
La loi, l’esprit de la loi et la compassion…
Par Doris Félix
Vous étiez déjà ministre entre 2000 et 2005. Vous avez eu 25 ans pour réfléchir aux manquements et trouver des solutions.
Ne venez pas nous dire que le cas d’Adriano Kelyano Perrine, 7 mois, poignardé à Roche-Bois, est un cas isolé. Ce n’est pas le seul cas. C’est un schéma que vous connaissez bien.
Combien de ces femmes tuées ces dernières années avaient d’abord demandé un Protection Order et ensuite l’ont retiré ? Presque toutes !
Vous êtes bien au courant du problème. Vous avez les chiffres.
Vous savez que les femmes retirent leur Protection Order sous :
– Pression du mari,
– Pression des beaux-parents,
– Manque d’argent,
– Manque de logement,
– Parce qu’il y a des enfants mineurs au milieu et qu’elles ne savent pas où aller.
Vous savez depuis 25 ans que les 30 jours après le retrait sont les plus dangereux. C’est là que les femmes se font tuer.
Alors ne venez pas nous parler de « lois à venir ».
Citez la loi qui existe déjà : article 39A ‒ non-assistance à personne en danger. Il dit : vous aviez conscience du péril, vous pouviez l’empêcher par une action discrète sans risque, vous vous êtes abstenue volontairement.
Vous aviez conscience du péril pour cette jeune femme de 21 ans et son bébé de 7 mois. Vous pouviez continuer à suivre discrètement, insister pour un shelter, un logement d’urgence. Vous avez refermé le dossier.
Sollicitée par la presse au sujet des éventuels manquements dans le dispositif de protection de l’enfance, vous avez fait savoir, via votre attaché de presse, que vous aviez des « dossiers plus urgents ». Quoi de plus urgent que la mort d’enfants ? Réfléchir à des lois ?
Et en attendant que vos lois passent, que comptez-vous faire ? Attendre d’autres crimes et dire « on va suivre les dossiers » ? Non ! Il faut prévenir ! Il faut précéder les dossiers, pas les suivre !
Et le Cap de l’Espoir ? Même fiasco. Une vidéo circulait. Vous avez vous-même admis qu’il ne faut pas mettre des enfants de 7 ans avec des adultes de 27 ans, qu’il ne faut pas mélanger enfants avec problèmes familiaux et enfants avec problèmes mentaux. Pourtant, vous continuez, vous renvoyez la faute sur d’autres, vous acceptez la situation.
On fabrique les voyous de demain, pour ne pas dire les criminels de demain.
Échec à Roche-Bois, échec à Cap Malheureux, échec au Cap de l’Espoir. Échec après échec.
Qui va répondre ? Vingt-cinq ans pour réfléchir et toujours le même scénario : Protection Order demandé, Protection Order retiré sous pression, femme et bébé tués.
Article 39A, Madame. Vous saviez. Vous pouviez. Vous n’avez rien fait.