
ReA absent de Rivière-Noire.
Par Prakash Neerohoo
Il y a un paradoxe cruel à Maurice : des mouvements écologistes et certains partis politiques dits progressistes (Fron Militan Progresis et Rezistans ek Alternativ) parlent de droits de la nature qui doivent être inscrits dans la Constitution. Toutefois, les promoteurs immobiliers, avec l’autorisation des autorités centrales et régionales, continuent à déblayer des terrains acquis pour des besoins de construction en abattant les arbres (y compris un banyan centenaire) qui s’y trouvent et en empiétant sur des écosystèmes naturels (zones humides).
Le 28 septembre dernier, j’ai eu l’occasion d’assister à un séminaire organisé par Rezistans ek Alternativ (ReA) au conseil municipal de Port-Louis sur les droits de la nature, avec la participation de membres du parti et d’écologistes engagés (Carina Gounden, entre autres). Ce séminaire avait pour but de recueillir des propositions sur les droits de la nature en vue de soumettre un mémorandum à la commission sur la révision de la Constitution vers le 28 octobre.
Tous les intervenants au séminaire ont parlé des droits de la nature avec conviction et une vision écologique claire. Je fus très impressionné par leur engagement pour la cause et leur idéalisme. L’inscription des droits de la nature dans la Constitution est une promesse dans le manifeste électoral de l’Alliance du Changement. Il a fallu deux ans pour mettre sur pied cette commission et il faudra sans doute deux ans encore pour amender la Constitution afin de réaliser la promesse.
En attendant, l’inscription des droits de la nature dans la Constitution, l’équilibre écologique du pays continue à être rompu par le développement immobilier débridé et la construction de nouvelles routes qui se font sur des terres agricoles converties aux usages industriels, commerciaux et résidentiels. Le bétonnage effréné du pays cause des dommages irréparables à l’écologie, tels que le déboisement de régions entières qui a un impact sur le taux de pluviométrie.
Théorie et pratique
Je suis surpris que ReA n’ait pas officiellement pris position sur l’abattage de cet arbre centenaire à Rivière-Noire alors qu’il s’est engagé à protéger les droits de la nature. Je ne compte pas sur le ministre de l’Environnement ou le ministre de l’Agro-industrie pour le faire. Celui-là permet aux promoteurs immobiliers de contourner l’exigence de conformité avec la loi sur l’environnement. Celui-ci approuve toutes les conversions de terres agricoles en terrains constructibles.
Les deux appartiennent à des partis qui ont épousé l’idéologie néo-libérale depuis longtemps, laquelle favorise un modèle de développement axé sur l’immobilier. Si ReA s’estime lié par la responsabilité collective du gouvernement qui accorde tous les permis aux promoteurs immobiliers, dont celui pour l’abattage d’arbres, alors toutes les compromissions sont possibles.
En attendant l’inscription des droits de la nature dans la Constitution, laquelle est problématique compte tenu de la capture de l’État par le capitalisme foncier en quête de rente économique, il faudrait un moratoire d’un an sur le développement immobilier à Maurice en vue d’évaluer son impact sur l’écologie et prendre les mesures correctives nécessaires.
On a beau mettre le déficit de pluviométrie dans le pays sur le compte du changement climatique, le déboisement de régions entières est une des causes de la sècheresse annuelle. Au lieu de planter de nouveaux arbres chaque année, les autorités permettent l’abattage d’arbres existants. Le développement durable qui se fonde sur l’agriculture et les énergies renouvelables n’est pas dans la vision du gouvernement, pour lequel la braderie du territoire aux étrangers est le business du jour. Avec l’Economic Development Board agissant comme agent et facilitateur des promoteurs immobiliers, on ne sauve plus les meubles.
La pénurie d’eau potable, causée par l’inefficience de la CWA qui est incapable de capter l’eau de pluie, de la conserver et de la distribuer équitablement, démontre un échec lamentable du gouvernement et son incapacité à réaliser un des Sustainable Development Goals de l’ONU, notamment L’objectif no 6. Le droit à l’eau potable est un droit élémentaire dans toute démocratie.
Le gouvernement parle de Vision 2050. Or, en deux ans, il n’a montré aucune vision à court et moyen terme en matière de développement des ressources en eau.