
Le soutien de Franco Quirin à Joe Lesjongard lors de la PNQ de mardi 19 mai n’est pas passé inaperçu, surtout dans les rangs du Fron Militan Progresis.
Par Jasvin Sok Appadu
La Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Joe Lesjongard, sur les recrutements effectués par la Local Government Service Commission (LGSC), a provoqué de vifs échanges hier à l’Assemblée nationale. Entre accusations d’irrégularités, polémique autour d’une liste de recrues et intervention remarquée du député indépendant Franco Quirin, la séance de mardi 19 mai a également été marquée par une bourde du Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Mais au-delà du fond de la PNQ, c’est surtout le positionnement de Franco Quirin qui a retenu l’attention. Le député indépendant a, à plusieurs reprises, pris la défense de Joe Lesjongard face aux attaques de la majorité et aux interrogations de la Speaker. Une posture qui intervient dans un contexte particulier, alors que les spéculations persistent autour du poste de leader de l’opposition.
Le malaise entre Franco Quirin et le Mouvement militant mauricien (MMM) reste d’actualité. Après le refus du MMM de lui accorder le portefeuille des Sports, condition qu’il avait posée pour son retour au parti, il siège de nouveau comme député indépendant, portant les deux blocs de l’opposition à trois membres chacun.
Une liste de recrues au cœur de la polémique
Pour étayer ses accusations d’irrégularités dans le dernier exercice de recrutement de la LGSC, Joe Lesjongard a produit une liste de personnes récemment employées à la municipalité de Port-Louis. Selon lui, près de 50 % des recrues proviendraient d’une seule circonscription : le n° 2 (Port-Louis Sud / Port-Louis Centre).
Rappelons que plus de 1 300 personnes recrutées sous l’ancien gouvernement avaient été licenciées après une décision de la Cour suprême, jugeant leur recrutement illégal. Le gouvernement actuel avait ensuite procédé à un nouvel exercice de recrutement.
Mais selon Joe Lesjongard, ce processus serait lui aussi entaché d’irrégularités. Pour prouver ses dires, il dépose une liste de personnes fraîchement recrutées par la mairie de Port Louis.
La Speaker, Shirin Aumeeruddy Cziffra, demande alors des précisions : « Am sorry, which list, persons recruited? »Joe Lesjongard répond : « The list of the four constituencies in Port-Louis. »
Dans un premier temps, la Speaker semble accepter le document. Mais Shakeel Mohamed intervient immédiatement : « You can’t table the list unless you can reveal your source. » Joe Lesjongard réplique : « Of course I can table the list. »
Avec la permission de la Speaker, Joe Lesjongard relance ensuite le Premier ministre : « Le Premier ministre est-il au courant des contestations des élus issus de son propre parti dénonçant des irrégularités et même des interférences politiques dans le dernier exercice de recrutement ? »
Ramgoolam rejette les accusations
Navin Ramgoolam balaie alors les allégations : « It’s all hearsays, I don’t know where he got these information… There have been allegations but nothing in real. » Pourtant, ironie, quelques semaines auparavant, la députée Anabelle Savabaddy avait elle-même évoqué au Parlement des irrégularités dans ces recrutements, lors d’une question adressée au Premier ministre. Ramgoolam revient ensuite sur la fameuse liste : « I would like to add he mentioned a list, how he got a list, I don’t have one? » Ce qui pousse la Speaker à demander de voir le document produit par Joe Lesjongard.
Franco Quirin entre dans le débat
Pendant ce temps, Shakeel Mohamed insiste ‒ « Kot to sours? » ‒ et le ministre des Coopératives, Aadil Ameer Meea, réclame une enquête en lançant : « Bizin fer enn lanket lor la, kot li’nn gagn sa. » Et là, surprise générale, Franco Quirin intervient directement, fixant Ameer Meea : « To’nn blie to ti dan lopozision non? Zot finn blie zot lepok dan lopozision? To pa kone kapav gagn sa list-la? »
Pendant ce temps, la Speaker examine toujours le document : « This is a list from the Mauritius Post, where do you get that list? Tell me which list it is, am not rejecting the list. » Joe Lesjongard maintient qu’il s’agit bien d’une « list of recruits at the level of the Municipality of Port-Louis ».
Dans les rangs de la majorité, les protestations se multiplient : « Is it an official list? Source? Is it not confidential? » Le ministre des TIC, Avinash Ramtohul, intervient à son tour : « Lapost gagne drwa donn twa sa? » Tandis que Stephanie Anquetil lâche : « Inkroyab sa. »
La Speaker fait marche arrière
Face au brouhaha, Shirin Aumeeruddy-Cziffra finit par assouplir sa position : « It’s alright, you don’t have to absolutely disclose your source. I will accept the list, we cannot force him to reveal his source… please continue… » Mais Shakeel Mohamed revient à la charge avec un Point of Order : « The list contains details of citizens and might be against the Data Protection Act. » Joe Lesjongard tente de défendre sa démarche : « It has been done in the past Madam Speaker. » Shakeel Mohamed rétorque : « You don’t care about the law… » La tension monte immédiatement, poussant la Speaker à lancer : « Shut up all of you! » Elle annoncera finalement plus tard dans la séance que la liste ne serait pas recevable en raison de la présence de données personnelles.
La bourde du Premier ministre sur 2012
La séance donne ensuite lieu à un moment de flottement, lorsque Joe Lesjongard interroge le Premier ministre sur des recrutements de personnes ne disposant pas d’un certificat de moralité adéquat.
Navin Ramgoolam répond : « If the Leader of the Opposition had listened carefully to my reply, I said there were amendments to the law made in 2012. » Mais c’est surtout la phrase suivante qui provoque un brouhaha dans la Chambre : « Now as far as I remember, in 2012 it was the MSM who was in government, not us, you amended the law… »
Plusieurs membres de la majorité, mais surtout la Chief Whip, lui font alors remarquer que c’était bien lui qui était Premier ministre en 2012. Avant qu’il ne rectifie : « Hein? Oh sorry, it was us… »
Démission de l’ex-chairman Maudarbocus : le PM tacle Bérenger
Le Premier ministre réaffirme ensuite qu’aucune plainte officielle n’a été enregistrée concernant le dernier exercice de recrutement de la LGSC. Il attaque également l’ancien chairman, Banooduth Beeharry, accusé d’avoir transformé l’organisme en « one man commission ».
Joe Lesjongard l’interroge alors sur la démission de l’ex-président, le Dr Sahid Maudarbaccus : « S’il n’y a pas eu d’enquête et qu’il n’existe aucune irrégularité dans le dernier exercice, pourquoi l’ancien chairman a-t-il démissionné de son poste ? »
Navin Ramgoolam répond : « Je ne sais pas, peut-être que j’ai tort, mais l’ancien chairman a soumis sa démission le 21 avril dernier en évoquant des raisons personnelles… » avant de préciser : « Peut-être qu’il a démissionné en voyant l’ancien leader du MMM et les autres démissionner du gouvernement. » Une déclaration interprétée dans les travées du Parlement comme une pique adressée directement à Paul Bérenger.