Par Doris Félix

Aujourd’hui, nul n’a le droit moral de faire de la politique autour de la drogue. Aidez-nous ! C’est le cri d’une mère, d’un père qui regarde son île se noyer. Le cri d’un mari, d’une épouse, de grands-parents !

Ce n’est plus seulement à l’aéroport où presque chaque semaine il y a une saisie.

Mais de plus en plus, c’est chez nous. À domicile. Au petit matin aujourd’hui, le fils d’une VIP arrêté lors d’une descente de l’ADSU à son domicile. Rs 15 millions ! La cocaïne, la drogue des riches !

La question que tout le monde chuchote mais que personne n’ose poser : de plus en plus souvent, des gens proches d’une haute personnalité sont arrêtés… et après ? Quelle est la suite ?

Je ne me réjouis jamais de ces arrestations. Bien au contraire. Je suis chagrinée. Chagrinée pour ces familles qui avaient probablement tant de rêves pour leurs enfants. Chagrinée pour tous ces parents qui voient leur fils, leur fille, tomber dans ce gouffre. La tristesse est immense. Là aussi, peut-être que les parents, les conjoints devraient être plus vigilants en voyant le train de vie de leur entourage direct, se poser les bonnes questions et exiger des réponses comme : « Où trouves-tu tout cet argent ? »

Ma philosophie est simple, elle vient d’ailleurs, elle est prouvée partout dans le monde :

Tant qu’il y aura de l’addiction, il y aura de la demande.

Tant qu’il y aura de la demande, il y aura de la vente.

Tant qu’il y aura de la vente, il y aura de la drogue.

On ne peut pas arrêter la drogue en arrêtant l’offre. Il faut arrêter la demande.

Et pour arrêter la demande, il faut soigner l’addiction. C’est la seule équation qui marche.

Kunal Naïk, CEO de la National Agency for Drug Control (NADC), l’a crié ce matin dans Week-End : la situation est catastrophique. « Le système répressif ne fonctionne plus. Nous avons dépassé le seuil du non-retour. »

Le monde l’a compris. Le Portugal, la Suisse, le Canada : ils ont déculpabilisé le consommateur. Ils l’ont traité comme un malade, pas comme un criminel. Résultat : la consommation a chuté, les morts par overdose ont chuté, le trafic a chuté.

Ici, on fait l’inverse depuis 30 ans. On punit le malade et on maintient le système qui l’a rendu malade.

Mais alors, pourquoi on n’y arrive pas ? À qui profite ce business ?

Posons la vraie question : si depuis 30 ans on injecte des milliards, si on a des dizaines de centres, des commissions, des discours, et que le fléau ne fait qu’empirer, à qui profite l’échec ?

À qui profite que l’addiction continue ? Qui a intérêt à ce que la demande ne s’éteigne jamais ? Qui s’enrichit quand nos enfants se détruisent ? Ce business de la drogue nourrit un autre business : celui de la fausse réhabilitation, celui de la peur, celui du blanchiment, celui des protections.

Tant que l’addiction restera une rente, personne ne voudra la guérir.

Alors mon appel reste le même, mais plus urgent :
1.  Fermons ces faux centres qui échouent depuis 30 ans avec de l’argent public et privé. On ne soigne pas un cancer du cerveau avec un coach qui a appris sur le tas. Il faut des psychiatres, des psychologues spécialisés en addictologie.
2.  Et si nos dirigeants n’ont pas le courage de le faire, je lance cet appel solennel :
Messieurs les ambassadeurs, Mesdames les ambassadrices, Messieurs, Mesdames les hauts-commissaires, vous qui voyez notre île sombrer, aidez-nous à construire un vrai centre national. Apportez-nous votre science pour éteindre la demande de drogues chez nous. Vous avez peut-être notre avenir entre les mains. Proposez et apportez-nous de l’aide.

Pas de demande, pas de vente, pas de drogue.

C’est la seule façon de sauver notre pays.