
Sanjay Bhunjun, Pascal Tsin et Ashok Subron sont désormais sur la même longueur d’onde.
Par Narain Jasodanand
Tout comme Reza Uteem, le président de l’Economic Development Board (EDB), Sanjay Bhunjun, plaidait lui aussi pour l’importation d’encore plus de travailleurs étrangers. Et tout comme le ministre du Travail, Bhunjun la justifiait dans l’intérêt de « notre croissance économique ». C’était le 18 mai dernier, lors du lancement d’une plateforme numérique pour le recrutement de travailleurs indiens.
On peut se demander si Bhunjun est conscient que les devises étrangères transférées à l’étranger par ces travailleurs pèseront sur notre produit intérieur brut (PIB). Ni s’il a au moins une notion de base de l’économie. Car pour lui, il suffit de répéter ce que clament les autres.
Rs 12 milliards envolées
Selon le dernier rapport de la Banque de Maurice, les travailleurs étrangers ont transféré pour Rs 3 milliards en devises étrangères vers leurs familles à l’étranger rien qu’entre janvier et mars 2026, soit une moyenne de Rs 12 milliards par an ! Alors que ce chiffre était de
Rs 10 milliards en 2024. Et ce chiffre va augmenter en 2027, vu la masse qui sera importée bientôt, notamment à travers l’EDB.
Il faut savoir qu’auparavant ‒ dans les années 1990-2010 ‒, seul le secteur d’exportation avait le droit d’utiliser de la main-d’œuvre étrangère. Car, d’après une simple règle économique, les devises étrangères qui sont transférées par le travailleur étranger seront compensées par celles obtenues par l’exportation du produit fabriqué par l’ouvrier étranger.
Par la suite, les étrangers ont été admis dans les industries de substitution aux importations, cela dans la même logique.
Puis, sous le Mouvement socialiste militant (MSM), tout cela a changé : les travailleurs étrangers sont, depuis, présents dans tous les secteurs : construction, commerce ‒ surtout la grande distribution ‒ et même comme bonnes à tout faire ! Et le présent gouvernement compte accélérer ce processus.
Nous avons demandé à Sanjay Bhunjun, depuis le 26 juin, le nombre d’Indiens qui seront importés ainsi que les secteurs dans lesquels ils évolueront. Il ne nous a pas répondu.
Super-U et superprofits
La déclaration de Pascal Tsin qui était en compagnie de Sanjay Bhunjun ce même 18 mai, a choqué encore plus par ses « confidences ». Il se plaignait que seulement 5 % de candidats mauriciens viennent finalement travailler à Super-U, dont il est le Chief Executive Officer.
Lorsqu’une journaliste lui a demandé pourquoi, Pascal Tsin a expliqué : « C’est parce que les jeunes mauriciens ont envie de profiter de la vie. » Quelle horreur ! Avant d’ajouter qu’il y a aussi le problème de drogue. Tous fainéants et drogués, nos jeunes ?
Pourquoi Tsin préfère-t-il les travailleurs étrangers ? « Parce-qu’ils viennent pour travailler. Ils quittent leur famille. » Il a tout dit : les travailleurs migrants sont à exploiter car ils n’ont rien d’autre à faire que de travailler.
Pascal Tsin se permet même de faire une distinction entre les travailleurs asiatiques et les « autres » : les premiers viennent pour travailler tandis que les seconds ne veulent pas travailler au-delà des heures légales ! Ces Africains qui respectent trop la loi ? C‘est inacceptable !
Avec ces travailleurs étrangers qui se sacrifient pour Super-U ou Intermart etc., les petits commerçants et même des producteurs locaux n’auront d’autre choix que de fermer boutique.
Cependant, Pascal Tsin, qui emploie 250 étrangers (Népalais pour la plupart) a un souci. « Il faut mettre des dortoirs à leur disposition. » Pourquoi ne pas faire changer les lois, M. Pascal Tsin, pour permettre que les travailleurs migrants dorment sous les ponts ?
Quand Subron dénonçait l’importation de travailleurs étrangers
Les déclarations de Pascal Tsin et de Sanjay Bhunjun auraient dû indigner Ashok Subron et provoquer une conférence de presse de Rezistans ek Alternativ (ReA), lorsqu’il n’était pas au gouvernement. Comme le 22 juin 2024, quand il parlait de « nouvelle coolitude ».
« D’une part, s’écriait-il, le gouvernement et l’élite économique encouragent la venue des milliardaires à Maurice, et d’autre part, ils incitent à l’arrivée massive des travailleurs migrants qui seront surexploités. En contrepartie, on assiste aussi à un exode que le pays n’a jamais connu depuis son indépendance. »
« La possibilité que les travailleurs étrangers entrent en compétition directe avec ceux natifs de Maurice est sans précédent, au vu de cette politique de libéralisation de l’importation de la main-d’œuvre. »
Tout ce que balançait Subron sur le MSM continue malheureusement sous le présent gouvernement PTr-MMM-ND et… ReA.