Arvin Boolell, en voyage, a dû se marrer en pensant au pauvre Anil Bachoo qui se démenait pour le défendre.

Par Narain Jasodanand

Le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, s’était arrangé pour être absent du pays mardi dernier et ne pas avoir à répondre à trois questions concernant les pesticides au Parlement. C’est Anil Bachoo qui a eu la lourde tâche de le faire à sa place.

Et ça a mal commencé, le ministre de la Santé citant les mauvaises questions à deux reprises. Le Deputy Speaker, Veda Baloomoody, qui suivait de près, a dû le rappeler à l’ordre. Dans la longue réponse de Bachoo, on a quand même pu apprendre que les analyses se font uniquement sur les fruits et légumes produits localement. Ce n’est que bientôt – on ne sait quand exactement – que ceux importés (frais et congelés ? il ne l’a pas précisé), seront testés.

Bachoo affirme qu’il y avait trois fonctionnaires au Pesticides Regulatory Office en 2018 et qu’il y en a maintenant sept. Sans dire combien d’inspecteurs. La question principale de Joanna Bérenger, qui voulait savoir pourquoi le nombre d’inspecteurs est passé de cinq à trois, est restée sans réponse.

Le ministre a également confirmé que certains tests pour découvrir la quantité de résidus de pesticides sont effectués à l’étranger. Il a toutefois promis que son ministère à lui, la Santé, achètera des équipements pour Rs 51 millions pour faire ces analyses. Mais c’est encore au stade de projet…

Bien que répondant pour Arvin Boolell, Anil Bachoo a abondamment parlé des projets de son ministère. Veda Baloomoody, qui s’est montré impartial et très en alerte, a dû lui rappeler plusieurs fois que « no. You are speaking as acting Minister of Agro Industry, not the Ministry of Health. The question is addressed to the Minister of Agro Industry ».

C’est peut-être en raison de cette confusion des rôles que lorsque Joanna Bérenger a redemandé à Anil Bachoo combien d’inspecteurs il y avait au Pesticides Regulatory Office, Bachoo a répondu : « Unfortunately, Mr Deputy Speaker, Sir, this question should have been addressed to the substantive Minister. » Il oubliait qu’il répondait pour Arvin Boolell et que cette question formait partie de la question principale déjà communiquée à l’avance. C’est du jamais vu !

Quatre ans après…

On a aussi appris de la bouche d’Anil Bachoo que bien qu’un amendement permettant le contrôle de l’utilisation de pesticides ait été apporté en 2022, les Regulations pour le mettre en pratique n’avaient jamais été actées. Si le gouvernement MSM est à blâmer, qu’a fait le nouveau ministre Boolell depuis novembre 2024 ? Eh bien, rien ! Bachoo nous informe que ce n’est que maintenant, soit avec quatre ans de retard, qu’il est envisagé de décréter ces Regulations, au nombre de quatre.

Lorsque Franco Quirin, l’auteur d’une des trois questions sur les pesticides, a demandé quelles sanctions seront prises contre ceux qui abusent de pesticides, Anil Bachoo a blâmé… l’absence de ces Regulations. Et il a proposé, au nom de Boolell, de reprendre les terres agricoles louées par l’État. Pour en faire des projets immobiliers ?

Cancérigènes ?

Franco Quirin l’a ensuite interrogé sur l’existence possible d’un lien entre l’abus de pesticides et l’augmentation de cas de cancers. Anil Bachoo, ministre de la Santé, a répondu qu’il n’a pas encore été prouvé scientifiquement que ce lien existe. À Maurice !

On est en droit de se demander pourquoi, si le lien existe dans d’autres pays qui utilisent les mêmes pesticides, il ne le serait pas à Maurice. Et que fait-on du principe de précaution ? Bachoo annonce le début d’une étude avec l’aide de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il ajoute, avec raison, que les cancers peuvent avoir d’autres causes que les pesticides.

À une question de Joanna Bérenger qui voulait savoir si le ministre, qu’il soit Boolell ou Bachoo, « compte prendre des actions face à l’utilisation abusive du glyphosate ou interdire son importation (NdlR, Round-Up, par exemple) », puisque l’OMS a reconnu que cet herbicide contient des molécules potentiellement cancérigènes, Bachoo répond : « Once it is really proved and if action needs to be taken, I am going to take actions, there is no doubt about it. »

Voilà, on n’a pas besoin d’experts étrangers ni de l’OMS. Nous en avons déjà : Anil Bachoo et Arvin Boolell.