Les réponses du Premier ministre à la PNQ sont de plus en plus « irrelevant » selon du leader de l’opposition.

Par Jasvin Sok Appadu

Après l’annonce du Monetary Policy Committee (MPC) de revoir à la hausse le Key Repo Rate, passé de 4,50 % à 4,75 %, le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, a consacré sa Private Notice Question d’hier à ce sujet. Une PNQ adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui a une nouvelle fois brillé par ses réponses à côté des questions posées, tout en replongeant constamment dans les « frasques » de l’ancien régime MSM. Une attitude qui a valu au chef du gouvernement une remarque cinglante de Joe Lesjongard : « Printing money… disk inn reye sa. »

Face à la décision du MPC de revoir à la hausse le taux directeur, le leader de l’opposition voulait d’abord connaître l’impact concret de cette mesure sur les ménages et les petites et moyennes entreprises (PME), avant de demander quelles mesures le gouvernement compte mettre en place pour venir en aide aux plus vulnérables.

Dans sa réponse initiale, Navin Ramgoolam a tenu à rappeler que ce n’est pas le gouvernement qui fixe le Repo Rate, mais bien la Banque de Maurice, à travers le MPC. Un comité qu’il qualifie d’« indépendant », contrairement, selon lui, à ce qui se faisait sous le régime MSM. Le Premier ministre a ainsi insisté sur le fait qu’aucun politicien ne s’ingère désormais dans les décisions de la Banque centrale, laquelle a pour mandat principal de contrôler l’inflation et de préserver la stabilité de la roupie.

Contrôler l’inflation

Selon Navin Ramgoolam, la hausse du taux directeur est principalement liée à l’inflation. Lorsque l’inflation augmente, la Banque centrale relève les taux d’intérêt afin de freiner les dépenses et les emprunts dans l’économie. Il a également expliqué que les guerres et conflits internationaux accentuent les pressions inflationnistes en perturbant les chaînes d’approvisionnement, en augmentant les coûts du transport, de l’énergie et des matières premières. Résultat : les prix continueront probablement à grimper.

Dans ce contexte, le Premier ministre estime que l’augmentation du Key Repo Rate reste l’un des principaux outils pour contrôler l’inflation et éviter une surchauffe de l’économie.

Mesures pour aider les plus vulnérables ? Silence radio…

Mais c’est précisément là que Joe Lesjongard voulait en venir. Oui, le MPC décide du taux directeur. Mais quelles décisions le gouvernement prend-il, lui, pour soulager la population ?

Et là, comme souvent ces derniers mois lors des PNQ, le débat a rapidement quitté le présent pour replonger dans le passé. Navin Ramgoolam a une nouvelle fois accusé l’ancien gouvernement d’avoir « printed money to win elections », ajoutant : « That is the consequence of what is happening today… we are reaping the consequences. »

Une réponse qui a poussé Joe Lesjongard à rappeler à la Speaker que : « The Prime Minister should be more relevant in his replies, Madam Speaker. »

S’en est suivie une nouvelle question supplémentaire sur les difficultés que rencontrent actuellement les ménages avec cette hausse des taux d’intérêt. Là encore, le leader de l’opposition voulait savoir ce que comptait faire le gouvernement.

Réponse du Premier ministre ? Joe Lesjongard serait simplement en train de « trying to catch headlines ». Avant d’ajouter que si les taux n’augmentaient pas, la roupie se déprécierait davantage. « You want us to do like you did? » a lancé Navin Ramgoolam, revenant encore une fois sur « l’impression de monnaie » sous l’ancien régime, accusé d’avoir injecté trop de liquidités dans l’économie. Ainsi, le chef du gouvernement en a profité pour rappeler que la roupie s’était dépréciée de 46 % face au dollar entre 2014 et 2024.

Les PME attendent toujours des solutions concrètes

Joe Lesjongard a alors tenté de recentrer le débat sur la réalité actuelle : la crise frappe maintenant, les PME seront davantage affectées par cette hausse du coût du crédit, alors quelles aides concrètes sont prévues ?

Mais une nouvelle fois, Navin Ramgoolam a préféré contourner la question, accusant l’opposition de vouloir « noyer le poisson », tout en affirmant que son gouvernement avait « fait beaucoup » pour les PME. Quoi exactement ? demande alors Joe Lesjongard. Réponse du Premier minister : « We did a lot of things for SMEs and I am sure we will do more… wait for the next budget. » Autrement dit : rien jusqu’ici, patience.

Retour des CSG Allowances : « The answer is no »

Le leader de l’opposition a également souligné que malgré les interventions de la Banque de Maurice, la roupie reste faible face au dollar américain, ce qui risque d’entraîner de nouvelles hausses de prix dans les semaines à venir. Il a donc proposé au gouvernement d’envisager le retour des CSG Allowances pour les plus démunis.

Dans un premier temps, Navin Ramgoolam, qui n’avait visiblement pas compris la question, s’est moqué de Joe Lesjongard : « You put the CSG Allowance and now you want me to remove it? »

Le leader de l’opposition a alors dû préciser : « I think the Prime Minister didn’t understand my question. I am asking whether he would consider reinstating the CSG Allowance. »

Rectification du Premier minister : « You printed money, that’s why you could do it. But we can’t. The answer is no. »

Au fil des PNQ, un constat commence à s’imposer : à chaque question sur les difficultés actuelles des Mauriciens, Navin Ramgoolam répond soit par un cours accéléré sur les péchés de l’ancien régime, soit par des promesses renvoyées au prochain Budget.

Pendant ce temps, le citoyen lambda, lui, continue d’attendre des mesures concrètes pour faire face à la vie chère, aux crédits plus coûteux et à l’érosion de son pouvoir d’achat. À force de répondre à côté, les PNQ ressemblent de moins en moins à des exercices de redevabilité… et de plus en plus à des séances de règlements de comptes politiques.