
Difficile de distinguer le poisson de son emballage en plastique.
Par Doris Félix, depuis Navi Mumbai, Inde
En août, j’étais en Inde pour soutenir une amie qui, pendant sept mois, a été mal diagnostiquée. Aujourd’hui, je suis auprès d’une autre amie qui, il y a moins de trois semaines, a fait une mammographie qui n’a rien décelé. Elle est maintenant sur la table d’opération ! Une urgence !
Il y a plus de dix ans, mon frère suppliait pour qu’on croie qu’il souffrait ! Les plus grands spécialistes ont trouvé qu’il était dépressif ! Qu’il n’avait rien. Il a dû aller jusqu’en Australie pour apprendre qu’il avait le cancer ! Ici, l’appareil pour l’endoscopie n’atteignait pas le milieu de l’abdomen ! Trop tard ! Il nous a quittés.
Quand je pense que le gouvernement mauricien va investir Rs 10 milliards dans une autoroute non prioritaire mais qu’il ne met pas un dixième de cette somme pour bien nourrir la population et encore moins pour les bons traitements dans nos hôpitaux ! Et que dire de nos cliniques aux prix inabordables !
Nous dépensons Rs 60 milliards par an pour importer ce qui nous rend malade et Rs 15 milliards pour soigner les maladies causées par ces produits importés. On paye deux fois pour mourir.
Le poison est dans notre cour
Deux maisons face à face. Chez la femme de ménage : cinq pots, du thym, du persil, des brèdes, qui prennent cinq à six semaines pour pousser, avec de l’eau et de l’amour. C’est lent mais c’est vivant.
En face, chez le voisin, s’échappent de fortes odeurs de produits chimiques, qui piquent le nez et la gorge. Ses légumes sont prêts pour la vente en seulement dix jours. Légumes à l’apparence si parfaite qu’ils en deviennent douteux.
Ce n’est pas de la magie. C’est du dopage. Engrais de synthèse, glyphosate, pesticides systémiques. Le poison pénètre notre chair…
Qui contrôle ?
Le Dangerous Chemicals Control Board (DCCB), qui opère sous le ministère de la Santé, accorde le permis d’importation ou de production à Bychemex, Coroi, MCAF etc.
Après la vente, plus aucun contrôle. Le planteur peut acheter 100 litres pour 10 perches. Les trois inspecteurs, qui devraient passer d’un jardin à l’autre, ne rendent visite qu’aux planteurs officiels.
De plus, il n’y a pas de quota par surface. Et zéro traçabilité.
Le ministre l’a dit lui-même le 24 novembre 2025, au Caudan, avec le Programme des Nations unies pour le développement : « Intensive spraying is turning fields into killing fields » et « overuse can lead to grave public health hazards, including heightened cancer risks ».
La nouvelle bombe chimique ? 485 poisons cachés.
Selon Science & Vie du 5 octobre, le Silent Spring Institute vient de le confirmer : des 920 molécules qui causent le cancer du sein chez la femme, 485 se trouvent dans nos pesticides. Seulement 145 déclarées comme actives, 340 cachées comme inertes, qui échappent aux tests.
On respire 485 raisons d’avoir le cancer du sein.
Maurice est devenu un pays du quart monde alimentaire
Un pays riche négocie la qualité avant le prix. Un pays du quart monde négocie seulement le prix le plus bas.
Notre ministre du Commerce est fier d’avoir négocié le thon à Rs 25 au lieu de Rs 35. Mais le thon à Rs 25, c’est le gros albacore vieux bourré de mercure, dangereux pour nos femmes enceintes. Le bon petit listao sans mercure coûte Rs 35. On ne le prend pas.
L’huile à Rs 30, c’est soja OGM 2.8/10 pour engraisser les cochons en batterie en Europe. La bonne huile d’olive 9.2/10, on ne la prend pas.
On importe de la souffrance animale
« SIF 226 » sur nos boîtes : 10 000 bœufs entassés dans 2 m², gavés d’antibiotiques, broyés avec os et nerfs en pâte rose. Porc en batterie : truie bloquée dans 0,6 m x 2 m toute sa vie. Poulet en batterie : huit poules dans une cage A4, bec coupé à vif.
Le ministre du Commerce vient d’annoncer l’importation de ce poulet du Brésil.
Nous, petit peuple doux, on ne traiterait jamais les animaux ainsi. Mais on paye les Brésiliens et autres Argentins pour le faire pour nous. Et l’on mettra ces viandes dans l’assiette de nos enfants.
N’est-il pas temps d’inscrire ces produits feedlot sur une liste rouge ?
Le poisson plastique et les légumes grade C
Parce que personne ne l’analyse, nous consommons du poisson congelé blanc, collé en bloc, qui sent le plastique au dégel : 20-40 % d’eau injectée (glaçage), polyphosphates E451 pour retenir l’eau qui attaque les reins, sulfites pour rester blanc pendant deux ans, histamine poison invisible, mercure sans étiquette…
La loi 2012 exige pourtant l’inspection de chaque cargaison. Inspectée comment ? Où sont les labos ? Où sont les résultats ?
Les légumes congelés de bonne qualité venant d’Australie et de l’Afrique du Sud coûtent trop cher. Comment font les autres pays, pourtant plus éloignés de notre île, pour produire ces légumes frigorifiés à moins cher, même que les produits locaux ?
Tout simplement parce que c’est du grade C, des rebuts, que l’on trouve dans les supermarchés qui se font une guerre des prix : mixed vegetables for Africa etc., fond de silo. Prix d’usine Rs 25/kg. En Australie $5 AUD/kg, grade A IQF récolté à 90 jours.
Qui teste tout ça ? Notre ministre du Commerce annonce fièrement qu’un supermarché dont il a cité le nom fait venir des produits tels que thon, conserves etc. à très bon prix ! Oui c’est vrai, mais quelle qualité ? En plus, ce sont les plus défavorisés qui fréquentent cette chaîne de supermarché.
Pourquoi ce prix bas ici ? Est-ce en raison de la main-d’œuvre à $2/jour, des pesticides interdits en Europe (chlorpyrifos), 20-30 % d’eau ajoutée, vieux stock de 2022, sulfites E223 vert fluorescent allergène ?
Pendant qu’il y a un manque criant de légumes frais à un prix raisonnable, on voit de nombreuses terres abandonnées, qui seront converties en projets immobiliers ! Les légumes qui auraient pu être produits à Maurice ne le sont pas.
On a bétonné 10 500 hectares à Tamarina, Anahita, Bel-Ombre, Azuri.
En 1980, on était autosuffisant à 75 %, aujourd’hui on ne produit que 25 %. Bravo Messieurs les ministres !