
Alexandre Laridon a menti sur son doctorat.
Par Narain Jasodanand
Après avoir répondu à la Private Notice Question (PNQ) de Joe Lesjongard le 31 mars, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, voulant jouer la transparence, a déposé une liste de ses conseillers à l’Assemblée nationale. La liste contient aussi les responsabilités, rémunérations et allocations et qualifications de ces conseillers. Qualifications impressionnantes pour certains d’entre eux. Dont celles d’Alexandre Laridon.
Ainsi, apprenait-on, ce dernier possède un Bachelor Degree in Marketing de la London South Bank University et un Master en International Business Law de l’Université de Central Lancashire. Rien d’éloquent, diraient certains, des centaines de Mauriciens ayant des diplômes, même un Master en marketing.
Alexandre Le Grand M…
Cependant, Alexandre Laridon se démarque de ces centaines de Mauriciens et étrangers qui viennent étudier le marketing dans des universités locales. En effet, il détient – toujours selon la liste déposée au Parlement par le PM ‒ un PhD (un doctorat) in Public Law de l’Université de Paris.
Sur son compte LinkedIn, on apprend qu’Alexandre Laridon est Doctor of Philosophy – Phd, Law, de l’Université de Paris Nanterre. Il aurait poursuivi ces études entre 2023 et 2026 et aurait donc été récompensé par un doctorat en droit.
Dans un article de septembre 2024, Alexandre Laridon est décrit comme un « doctorant en droit (Paris-Nanterre) ». Il semble donc que Laridon était doctorant, c’est-à-dire qu’il préparait un doctorat en droit. A-t-il pu décrocher ce diplôme en 2026, comme il l’écrit sur son compte LinkedIn et comme c’est stipulé dans la liste déposée par Navin Ramgoolam au Parlement ? Si oui, il aurait continué ses études et réussi ses examens pendant qu’il était en charge de la communication au Prime Minister’s Office (PMO).
Pour en avoir le cœur net, nous avons écrit un e-mail au PMO pour demander de nous envoyer une copie des diplômes d’Alexandre Laridon, le 1er avril. On nous a répondu que c’était impossible et on nous a conseillé de nous adresser directement à la personne concernée.
Nous avons donc adressé un e-mail à Alexandre Laridon, lui demandant la même chose, le 2 avril. Cependant, il ne nous a pas répondu. Pour nous assurer de sa bonne réception, nous lui avons adressé, le même jour, un message WhatsApp, reproduisant le contenu du courriel et lui demandant confirmation. Encore une fois, le Senior Advisor de Navin Ramgoolam en charge de la communication n’a pas voulu communiquer. Le message a bien été délivré.
Le 9 avril, nous avons adressé un deuxième message WhatsApp à Alexandre Laridon, lui demandant de nous confirmer plus précisément s’il est titulaire d’un PhD in Public Law et de nous en donner quelques détails. Nous n’avons pas exigé qu’il nous envoie une copie de ses diplômes.
Et là, surprise ! Nous nous sommes rendu compte que le chef de la communication du ministère le plus important ‒ le PMO ‒ nous avait bloqués ! En vérifiant à partir d’un autre téléphone, nous avons pu confirmer qu’il avait bien bloqué la communication avec notre journaliste.
L’heure de vérité
Nous nous sommes donc tournés, le 10 avril, vers Rakesh Bhuckory qui, en plus d’être Senior Advisor au PMO, en est le Chief of Staff. Nous lui avons juste demandé de nous confirmer si Alexandre Laridon détient bien un PhD in Public Law de l’Université de Paris Nanterre.
Après moult hésitations, Rakesh Bhuckory nous a avoué qu’Alexandre Laridon ne détenait pas ce PhD en droit. Faisant l’intermédiaire entre nous et Laridon, il nous a transféré un message de ce dernier, disant « je suis toujours doctorant en droit public à Paris Nanterre », plus un extrait d’un article provenant d’un titre de presse non identifié, dans lequel il est mentionné qu’il « poursuit un doctorat en droit public à Paris-Nanterre ». À quel niveau il est arrivé dans ses études, nul ne le sait. Aucune preuve de son passage à Paris Nanterre ne nous a été fournie.
Il aurait menti sur son compte LinkedIn et au PMO.
Alexandre Laridon demeure toujours silencieux et, même s’il était encore en charge de la communication au PMO, il est passé par quelqu’un d’autre pour communiquer. Craint-il de devoir répondre à d’autres questions ?
Dans une tribune dans l’express du 28 septembre 2020, Alexandre Laridon écrivait que « du côté du gouvernement (du MSM, NdlR), la communication semblait être un vrai problème, pataugeant ainsi dans une opacité totale qui a réveillé une bouillonnante colère des citoyens » ; ou encore « et n’en parlons pas (sic) de la péripétie de nos gouvernants durant la période de confinement alors que l’objectif d’une bonne communication, dans de telles circonstances certes sans précédent, était de mettre en évidence et d’expliquer l’efficacité et la pertinence des actions prises et des décisions choisies ».
À noter qu’Alexandre Laridon vient d’être remplacé par Touria Prayag comme responsable de la communication au PMO. Cette décision avait été prise bien avant la PNQ de Joe Lesjongard. Il se chuchote qu’il n’avait pas été à la hauteur du job. On s’en doutait, puisqu’il ne répondait jamais aux questions des journalistes. Du moins pas à Scoop.mu.