor à la BoM entre janvier 2018 et octobre 2019. C’est lui qui a défendu les prêts accordés aux étrangers malgré la perte de la SBM au profit des frères Pabari. Ramgoolam n’a pas non plus parlé des Chief Executive Officers de la SBM qui ont tous pris la poudre d’escampette une fois leur « mission » accomplie.

Les cibles faciles

Navin Ramgoolam a fermement promis mardi dernier : « What has happened at the SBM, cannot and will not go unpunished. With regard to all provisions and write-offs, internal investigations are already underway… Even individuals who may no longer be employed by or associated with the Bank will not be spared. » En attendant, ce sont douze employés qui n’ont ni fait perdre l’argent à la SBM ni reçu de faveurs qui sont pris pour cibles dans l’affaire Reward Money.

Licence et lobby

Des pressions seraient exercées sur la Banque de Maurice pour qu’elle accorde une licence bancaire à AFG Holding Ltd. Elles sont si fortes que la gouverneure Priscilla Muthoora Thakoor aurait envisagé de démissionner. Elle aurait même profité de sa récente visite à New York pour rencontrer son ancien boss au Fonds monétaire international (FMI) et négocier un retour au bercail. Cependant, son salaire mensuel d’un million de roupies à la BoM lui aurait fait changer d’idée. Et se plier aux pressions ? AFG Capital, filiale de AFG Holding, elle, avait déjà obtenu de la Financial Services Commission sa licence de banque d’investissement en avril 2024, on ne sait si c’était suite à des pressions ou par d’autres moyens.

Patrimoine à vendre

Comme sous l’ancien régime, le présent gouvernement veut liquider tout ce qui peut l’être. C’est ainsi que MauBank est à vendre. Mais de préférence à des étrangers. Un acquéreur indo-singapourien-sud-africain aurait déjà été choisi. C’est le Gang des Cinq qui œuvre dans l’ombre pour que ce deal aboutisse. Cela, même si le milliard de bénéfices que réalise la MauBank annuellement quittera le pays sous forme de dividendes. L’important n’est-il pas de toucher des commissions ? Le fils d’un ex-gouverneur avait, début 2025, agi comme courtier. Avant qu’il ne soit démasqué.

Judas 2

Où en est-on avec les enquêtes sur les centaines de millions de roupies de Judas ? Pourquoi ses biens n’ont-ils pas encore été saisis ? Il semble que l’homme d’affaires a pu continuer à tisser sa toile d’araignée sous le nouveau régime. Et pris plusieurs personnes dans ses crochets venimeux. Comme dit l’Anglais : « Money Talks. »