
Les caméras de Safe City sur nos routes ne servent pas à détecter les délits routiers.
Par Narain Jasodanand
Le système de surveillance Safe City, acquis en 2017, a fait l’objet de critiques récurrentes de l’opposition concernant son coût de
Rs 21 milliards, certes payable sur 20 ans.
La question de Khushal Lobine du 14 avril au Parlement nous a permis de découvrir que malgré ce prix exorbitant, les 2 000 caméras déjà installées partout dans l’île ne servent pas à détecter des délits routiers, comme l’excès de vitesse et les conduites dangereuses, qui sont les principales causes d’accidents mortels.
Non, ces équipements, pourtant installés pour la plupart au bord des routes et comprenant 75 caméras intelligentes de surveillance du trafic (Intelligent Traffic Surveillance Cameras), spécifiquement dédiées à la détection des délits routiers, sont en réalité utilisés, selon Navin Ramgoolam, pour détecter des agressions, des vols et des trafics de drogue. Toujours selon le Premier ministre, ces caméras ont servi à détecter 1 959 délits et crimes depuis 2019. On ignore combien d’entre eux ont été suivis d’inculpations.
C’est pour cela que l’on peut voir tous les jours des voitures roulant à tombeau ouvert au nez et à la barbe de ces caméras sans être flashées.
Neuf ans après, le gouvernement envisage d’activer les fonctionnalités inutilisées jusqu’ici. Ramgoolam l’avait aussi annoncé dans son discours du budget, dix mois de cela… Il a indiqué, mardi 14 avril, qu’un High-Level Committee venait d’être mis sur pied ‒ on ne sait quand exactement ‒ et que le ministère du Transport est en train de travailler sur des Draft Traffic Offence Enforcement Regulations pour que la police puisse utiliser les images (photos et vidéos) pour inculper les conducteurs indélicats et dangereux.
« Proposal to provide »
Suffira-t-il donc juste d’introduire des lois et d’activer les fonctionnalités « dormantes » du système Safe City pour pouvoir surveiller la circulation routière ? Non ! Car, selon Navin Ramgoolam, la police, en consultation avec Mauritius Telecom (MT), « is working on a proposal to provide enhanced additional features on the Safe City System that would allow for the detection of the following key traffic offences, namely – (a) speeding; (b) non-usage of seat belts; (c) use of handheld devices while driving, and (d) overtaking on continuous white lines ».
Il y a donc un « proposal » ? De qui ? De Huawei ? Devra-t-on encore mettre la main à la poche pour acquérir ces fonctionnalités que l’on pensait déjà intégrées au système Safe City ? Si tel n’est pas le cas, on peut se demander pourquoi Navin Ramgoolam n’a pas critiqué l’ancien régime pour avoir investi Rs 21 milliards dans un système incapable de détecter les excès de vitesse ou même d’enregistrer le numéro d’immatriculation des véhicules. Etrange changement d’attitude de Ramgoolam !
Le plus surprenant ? Une source au ministère du Transport nous affirme que ces fonctionnalités existent depuis 2017. Mais elles n’avaient pas été mises en œuvre sous le Mouvement socialiste militant (MSM) pour des raisons politiques. Lesquelles ? Notre interlocuteur nous rappelle que le MSM avait remporté les élections de 2014 grâce, entre autres, à la promesse, honorée d’ailleurs, de mettre fin au permis à points. « Comment allaient-ils réconcilier la surveillance accrue de la circulation tout en ayant aboli le permis à points ? C’était de la démagogie, qui a marché, mais avec les résultats que l’on sait : une augmentation des accidents, surtout causés par l’excès de vitesse. »
Une source policière fiable confirme également l’existence de ces fonctionnalités, tout en avançant une autre explication à leur non-mise en œuvre : « L’ancien gouvernement ne les a pas utilisées car il fallait au préalable légiférer pour permettre au système de détecter les délits routiers et, surtout, l’identité du conducteur à travers la reconnaissance faciale, incluse dans Safe City. Cela allait avoir des implications sur la liberté des citoyens. » Si notre interlocuteur reconnaît que le système Safe City doit être mis à jour régulièrement, il ajoute que cela
« est inclus dans le contrat de Rs 21 milliards » ! C’est-à-dire qu’il n’y a pas à payer Huawei pour ces fonctionnalités.
Or, il semble bien que le présent gouvernement compte acheter des « enhanced additional features ». À quel prix ? On l’ignore pour le moment.