La Speaker a touché presque un million de roupies comme per diem pour trois missions, contrairement à la députée Babita Thannoo.

Par Jasvin Sok Appadu

Les promesses politiques ont parfois une durée de vie plus courte qu’un billet d’avion en classe affaires. À son arrivée au pouvoir, Navin Ramgoolam avait donné le ton. Finis les excès. Il fallait contrôler les missions officielles, rationaliser les déplacements et mettre un terme à ce qui était présenté comme une culture de dépenses faciles. Le message était simple : l’argent public devait être utilisé avec parcimonie. Une question du député Franco Quirin dont la réponse a été déposée au Parlement nous donne un aperçu des missions des parlementaires.

Un an et demi plus tard, les chiffres déposés à l’Assemblée nationale viennent rappeler qu’entre les discours et la réalité, il y a parfois… quelques milliers de kilomètres de distance. Depuis décembre 2024, les missions effectuées par les députés, junior ministers, Speaker et Deputy Speaker ont coûté Rs 18,1 millions  aux contribuables. Billets d’avion, indemnités journalières, frais connexes : l’addition est salée. Le classement réserve d’ailleurs une image pour le moins embarrassante.

La Speaker au sommet avec Rs 917  027,56

Au sommet des per diem figure la Speaker de l’Assemblée nationale. Celle qui est censée incarner la neutralité de l’institution est aussi celle qui aura bénéficié des indemnités journalières les plus importantes. Une première place qui risque d’alimenter bien des conversations, surtout à une époque où chaque dépense publique est justifiée au nom de la rigueur budgétaire.

Entre les 4 et 10 juillet 2025, les 26 et 31 octobre 2025 ainsi que du 29 juin au 4 juillet 2026, la Speaker de l’Assemblée nationale a représenté Maurice lors de plusieurs rendez-vous parlementaires internationaux à Paris, Genève et New Delhi. Ces trois missions, organisées dans le cadre des activités de la Francophonie, de l’Union interparlementaire et du Commonwealth, ont permis à Shirin Aumeeruddy-Cziffra de percevoir des per diem totalisant Rs 917 027,56, le montant le plus élevé parmi les personnalités figurant dans les documents rendus publics.

Babita Thannoo : zéro per diem

Et puis, presque comme un pied de nez à ce classement, apparaît un autre nom. La députée de Rezistans ek Alternativ, Babita Thannoo : zéro roupie de per diem.

Zéro. Pas dix mille. Pas mille. Pas cent. Zéro. Comme quoi, il est possible d’effectuer une mission officielle sans alourdir la facture des indemnités journalières. Une réalité qui rend les montants réclamés ailleurs encore plus difficiles à expliquer auprès d’une population à qui l’on répète quotidiennement que « les caisses sont sous pression ».

L’ironie est presque parfaite

Au Parlement, on demande aux Mauriciens de comprendre pourquoi l’État ne peut plus financer certains acquis sociaux. On réforme les pensions. On explique que chaque roupie compte. On invoque les déficits, les contraintes budgétaires et les sacrifices nécessaires. Mais lorsqu’il s’agit des voyages officiels, les sacrifices semblent voyager sur un autre itinéraire.

Personne ne conteste la nécessité de représenter Maurice dans les forums internationaux. Ce qui mérite d’être questionné, c’est la cohérence. Si le Premier ministre estimait qu’il fallait contrôler les missions et les voyages des responsables publics, les chiffres constituent aujourd’hui le meilleur baromètre pour mesurer si cette promesse a réellement été tenue.

Autre détail révélateur : les députés sont tenus de remettre un rapport de mission au Speaker après chaque déplacement. Pourtant, ces rapports ne sont pas accessibles au public, le Premier ministre ayant confirmé qu’aucune disposition des Standing Orders n’impose leur dépôt à la bibliothèque de l’Assemblée nationale. Les contribuables connaissent donc le coût des voyages, mais pas nécessairement leurs retombées concrètes.

En politique, les symboles comptent. Et le symbole envoyé aujourd’hui est loin d’être anodin : pendant que les Mauriciens se voient demander toujours plus d’efforts, les dépenses liées aux missions officielles continuent d’alimenter les débats.

Au fond, les chiffres ne mentent jamais. Ils rappellent simplement qu’entre la promesse de « contrôler les voyages » et la réalité des per diem, certains ont visiblement voyagé beaucoup plus loin que les engagements électoraux.