
Ramgoolam à Bhadain : « And today some are trying to get political virginity as if they are saints ».
Par Jasvin Sok Appadu
À croire que, pour résoudre les problèmes de l’État, le gouvernement n’a plus qu’une seule formule : faire appel au secteur privé. Après le très controversé comité d’experts chargé de revoir la réforme de la pension, voici maintenant la Project Monitoring and Implementation Unit, annoncée en grande pompe mardi 21 juillet à l’Assemblée nationale par le Premier ministre, Navin Ramgoolam.
L’annonce est passée presque inaperçue, noyée dans les échanges sur l’autoroute M4, un chantier estimé à près de Rs 10 milliards et financé par un prêt de l’EXIM Bank. Pourtant, elle soulève déjà une série de questions auxquelles le gouvernement devra répondre.
Interpellé par la députée Joanna Bérenger sur les coûts et les retards chroniques des grands projets d’infrastructures, Navin Ramgoolam a dévoilé la création de cette nouvelle unité, qui sera basée au Prime Minister’s Office. Sa mission ? Veiller à ce que les projets publics soient livrés dans les délais, respectent les budgets prévus et évitent les dérapages financiers qui sont devenus presque une tradition dans les grands travaux publics.
Jusque-là, difficile de trouver à redire. Mais c’est la composition de cette unité qui interpelle. Le Premier ministre a lui-même précisé qu’elle sera dirigée par des « professionals from the private sector ». Lesquels seront même « empowered to have recourse to foreign expertise » afin d’assurer le suivi des projets.
Donc, si l’on suit le raisonnement du chef du gouvernement, ce seront désormais des professionnels du privé qui contrôleront l’exécution des projets financés… par les contribuables.
Une question s’impose alors naturellement : ces professionnels seront-ils rémunérés avec l’argent public ? La logique voudrait que oui.
Le précédent du comité d’experts sur la réforme de la pension est encore dans toutes les mémoires. Là aussi, le gouvernement avait recruté des personnalités issues du secteur privé afin de produire un rapport censé éclairer les décisions de l’exécutif. Le coût ? Plusieurs millions de roupies.
Le président du comité, Ashok Prayag, perçoit Rs 200 000 par mois, tandis que les autres membres touchent Rs 100 000 mensuellement. Au total, le Premier ministre avait lui-même laissé entendre que cette équipe coûterait entre Rs 10 millions et Rs 12 millions au contribuable.
Ironie de l’histoire : une grande partie des recommandations de ce comité aura finalement été rejetée… par le gouvernement lui-même après la pression populaire dans la rue et même au sein du gouvernement.
Le rapport, vivement critiqué, jugé incomplet par plusieurs observateurs et ouvertement contesté jusque dans les rangs du pouvoir, aura surtout servi à provoquer une véritable tempête politique autour de la réforme de la pension. Avant que Navin Ramgoolam ne soit finalement contraint d’abandonner lui-même plusieurs de ses principales propositions.
Des millions de roupies dépensées… pour des recommandations finalement remisées au placard. On pouvait donc penser que cette expérience aurait servi de leçon. Manifestement, non.
Le Premier ministre remet aujourd’hui exactement la même recette sur la table : encore des experts du secteur privé, encore une structure créée sous le Prime Minister’s Office, encore des rémunérations qui devraient provenir des fonds publics.
Une question mérite pourtant d’être posée. Le secteur privé, dont les dirigeants bénéficient déjà de rémunérations souvent confortables, doit-il encore être payé par les contribuables pour accomplir des missions qui relèvent, en principe, de l’administration publique ?
À moins que l’État ne considère désormais qu’il ne possède plus, en son sein, les compétences nécessaires pour piloter ses propres projets.
Et si tel est le cas, c’est une autre interrogation qui surgit : à quoi servent alors les ministères, les ingénieurs, les hauts fonctionnaires, les Project Managers, les Technical Committees et toutes les structures publiques déjà chargées du suivi des projets ? Créer une nouvelle unité est une chose. Expliquer pourquoi les structures existantes n’ont pas rempli leur mission en est une autre.
Car si chaque dysfonctionnement de l’État doit désormais être corrigé par le recrutement d’experts privés, le risque est grand de voir apparaître une véritable administration parallèle… financée, elle aussi, par le contribuable.
Ramgoolam à Roshi Bhadain : « And today some are trying to get political virginity as if they are saints »
Lors d’une autre question parlementaire, cette fois adressée par le député du MMM Ravin Jugurnath, le Premier ministre est revenu sur un dossier qu’il affectionne particulièrement : l’affaire BAI.
Navin Ramgoolam s’en est directement pris au leader du Reform Party, Roshi Bhadain, ancien ministre de la Bonne gouvernance sous le gouvernement Jugnauth.
Le chef du gouvernement a rappelé qu’au moment du démantèlement du groupe BAI, le gouvernement de l’époque avait assuré que « pas une roupie des fonds publics » ne serait utilisée. Or, selon lui, la réalité est tout autre.
L’État aurait aujourd’hui injecté plus de Rs 15 milliards afin de soutenir notamment la MauBank ainsi que les détenteurs des produits du Super Cash Back Gold. Pour Navin Ramgoolam, il s’agit d’un engagement qui n’a jamais été respecté.
Puis est venue la phrase soigneusement préparée. « And today some are trying to get political virginity as if they are saints. These are the people that we have to be careful about. And I hope the population of Mauritius will remember all this when the time comes. »
Une attaque frontale visant clairement Roshi Bhadain, que le Premier ministre semble désormais considérer comme l’un de ses principaux adversaires politiques.
La question que tout le monde attendait… ou presque
Comme souvent, la séance ne pouvait se terminer sans l’intervention devenue presque rituelle de la Chief Whip, Stéphanie Anquetil. Question supplémentaire. Question parfaitement calibrée. Question dont tout le monde semblait déjà connaître la réponse.
« Qui était le ministre de la Bonne gouvernance à l’époque ? » Navin Ramgoolam n’a même pas hésité. « Roshi Bhadain. » Rideau. Celaa sent l’ère du MSM avec les questions plantées à des fins politiques.
Malgré sa récente polémique après avoir laissé Alan Ganoo prendre la parole lors d’un meeting politique, Roshi Bhadain semble avoir définitivement trouvé une place de choix dans les discours de Navin Ramgoolam. Pendant ce temps, les contribuables, eux, attendront toujours des réponses sur une autre question.
Combien coûtera réellement cette nouvelle Project Monitoring and Implementation Unit ? Et surtout, qui surveillera ceux qui seront chargés de surveiller les projets de l’État ?