
Munawara Begum, une domestique qui a beaucoup à raconter.
Par Narain Jasodanand
Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun monte au créneau : il demande l’arrêt de l’emploi d’étrangers comme domestiques. Il réagit dans le sillage de l’affaire de la Bangladaise Munawara Begum, qui s’est enfuie de son lieu de travail, chez la famille Uteem, le 3 avril 2026.
Il faut savoir que les abus commis envers les employées de maison étrangères sont malheureusement très répandus à travers le monde. Ce fait est d’ailleurs reconnu par l’Organisation internationale du travail (OIT), qui classe ce genre d’employées comme l’un des plus vulnérables au monde.
Dans la première catégorie, il y a ceux qui travaillent comme domestiques dans leur propre pays qui « constituent l’un des groupes les plus exposés à l’exploitation, à la violence, au harcèlement et au travail forcé », selon l’OIT. Le fait de vivre avec l’employeur, loin des regards des autres, dans une maison, expose une domestique aux mauvais traitements et aux travaux dont la liste peut varier et s’allonger avec le temps.
Dans la deuxième, se trouvent les domestiques qui habitent chez l’employeur mais dans le même pays. Elles sont plus vulnérables que la précédente catégorie, vu la difficulté à définir heures de travail et heures de repos, surtout pour les garde-malades. Ce genre de cas est heureusement quasi inexistant à Maurice, vu qu’un travailleur rentrera chez lui le soir et se fera éventuellement remplacer par un autre pour la nuit.
Beaucoup de Munawara Begum
Le troisième groupe est le plus vulnérable : les domestiques étrangers travaillant et vivant chez l’employeur.
Pour Philippe Marcadent, de l’OIT, « les travailleurs domestiques ne sont souvent pas reconnus en tant que travailleurs et font l’objet de discrimination car il s’agit principalement de femmes, souvent issues de groupes pauvres et marginalisés – migrants ou populations autochtones ».
Il est bon ici de rappeler l’affaire de l’ex-membre de l’Equal Opportunities Commission, Somduth Soborun, qui a été condamné en 2012 aux Etats-Unis pour non-respect des droits du travail de sa femme de ménage, une ressortissante philippine.
Fayzal Ally Beegun rappelle que l’abus de domestiques étrangers, d’une manière générale, est rendu possible en raison de leur isolement. « Il n’y a pas de collègues, comme dans une usine, vers qui se tourner. »
En plus des barrières physiques que constituent les quatre murs entre lesquels sont confinés les domestiques étrangères, « il existe d’autres barrières comme la langue. Beaucoup ne parlent ni le créole ni le français ni l’anglais. Aussi, n’ayant pas de syndicat, elles ignorent même leurs droits dans le pays où elles travaillent, ni à quelle porte frapper ou quel numéro de téléphone appeler en cas d’abus ».
Et les inspections du travail ? Eh bien, selon nos renseignements, il n’y en a pas, sauf si une alerte est lancée, même anonymement. « Pourtant, s’indigne Fayzal Ally Beegun, ce sont ces domestiques, coupées de l’extérieur, parfois sans téléphone, qui ont le plus besoin de visites d’inspection. »
Pas de vacances
Le syndicaliste est formel : les employeurs préfèrent les étrangers car les travailleurs mauriciens réclameront leurs sick et local leaves. « Un travailleur mauricien peut parfois prendre un sick leave pour se reposer, même s’il n’est pas vraiment malade. Comment fera une étrangère, surtout si l’employeur est exigeant et n’estime pas que celle-ci est malade ? »
« Même si les domestiques étrangers ont droit aux local leaves, où iront-ils ? Vu que la domestique étrangère habite chez l’employeur et ne connaît personne d’autre, elle ne peut résider ailleurs. Si son employeur l’autorise à prendre quelques jours de repos, elle ne peut se permettre de passer quelques jours dans un hôtel pour se reposer vu qu’elle ne gagne pas beaucoup d’argent. »
Certains employeurs financent-ils les vacances de leurs domestiques ? Beegun : « À Maurice, j’en doute. Je ne crois pas que les employeurs paieraient pour un séjour en hôtel. Ils peuvent le faire pour un voyage au pays natal de la domestique, mais cela après deux ou trois ans. »
Pas d’horaires fixes
Le plus important pour le syndicaliste, c’est que les domestiques n’ont pratiquement pas d’heures de travail fixes. « Puisqu’elles habitent sous le même toit que l’employeur, elles ne commencent pas à 8 heures pour terminer à 17 heures. Elles n’ont parfois pas une heure pour le déjeuner ou 15 minutes pour le thé. Elles doivent être disponibles 24 h sur 24, pour certains garde-malades surtout. Alors qu’une domestique mauricienne rentrera chez elle l’après-midi et se fera remplacer par une autre pour la nuit. »
Fayzal Ally Beegun demande au gouvernement de légiférer pour interdire l’emploi de domestiques étrangères par les familles mauriciennes. Son appel sera-t-il entendu par le ministre du Travail, Reza Uteem ?