Par Jasvin Sok Appadu
Que fera Rezistans ek Alternativ ?
Le leader du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger, avait rencontré les membres de Rezistans ek Alternativ (ReA) avant sa démission en tant que Deputy Prime Minister, afin de leur expliquer la situation et les raisons ayant motivé cette décision. Une démarche loin d’être anodine, qui laisse entendre que le terrain avait été préparé en amont.
Selon nos informations, le leader de ReA, Ashok Subron, a rencontré le Premier ministre, Navin Ramgoolam, mercredi
25 mars, au Prime Minister’s Office (PMO) pour passer en revue la situation politique après cette démission. Là encore, difficile de parler de simple coïncidence. Ashok Subron avait déclaré, le 20 mars, à la sortie du Conseil des ministres, qu’il était en deuil après la démission de Paul Bérenger…

Les trois députés de Rezistans ek Alternativ rendront publique leur position lors d’une conférence de presse prévue samedi. Une prise de position attendue, dans un contexte où chaque mouvement semble désormais pesé… et calculé ?

 
Parfum de revanche pour Joanna Bérenger lors de la prochaine séance parlementaire
À peine sa démission actée du poste de Junior Minister à l’Environnement, voilà Joanna Berenger qui revient par une autre porte… La députée du MMM n’a pas traîné : quatre questions déjà déposées pour la prochaine séance parlementaire de mardi. Une entrée en matière qui sonne comme un avertissement.
Dans son viseur : du lourd. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, le ministre du Tourisme, Richard Duval, celui de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, ainsi que le ministre du Transport, Osman Mohamed. Rien que ça.
Mais au-delà des questions, une interrogation flotte déjà dans les couloirs : sous quelle casquette interviendra-t-elle ? Celle de leader de l’opposition ou simple membre de l’opposition… ou celle, plus inconfortable, de simple backbencher de la majorité ?
Le 31 mars, ce ne sont pas seulement des réponses qui seront attendues. C’est surtout une position politique qui devra être clarifiée. Et à ce jeu-là, chaque mot comptera.
 
Bérenger plus accessible que Ramgoolam ? Ou quand les ministres changent de guichet…
Il y a des confidences qui en disent long. Lors de sa conférence de presse, mercredi dernier, Paul Bérenger glisse, presque l’air de rien, qu’un ministre rouge est venu frapper à sa porte pour dénoncer un cas de corruption impliquant un membre du petit cercle gravitant autour du PMO. Oui, vous avez bien lu : un ministre du gouvernement… allant voir ailleurs.
De quoi poser une question simple, mais terriblement embarrassante : à quoi sert encore le bureau du Premier ministre si ses propres ministres le contournent ? Manque de confiance envers Navin Ramgoolam ? Ou simple réalité du pouvoir : une porte qui reste fermée trop longtemps finit par pousser les visiteurs à changer d’adresse…
Car ici, on ne parle pas d’un simple détour administratif. On parle d’un ministre qui préfère confier un dossier sensible ‒ lié à la corruption ‒ à un autre que son propre chef. Un aveu silencieux, mais ravageur.
Et comme souvent en politique, le lapsus vient confirmer ce que tout le monde murmure déjà. La semaine précédente, Navin Ramgoolam lui-même lâchait, avec un calme déconcertant : « Ena minis pa ankor mem vinn dan mo biro, me mo pou apel zot biento. »
Autrement dit : certains ministres n’ont toujours pas eu l’honneur ou la chance de franchir le seuil du bureau du PM… après près d’un an et demi en poste.
À ce stade, ce n’est plus un problème d’agenda, c’est une méthode de gouvernance. Et pendant que certains attendent toujours leur tour, d’autres ont déjà compris : pour être écouté, mieux vaut parfois changer d’interlocuteur.
Finalement, la vraie question n’est peut-être pas de savoir si Paul Bérenger est plus accessible… mais plutôt pourquoi Navin Ramgoolam semble, lui, devenu si difficile à atteindre.
 
Des rôles qui méritent clarification
Officiellement, il n’est au courant de rien. Mais officieusement, difficile de ne pas lever un sourcil. En tentant d’expliquer sa présence à la conférence de presse des élus mauves au quartier général du MMM vendredi dernier, Chetan Baboolall assure qu’il ignorait totalement ce qui allait être dit. Une conférence pourtant marquée par des attaques en règle et sans retenue contre Paul Bérenger, orchestrées par Rajesh Bhagwan, Ajay Gunness et Aadil Ameer Meea.
Une coïncidence ? Peut-être. Mais la suite du récit complique la version officielle. Car en réaction, Paul Bérenger ne cache pas son amertume. Attristé, dit-il, par les propos de certains qui « sont tombés très bas ».
Surtout, il lâche un détail qui vaut son pesant politique quant au rôle du chef du gouvernement, cette fois : ces attaques auraient été formulées juste après une rencontre des ministres concernés… dans le bureau même du Premier ministre, ce vendredi-là.
Dès lors, une question : simple timing malheureux… ou mise en scène bien huilée ? Le chef du gouvernement a-t-il, de près ou de loin, laissé faire, voire encouragé cette sortie contre le leader historique du MMM ?
Officiellement, Navin Ramgoolam se dit « attristé » par le départ de son « bon ami ». Mais dans le même souffle, il prend soin de préciser publiquement qu’il « ne s’ingère pas dans les affaires internes du MMM ». Une précision presque trop appuyée pour passer inaperçue. Comme souvent en politique, quand on insiste autant… c’est rarement innocent.
Et puis il y a les images, celles qui parlent sans micro. En janvier dernier déjà, après les critiques ouvertes de Paul Bérenger sur l’inaction gouvernementale, Navin Ramgoolam avait soigneusement mis en scène son casting lors d’une réunion de la Task Force pour la fête de Maha Shivaratri : Rajesh Bhagwan à sa droite, Ajay Gunness à sa gauche. Pas Anil Bachoo. Un détail ? En politique, les détails sont souvent des messages. Alors, simple spectateur ou chef d’orchestre discret ?
Dans cette crise qui secoue le MMM, une chose est sûre : certains rôles restent à éclaircir… mais les indices, eux, s’accumulent.
Quand la critique de la communication du PMO finit par payer
Il aura fallu quelques piques bien senties pour faire bouger les lignes. Neelkanth Dulloo, membre du Parti travailliste, n’y était pas allé de main morte en pointant du doigt les lacunes de la machine de communication gouvernementale. Et visiblement, le message est remonté jusqu’aux étages les plus sensibles.
Résultat : réaménagement discret mais stratégique au PMO. Alexandre Laridon, jusqu’ici en première ligne sur la communication, est redéployé vers les « policy matters ». Une manière élégante de tourner la page… sans vraiment la déchirer.
Pour le remplacer, une nouvelle figure fait son entrée : Touria Prayag, journaliste et ancienne rédactrice en chef du magazine Weekly. À elle désormais de prendre les rênes des réunions avec les attachés de presse des ministres, un exercice stratégique, jusque-là piloté par Alexandre Laridon.
Un simple jeu de chaises musicales ? Pas tout à fait. Ce repositionnement ressemble surtout à une tentative de reprise en main d’une communication jugée jusque-là hésitante, voire brouillonne.
Reste à voir si ce changement de visage suffira à changer le message… ou si l’on assiste simplement à un nouveau casting pour une pièce qui, elle, n’a pas encore été réécrite.