On savait que Deepshikha Gowreesunker, Relationship Executive à la Mauritius Commercial Bank Ltd (MCB), a été suspendue le 10 mars mai 2025 dans le sillage de l’affaire Menlo Park. Ce que l’on savait moins, ce sont les conditions de son arrestation le 20 mai suivant. En voici les détails incroyables, tels qu’ils nous ont été narrés par une proche de Deepshikha.
Le mardi 20 mai 2025 très tôt le matin à 5.30 h, trois voitures de police débarquent en la résidence de Deepshikha où elle habite avec sa mère et sa sœur. L’équipe est dirigée par l’assistant surintendant de police (ASP) Balmick Dussoye.
Ce dernier, accompagné de cinq éléments, dont une policière, pénètrent dans la maison. Les autres policiers restent à l’extérieur. Dussoye montre fugitivement un mandat de perquisition, en le collant presque sur le visage de Deepshikha, tout en annonçant : « C’est en relation avec les Rs 45 m accordées à Menlo Park. »
Puis, sans attendre, Dussoye demande à ses subordonnés de fouiller la maison. Pour rechercher quoi ? Dussoye ne le dit pas aux trois Gowreesunkur surprises et terrorisées. Elles étaient encore au lit quand les poulets sont arrivés …
Jusqu’aux chiottes
Ils « perquisitionnent » partout, y compris dans les chambres à coucher et dans la cuisine. Un gabelou ira même chercher jusque dans les toilettes. Pendant la fouille, Dussoye demande à Deepshikha : « Vous êtes en Garden Leave de la MCB, n’est-ce pas ? » Ce à quoi opine Deepshikha qui ne comprend toujours pas bien ce qui se passe. Dussoye se comportera en véritable « brute » et « sans manières » tout au long. « C’est tellement plus facile d’exercer son autorité envers trois pauvres dames qu’avec de vrais bandits ! » nous dira notre source.
Un officier brandit à un certain moment quelques documents et après une brève lecture, Dussoye lance : « Nous avons eu ce qu’il nous faut ! On peut partir. »
Et qu’est-ce qu’ils ont trouvé ? La lettre de suspension de Deepshikha et une communication de celle-ci à la MCB ! Pour l’ASP, ces documents seraient des pièces à conviction … Il saisit également le portable de Deepshikha et n’ayant pas retrouvé de laptop, « saisit » le chargeur. Presqu’un an après, ces équipements sont toujours en possession de la police.
Dussoye informe alors Deepshikha qu’elle devra le suivre au bureau du CCID d’AML-CFT et l’empêche de contacter un avocat. En voyant partir Deepshikha, ses se font un sang d’encre, d’autant qu’elles ne savent même pas si celle-ci a bien été emmenée par des flics ou par des kidnappeurs, puisqu’ils étaient en civil et sont venus en voitures banalisées.
Un avocat chez Glover Chambers est contacté par un proche de Deepshikha. Mais c’est un jeunot d’un autre cabinet qui rejoindra Deepshikha au CCID. L’homme de loi se taira pratiquement tout le long de l’interrogatoire et n’interviendra que rarement. S’il observera « son droit au silence, » Deepshikha, elle, répondra à toutes les questions.
Le semblant d’interrogatoire durera toute la journée. Deepshikha aura droit à midi à une paire de dhollpuris, généreusement offerte par l’Etat. A aucun moment, l’avocat n’objectera que sa ‘cliente’ ne peut être inculpée. Cependant, d’énormes honoraires seront réclamés quand même…
Laptop éclaté
Après le départ à 18h de son silencieux avocat, fatigué sans doute, Deepshikha sera soumise à d’autres questions. Et à 19 h, Dussoye l’obligera à signer sa déposition malgré ses protestations avant d’annoncer qu’elle est inculpée de « perverting the course of justice. » Mais encore ? Il lui est reproché d’avoir a eu un échange sur WhatsApp avec Stephan Adam, de Menlo Park. En fait, dans ce message que Scoop.mu a vu, Deepshikha suggérait à Stephan, sur le ton de la plaisanterie, de jeter son laptop.
Pour Dussoye toutefois, ce message et cette phrase en particulier prouverait que Deepshikha est une complice de Stephan Adam et qu’elle l’aura aidé à « détruire » son laptop ! On ne sait pas si Dussoye a écrit ces détails dans le chef d’accusation mais il les a en tout cas communiqués verbalement à la banquière en guise d’explications.
Deepshikha est arrêtée et informée qu’elle devra passer la nuit en cellule, puisque, bien sûr, les tribunaux sont fermés à cette heure. Elle est alors emmenée au poste de police de Sodnac où elle passera la nuit. Sans fermer l’œil.
Ce n’est pas fini pour elle. Bien que Dussoye lui ait promis de la présenter devant le tribunal tôt le lendemain matin, il ne le fera que vers 15.30, selon la mise au point adressée le 22 mai à la presse par l’avoué de Deepshikha, Me Jaykar Gujadhur.
« C’est la faute au DPP »
La banquière passera donc presque toute une journée additionnelle en cellule. Si les flics de la station de la veille se sont montrés aimables envers elle, la policière du 21 mai ne le sera pas. Elle ira même jusqu’à interdire à la détenue l’accès aux toilettes que cette dernière avait utilisées la veille et l’obligera à se servir de celles qui semblaient avoir été laissées délibérément sales pour punir certaines détenues.
La banquière est ramenée dans les locaux du CCID vers 13.30h, où les policiers font de leur mieux pour permettre à un journaliste de les prendre en photo aux côtés de Deepshikha. Cela, probablement pour nuire encore plus à sa réputation. On la fera poireauter jusqu’à 15.15h sous le prétexte que le DPP n’avait pas encore envoyé un certain document.
Deepshikha arrive au tribunal de Pamplemousses vers 15.45h. Mais malheureusement pour l’ASP Balmick Dussoye et heureusement pour elle, la magistrate est restée au tribunal pour attendre cette dernière. Dussoye espérait-il que la cour serait fermée pour pouvoir reconduire Deepshikha en détention ? Possible. D’ailleurs, avant de partir au tribunal, Deepshikha avait été ‘conseillée’ par l’antipathique policière de la station de Sodnac d’y laisser ses affaires car il était fort possible qu’elle y retourne le soir…
Tout ça pour ça
Deuxième surprise : la police n’a aucune d’objection à la remise en liberté de Deepshikha. Elle est donc relâchée sur parole par la magistrate contre le paiement d’une caution de Rs 5 000 seulement qu’elle effectuera le lendemain. « Ce qui prouverait que la police n’a pas grand-chose contre elle » rapportera un article de presse.
Certains médias s’emballeront un peu trop vite et parleront injustement d’arrestation pour faux et usage de faux, pour complicité dans le transfert d’argent de Menlo Park etc. etc. Ces derniers auront été induits en erreur par leur source policière, admettra un journal. Par Dussoye ? Quoiqu’il en soit, un confrère nous informe que dorénavant il se méfiera de certaines sources policières.
Mais qui a ordonné ou exigé cette brutale arrestation ? Vous le saurez très bientôt.
