
Pour Sébastien Sauvage, d’Eco-Sud, un développement infini sur une île finie est un non-sens.
Par Catherine François
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, une conférence-débat s’est tenue le 5 juin autour du thème : « Maurice peut-elle encore se développer sans détruire son territoire ? » Parmi les intervenants figurait Sébastien Sauvage, porte-parole d’Eco-Sud, qui a partagé sa vision sur la protection du littoral mauricien et les défis environnementaux auxquels le pays fait face.
Dès le début de son intervention, il a expliqué que la destruction des zones sensibles touche surtout les personnes les plus vulnérables. Selon lui, le littoral ne doit pas être vu uniquement comme une ressource économique ou un atout touristique, mais comme un bien commun qui appartient à tous les Mauriciens et qui doit être protégé.
Il a également invité le public à réfléchir à une question importante : qui a vraiment accès à la mer ? Pour lui, l’accès au littoral devient de plus en plus limité. Or, les plages représentent souvent le seul espace de loisir gratuit pour de nombreuses familles mauriciennes. Lorsque ces espaces sont privatisés, les plus modestes en subissent les conséquences.
Accaparement des zones côtières
Sébastien Sauvage a dénoncé ce qu’il appelle « l’accaparement du littoral ». Celui-ci se fait progressivement à travers différentes décisions comme les baux, les déproclamations de terrains, les clôtures, les extensions ou encore certaines autorisations accordées de manière peu transparente. Petit à petit, ces décisions réduisent l’accès du public aux zones côtières.
Un chiffre a particulièrement retenu l’attention : selon lui, seulement 14 % des plages seraient aujourd’hui réellement accessibles aux Mauriciens. Une situation qu’il juge préoccupante et qui soulève des questions de justice sociale et d’équité.
Pour illustrer son propos, il a évoqué plusieurs combats menés par Eco-Sud et d’autres défenseurs de l’environnement, notamment à Pointe d’Esny, Les Salines, Balaclava, Pomponette, Bel-Ombre et Riambel, avec le projet de villas de luxe en bord de mer. Ces exemples montrent l’importance de rester vigilant face aux projets qui peuvent avoir un impact sur le littoral et les écosystèmes.
Survie collective
L’intervenant a aussi rappelé que Maurice ressent déjà les effets de la crise écologique. Il a cité l’érosion côtière, la montée du niveau de la mer, la dégradation des zones humides ainsi que le blanchiment des coraux. Ces phénomènes montrent clairement que les limites environnementales sont déjà une réalité dans notre pays.
Selon Sébastien Sauvage, il est absurde de continuer à penser à un développement infini sur une île aux ressources limitées. Comme il l’a souligné : « Un développement infini sur une île finie est un non-sens. » Il estime que nous avons une responsabilité envers les générations futures et que la protection de la nature est aujourd’hui une question de survie collective.
Enfin, il a présenté le projet Myalium, qui vise à relier justice sociale et justice écologique. Il a conclu son intervention en appelant la société civile à se mobiliser davantage pour défendre le littoral et les biens communs. Préserver notre environnement est une responsabilité collective qui concerne chacun d’entre nous.

Des participants à la conférence-débat à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement.