
Plus d’inculpation provisoire contre Sattar Hajee Abdoula dans l’affaire Grant Thornton/MK.
Par Narain Jasodanand
La Financial Crimes Commission (FCC) avait inculpé provisoirement Sattar Hajee Abdoula pour blanchiment d’argent le 19 novembre 2025. Elle l’accusait d’avoir reçu, en tant que directeur et Chief Executive Officer (CEO) de Grant Thornton (Advisory Services) Ltd (GT), la somme de Rs 3 696 000 d’Air Mauritius (MK) tout en sachant, ou devrait raisonnablement suspecter, que cet argent provenait d’un délit.
Quel délit ? Pour la FCC, ces Rs 3,6 millions représentent une avance effectuée à GT en exécution d’un contrat de Rs 8,5 millions passé entre cette société et MK d’une façon frauduleuse. Quelles est la fraude ? Toujours selon la FCC, l’octroi de ce contrat n’est passé ni par le département de Procurement, ni par le département légal, ni par le board, ni par aucun autre service concerné d’Air Mauritius. Et surtout, le contrat n’a pas été mis à exécution par GT car, après sa signature le 19 mars 2020, MK a été mise sous administration volontaire, le 21 avril 2020.
Mais comment cela a-t-il été possible ? Eh bien, on l’ignore. Toujours est-il que le contrat a été signé pour MK par Indradev Buton, l’Officer in Charge qui avait remplacé le CEO Somas Appavou, parti le 2 mars 2020, et par feu Dev Manraj, le chairman de MK, qui remplaçait (lui aussi) Arjoon Suddhoo, qui venait de démissionner, le 30 avril 2019. Pour GT, c’est Mariam Rajabally qui avait signé.
On ne sait qui a approuvé et signé pour MK le déboursement des Rs 3,6 millions.
Pas d’arrestation
Ce sont les signataires de MK qui ont visiblement commis la fraude, le predicate offence, le délit principal. Mais voilà, Dev Manraj n’est plus de ce monde et Indradev Buton n’a été que convoqué par la FCC. Et non arrêté, contrairement à ce que la FCC a dit au tribunal. Sattar Hajee Abdoula, lui, était accusé d’avoir reçu l’argent provenant de cette fraude.
Mais son avocat, Me Raouf Gulbul, affirme que son client ne pouvait savoir que le contrat avait été signé et les Rs 3,6 millions payées frauduleusement. D’autant que, comme le CEO de Grant Thornton l’aurait dit dans sa déclaration à la FCC, c’est feu Dev Manraj qui lui avait passé un coup de fil pour l’informer que GT aurait ce contrat. Quand exactement, ce coup de fil ? La FCC a-t-elle confirmé cet appel ? On l’ignore. À noter que Sattar Hajee Abdoula a gardé le silence au tribunal…
Puisque un mois après la signature du contrat, Sattar Hajee Abdoula allait devenir l’administrateur de MK, ne savait-il pas que le contrat n’allait pas pouvoir être mis à exécution ? Ne savait-il pas que le paiement lui avait été fait pour rien ? L’avocat de la FCC n’a pas pu lui poser cette question puisqu’il a gardé le silence.
La FCC n’a pas pu non plus demander à Sattar Hajee Abdoula si, en tant qu’expert-comptable, il ne pouvait ignorer que MK se dirigeait tout droit vers une administration, d’autant que le Transformation Committee de Sherry Singh était en cours.
Pour la magistrate Shaaheen Dawreeaoo, même si le but du contrat était décrit expressément comme pre-insolvency, cela prouverait que Sattar Hajee Abdoula était au courant des difficultés financières d’Air Mauritius mais pas qu’elle serait mise sous administration.
En tout cas, feu Dev Manraj, qui était le chairman de MK, devait, lui, le savoir mais aurait quand même décidé d’octroyer ce contrat pour rien.
Pas de remboursement non plus
Et pourquoi Sattar Hajee Abdoula n’a-t-il pas remboursé les Rs 3,6 millions à MK alors que le contrat n’avait pas été exécuté ? Selon l’enquêteur de la FCC, la compagnie aérienne ne le lui avait pas demandé ! Mais n’est-ce pas le même Sattar Hajee Abdoula qui, avec son partenaire Arvindsingh Gokhool, prendra tout de suite après les commandes d’Air Mauritius en tant qu’administrateur ? Pourquoi n’a-t-il pas demandé à Grant Thornton (ou à lui-même) de rembourser MK ? Encore un fois, l’avocat de la FCC n’a pu l’interroger à ce propos car il s’est emmuré dans un profond silence.
Il y a Abdoula et Abdoula
De plus, il a été reconnu par la cour que selon la Companies Act, Sattar Hajee Abdoula ne peut répondre pour une somme qui se trouvait sur le compte de GT et non sur le sien, même s’il en était un des directeurs et le CEO.
La cour a donc mis fin à l’accusation provisoire, jeudi 27 août, tout en rappelant que ce n’est pas la fin de l’histoire et que l’enquête continue. Sattar Hajee Abdoula pourra être interrogé à nouveau si nécessaire, cela en vue d’une inculpation formelle.
Cependant, comme dans beaucoup d’autres cas, il semble qu’il n’y aura pas de suite étant donné que l’enquête « préliminaire » a échoué. Comment inculper Abdoula pour blanchiment si c’est GT qui a fauté !
Pour la défense, c’est une affaire civile plutôt que pénale. On se demande s’il y aura un procès civil.