
Ashok Subron n’a pu convaincre les manifestants anti-réforme de la pension de marcher, samedi 11 juillet, à Port-Louis.
Par Narain Jasodanand
La conférence de presse du vendredi 10 juillet et le « communiqué » émis en même temps par Forum Sitwayin ont été décidés dans le but évident de démobiliser les Mauriciens qui voulaient se rendre à la manifestation de samedi 11 juillet. Ce qui n’a pas marché, vu le nombre de participants à Port-Louis.
Le titre du communiqué de Forum Sitwayin résumait le message que le gouvernement voulait transmettre : « Good News for Pensioners. » Il s’agissait de faire croire qu’une décision positive venait d’être prise le même jour (ou mercredi) pour revoir la réforme de la pension.
En vérité, aucune nouvelle décision n’a été annoncée, sauf celle d’indexer le montant de la pension sur l’inflation, environ 3,5 % par an. Scoop.mu vous expliquait hier comment les mesures présentées vendredi par Ashok Subron et Forum Sitwayin ‒ mais pas le Conseil des ministres, ce qui était déjà suspect ‒ étaient en fait des mesures déjà incluses dans l’annexe du Budget 2026-2027. Et qui nous ont été servies dans un emballage qui se voulait neuf, avec les mots « Good News ».
L’autre message adressé à la population est qu’il fallait remercier le gouvernement pour avoir renversé des décisions qui avaient été prises par lui-même ! Comme s’interroge Roshi Bhadain, doit-on remercier un voleur qui nous restitue une partie du butin dérobé ?
Ce qu’attendaient aussi Subron, Ramgoolam et consorts, c’est que les Mauriciens expriment leur gratitude pour avoir rendu le rapport public… après le budget. « On a écouté la population » etc., n’a cessé de répéter Subron depuis deux semaines. Pour Paul Bérenger, Ashok Subron et Navin Ramgoolam tentaient de faire passer leurs zigzags, incompétence et reculades pour un exercice démocratique.
L’échec du lauréat
Il est certain que, sans les protestations, le gouvernement n’aurait pas reculé. Il a tenté en vain, en 2025 comme en 2026, de faire passer la réforme presque en catimini. Pour rappel, il n’y a pas eu de vraies consultations durant les travaux du comité d’experts présidé par Ashok Prayag, le lauréat.
Ainsi, Ashok Subron et Navin Ramgoolam ont maintenu les mesures, autres que le Means Test, et n’ont pas voulu rétablir la pension universelle, même s’ils devaient le faire en se cachant derrière un « nous vous avons compris ».
Personne ne croit que Ramgoolam se soit entêté à conserver ce qu’il reste de cette réforme par souci du déficit budgétaire et de la dette publique, au vu des emprunts massifs déjà contractés et des dépenses faramineuses prévues pour les prochaines années.
Ce ne sont pas non plus les demandes du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui ont poussé à la réforme, comme le PM a tenté de nous le faire croire.
Ce sont définitivement les pressions des fonds de pension privés locaux et internationaux qui ont influencé Navin Ramgoolam…
En arrière toute !
Ashok Subron a fait part, mais toujours sous couvert d’exercice démocratique, d’une autre reculade. Ainsi, contrairement à ce qui a été annoncé dans le discours du Budget 2026-2027, ce ne sera pas l’Independent Pensions Regulatory Authority qui décidera des prochains changements à apporter au régime de pension, mais le Conseil des ministres.
Le projet de National Pension and Provident Fund (NPPF) a été renvoyé aux calendes grecques. Deux raisons ont été invoquées ‒ ce qui est louche ‒ : il faut attendre le rapport complet des experts et engager les consultations.
Question : comment a-t-on pu réformer le premier pilier, c’est-à-dire la pension de vieillesse, avant même que le rapport ne soit prêt, sans réformer les deuxième et troisième piliers ? Le gouvernement ne va-t-il pas faire machine arrière sur ces deux piliers également, pour ne pas perdre les prochaines législatives ?
Il est bon de noter que dans le sillage du rétropédalage sur les mesures principales de la réforme des retraites, l’amendement à la Public Gathering Act a pareillement été annulé.
On se demande si les travaux des experts sont toujours en cours. Ou est-ce une parade pour que l’on ne pense pas que la réforme a été mal préparée ? Dix-huit mois pour un rapport, c’est du jamais vu !