
Inflation, pension, électricité et port : Paul Bérenger a dressé un constat préoccupant de la situation économique du pays dans le cadre du budget.
Par Catherine François
Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi, Paul Bérenger, accompagné de Joanna Bérenger et de Chetan Baboolall, a abordé plusieurs dossiers sensibles touchant directement le quotidien des Mauriciens : coût de la vie, pension de vieillesse, budget, menace de blackout, avenir du port et impact grandissant de l’intelligence artificielle…
Pension : réforme difficile mais « nécessaire »
Concernant la réforme de la pension, Paul Bérenger a reconnu qu’il s’agit d’un dossier extrêmement sensible et difficile. Il a néanmoins défendu la réforme entreprise ainsi que l’Income Support Scheme adopté pour venir en aide aux plus vulnérables, mais qui n’est qu’une mesure d’urgence.
Paul Bérenger souhaite que le rapport de la commission d’experts sur la réforme des pensions soit rendu public rapidement. Nous apprenons justement qu’un rapport intérimaire a été présenté hier après-midi à un comité interministériel.
Bérenger propose le paiement de la pension à ceux âgés entre 60 et 65 ans touchant un revenu inférieur au montant de la pension et à ceux souffrant de problèmes de santé.
Il a aussi plaidé pour la mise en place d’une nouvelle entité régulatrice des fonds de pensions contributifs comme le National Pensions Fund (NPF).
« Dix ans d’héritage » laissés par le MSM
Dès le début de la conférence, Paul Bérenger est revenu sur ce qu’il qualifie de « dix ans d’héritage » laissés par le MSM sous la gouvernance de Pravind Jugnauth et de l’ancien ministre des Finances Renganaden Padayachy. Selon lui, la situation économique actuelle ne peut être analysée sans prendre en considération les décisions prises durant cette période.
Il a toutefois défendu certaines mesures difficiles du budget 2025-2026 face aux menaces de dégradation de la note souveraine du pays par Moody’s. Paul Bérenger a insisté sur le fait qu’il s’agit d’une première de voir à la fois Fonds monétaire international et Moody’s reconnaître que les déficits et dettes seront maitrisés. Il y a une amélioration de la situation budgétaire depuis le dernier exercice.
Ainsi, selon lui, malgré les difficultés, le prochain budget laisse une plus grande marge de manœuvre au gouvernement pour agir.
Inflation, pouvoir d’achat et foyers sous pression
Le leader du Fron Militan Progresis a cependant reconnu que la situation économique reste « bien difficile » pour une grande partie de la population. Inflation, hausse du coût de la vie et perte du pouvoir d’achat continuent de peser lourdement sur les familles mauriciennes.
Paul Bérenger estime que le prochain budget devra inclure des mesures pour soulager « au maximum » les plus vulnérables.
Une manière de rappeler que pendant que certains parlent de chiffres, de rapports et de notations internationales, beaucoup de Mauriciens regardent surtout le prix du pain, du riz, de l’huile ou encore la facture d’électricité qui grimpe mois après mois.
Électricité : la peur du « rolling blackout »
Le dossier de l’électricité a également occupé une place importante durant cette conférence. Paul Bérenger a dit, encore une fois, tout le bien qu’il pense du ministre Patrick Assirvaden, saluant notamment son approche du secteur énergétique. Le leader politique a cependant évoqué une situation mondiale « dangereuse » en raison des conflits internationaux et des tensions qui affectent l’approvisionnement énergétique.
Il a notamment cité l’exemple de l’Afrique du Sud, confrontée depuis plusieurs années à des coupures de courant massives et répétitives. Une situation qui, selon lui, montre qu’aucun pays n’est totalement à l’abri d’un blackout.
Paul Bérenger a ainsi encouragé le Central Electricity Board à poursuivre ses efforts dans le domaine des énergies renouvelables, estimant que Maurice doit accélérer sa transition énergétique pour réduire sa dépendance.
Le port face à la concurrence régionale
Autre sujet jugé stratégique : le port. Paul Bérenger a insisté sur son importance capitale pour l’économie mauricienne.
Selon lui, Maurice doit rapidement renforcer sa compétitivité face à la concurrence régionale, notamment Madagascar, l’Afrique du Sud et La Réunion, qui développent également leurs infrastructures portuaires. Il affirme attendre des mesures fortes dans ce secteur, tout comme dans celui des énergies renouvelables.
L’intelligence artificielle, menace pour l’emploi ?
L’intelligence artificielle (IA) a aussi été au centre de son intervention. Paul Bérenger considère l’IA comme un secteur « extrêmement important », mais également « menaçant » pour l’emploi, particulièrement dans les services financiers.
Il a évoqué les débats actuellement menés aux États-Unis autour d’une forme de « guaranteed income » pour faire face aux bouleversements provoqués par l’automatisation et l’intelligence artificielle.
Dans cette optique, il souhaite voir la création d’un fonds alimenté par les « super profits » afin de compenser les pertes d’emplois qui pourraient découler du développement de l’IA. Une proposition qu’il aimerait voir intégrée au prochain budget.
National Crime Agency : trop de pouvoirs au PM
Lors de la séance de questions-réponses, Paul Bérenger s’est montré critique envers le Draft Bill de la National Crime Agency, affirmant qu’il n’en est pas satisfait. « Trop de pouvoirs au Premier ministre et une confusion des rôles. »
Il est également revenu sur la Banque de Maurice, déclarant qu’il n’avait jamais été d’accord avec certaines de ses décisions lorsqu’il était au gouvernement, tout en rappelant son respect pour cette institution qu’il considère essentielle au pays.
Pour conclure, Paul Bérenger a demandé au gouvernement et au Premier ministre d’arrêter de tout mettre sur le dos du MSM. Selon lui, depuis le changement de gouvernement fin 2024, la population attend toujours des avancées concrètes et rapides.