Ramgoolam a défendu bec et ongles Ashok Prayag et ses six collègues.


Par Narain Jasodanand

Ce matin, 7 juillet, le Premier ministre a défendu les experts de la commission de la réforme des retraites encore plus vigoureusement que lors de ses deux précédentes réponses au Parlement.

Ainsi, a-t-il déclaré, ces experts, qui se sont « distingués à Maurice comme à l’international » – on aimerait bien savoir s’ils avaient recommandé de telle réforme des retraites et dans quel pays – « have discharged their responsibilities with the utmost diligence, independence, professionalism and integrity ». Indépendants, professionnels et intègres selon le jugement de Ramgoolam, bien évidemment !

Pour le Premier ministre (PM), pas question donc de révoquer ces experts, car il serait injuste et injustifié de les blâmer pour les décisions annoncées dans le budget. Ceux-ci n’ont fait que donner des conseils et des recommandations, a précisé Navin Ramgoolam.

Mais qui est à blâmer alors ? Ramgoolam lui-même ? Il ne le confesse pas, bien sûr. Malin, il implique les membres du Steering Committee, parmi lesquels, souligne-t-il, il y avait consensus sur l’orientation générale de la réforme. D’ailleurs, appuie-t-il, les commentaires et suggestions de ces ministres du Steering Committee ont été pris en compte par les experts en réforme à moitié cuite des retraites.

Enter IMF and World Bank

Tous coupables ? Pas si sûr, car pour la première fois, Ramgoolam introduit deux intrus dans le débat : la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), avec lesquels, affirme-t-il, les experts étaient en consultation. Est-ce eux qui ont imposé cette réforme radicale et le secret autour ? On ne le saura peut-être jamais.

Et le rapport, était-il finalisé ? Oui et non. D’après Ramgoolam, qui est, lui aussi, expert mais en propos ambigus, ce n’était pas le document final puisque le rapport des deux autres piliers de la réforme, les Contributory Pension Schemes et les Voluntary Private Pensions, n’était pas encore prêt. Celui de la Basic Retirement Pension (BRP, devenue State Age Pension), la pension de vieillesse, l’était-il ? Visiblement non, car Ramgoolam parle d’« analysis and recommendations on the first pillar of the pension system (la BRP) » qui ont été faits par les experts. Cela ne semble donc pas final.

Pourquoi le gouvernement a-t-il agi sur un tiers du rapport, qui n’était pas non plus terminé mais à l’état d’analyses et de recommandations ? Ramgoolam le dit : il y avait une urgence fiscale, et surtout un niveau de dette qui est monté à 87,7 % du produit intérieur brut (PIB) en juin. C’est pour cela que le gouvernement, ou lui, a décidé d’agir sur de simples recommandations d’experts. Paul Bérenger avait donc raison en disant que le rapport n’était même pas intérimaire.

La dette publique ne pouvait-elle pas attendre quelques semaines ou mois ? Pourtant, les nouvelles mesures n’allaient prendre effet qu’à partir de janvier 2027. Ramgoolam nous mène-t-il en bateau ?

Consultations intenses pour Rs 14 millions

Il semble qu’il faudra attendre le rapport final et complet encore neuf mois, c.-à-d. en février 2027, comme l’a reconnu Ramgoolam lui-même ce matin. On apprend par la même occasion que le mandat des experts a été fixé pour une durée de 18 mois, d’octobre 2025 à mars 2027.
Rs 14,4 millions leur seront donc payées.

Toutefois, ces experts n’ont pas chômé durant ces huit derniers mois puisque, d’après Ramgoolam, ils ont eu d’« intense consultations and deliberations ». Avec, notamment, des syndicats dont on ignore toujours l’identité.